UtamaroPlonger dans la filmographie antérieure aux années 50 de Mizoguchi permet d'abord d'y voir les prémisses des chefs d'oeuvre qui suivront (la fascination pour les femmes, l'expression fine des sentiments les plus complexes), mais réserve des surprises, comme la découverte de ce "Cinq Femmes Autour d'Utamaro" : car si l'on lit bien dans cette biographie assez fidèle d'un célèbre peintre sur estampes (spécialisé dans les portraits féminins) une métaphore immédiate du statut de Mizoguchi lui-même, entre intégrité artistique, intérêt pour son entourage dans lequel il puise son inspiration, et contraintes sociales et politiques (une société corsetée et rigoureuse qui punit la passion, un gouvernement qui censure et réprime), on est surtout fasciné par l'incroyable sensualité - oserons-nous parler d'érotisme - qui se dégage de nombreuses scènes d'une beauté sidérante : peinture effectuée sur le dos nu d'une courtisane, dizaines de femmes dénudées pêchant sous l'eau, rapports de soumission perverse entre un coureur de jupon et sa maitresse dominatrice, tout ici sent la célébration du sexe.