violent_femmesQui se souvient encore en 2007 des "Violent Femmes" ? Pas mal "d'excessifs" dans mon genre, je suppose, pour peu qu'ils aient eu la chance d'assister en 1985-1986 à un concert de ce groupe, soit à la fois l'un des plus terrifiants et les plus drôles qu'il nous ait été donné d'entendre et de voir dans notre longue - trop longue ? - vie de rocker.

A l'Eldorado, début 1986, j'avais été pour ma part ébloui. J'ai retrouvé mes notes de l'époque, et voici ce que, éberlué, et bluffé, j'avais écrit : « Le meilleur concert de la saison a été, contre toute attente, celui de mes Violent Femmes adorées, et ceci toutes catégories confondues, étant donné que, au long des deux heures et demi que le cirque a duré, on aurait bien été en peine de mettre une étiquette sur ce à quoi on assistait... Depuis les Fleshtones au Palace, Paris n’avait plus vu ce mélange de parodie et de rage, de dérision et d’émotion, ce ratissage tout azimut du patrimoine rock’n’rollien. De la country bringuebalante (2ème album) aux citations délirantes (Jimi Hendrix ! Deep Purple !!), des ballades néo-velvetiennes (3ème album) aux instants de pure comédie (la valse viennoise, le « solo de batterie – qu’est-ce que je peux être ennuyeux ! »), comment être punk sans concessions (« Add It Up » en final hystérique) tout en pratiquant l’autodérision permanente... Une leçon pour tous, même pour ceux qui n’ont pas assisté à ce miracle, les incroyants ! »

On peut trouver aujourd'hui sur le Net (merci, Gilles !), en plus du live officiel, "No Let's Start Over", un enregistrement de qualité correcte, réalisé pour la TV Espagnole en Avril 1985, qui permet de revoir nos trois  punk-folkeux en jeunes tendrons énervés et timides : Gordon Gano, surtout, fascine toujours, avec cette capacité qu'il a de chanter des horreurs (à mon avis, "Country Death Song" reste ce que le Rock a produit de plus nauséeux et déchirant à la fois, lisez les paroles, écoutez la voix de Gano, et vous m'en reparlerez !) tout en ressemblant à un premier communiant ébloui par la vision furtive de la chatoune de sa copine de catéchisme. Le public espagnol, malheureusement, ne met pas le feu ce soir-là, sans doute un peu interloqué par cette musique aussi sage - on n'est jamais loin de l'église - que déjantée - mais il y a des taches de sperme et de sang sur les soutanes. On assiste donc à un concert curieux, dont on sent que le potentiel explosif se dilue régulièrement dans le malaise.

PS : L'enregistrement s'appelle "La Edad de Oro". Bonne chasse !