PelecanosJe considère George Pelecanos comme l'un des nouveaux classiques du polar, et voici plusieurs années que ces portraits de plus en plus violents d'une Amérique déchirée par ses différences raciales et culturelles (les immigrés Grecs et la communauté noire constituant tour à tour les deux principaux sujets de ses romans) m'émeuvent et me font vibrer. Avec son dernier roman, Pelecanos franchit encore une étape vers ce qui constitue le coeur de son oeuvre, et s'éloigne du pur policier - ici aucune énigme, et guère de suspense, tant la violence et la mort sont d'inévitables conséquences d'un déterminisme social haïssable (on est donc proche de la tragédie.. Grecque !) - pour être dans la chronique d'un moment essentiel de l'histoire moderne des USA (l'assassinat de Martin Luther King et les émeutes qui s'ensuivirent) et dans l'autobiographie masquée. En fin de compte, si Pelecanos bouleverse autant, même dans ce livre sans doute un tantinet inférieur à des chefs d'oeuvre comme Soul Circus ou Funky Guns, c'est qu'il nous chante avec des mots simples et justes (ceux de la soul et du rock qu'il aime tant) le beau destin ordinaire d'hommes et de femmes qui tentent (et échouent la plupart du temps) à vivre selon leurs principes au sein d'un monde de plus en plus chaotique, voire incompréhensible. On se reconnaîtra donc d'autant mieux dans ses portraits sans concession mais pleins de simple humanité de flics fatigués, de criminels défoncés ou de simples quidams fatigués s'abîmant dans l'alcool ou le sexe. Ce n'est déjà pas rien !