2007_11_The_Hives_062"Alors je vais vous expliquer : d'abord, c'est nous qui faisons du bruit. Et puis, quand nous nous arrêtons, c'est à vous d'en faire : vous devez crier et taper dans vos mains. Compris ? Je ne veux pas avoir à vous le répéter". Howlin' Pelle Almqvist roule des yeux méchants, mais a l'un de ses petits sourires en coin qui le rendent si sympathique (pour les garçons) et si craquant (pour les filles). Pelle me rappelle un peu Ewan McGreggor, pour son air narquois et sa (pas si) légère arrogance qui donne surtout l'impression d'une vraie gentillesse. Sauf qu'à la place de la nonchalance de l'Anglais chéri de ses dames, Pelle a choisi de vivre branché sur 220 Volts en permanence. En tout cas, les 1500 filles parmi les 2000 personnes qui ont rempli le Bataclan se soir sont proches de l'hystérie. Ce qui va très bien avec la musique des Hives, ça, l'hystérie, non ? Alors, pas de problème, Pelle, tout le monde va faire beaucoup de bruit entre les chansons ! 

J'étais arrivé très tard à ce rendez-vous avec le punk-rock suédois en costard noir et blanc, pour le moins stressé par une journée difficile et aussi par l'inquiétude de ne pas réussir à être au premier rang. Mais non, pas de problème, même si les portes sont ouvertes depuis 30 minutes, il reste un peu de place pour Gilles et moi à gauche de la scène, juste devant la sono qui nous détruira plaisamment l'ouïe dans les heures qui vont suivre. 2007_11_QYDJ__025Une petite prise de bec avec une blonde qui n'apprécie pas que nous nous soyons "incrustés", et, avant même qu'on réalise quoi que ce soit, Quit Your Day Job sont sur scène et balancent la purée : une purée bien vitaminée et épicée avec même des gros grumeaux. Le chanteur ressemble à un malade mental constamment ahuri, le claviériste jouera en slip les trois quarts du set, le batteur est de dos et je ne verrai que les trous de son t-shirt douteux. La musique ressemble à du Cramps qui aurait écouté Suicide (pour les synthés grinçants et destroy) et les paroles sont aussi stupides qu'hilarantes : quand Jonass nous dit que la prochaine chanson sera sur "l'émerveillement de trouver de l'argent sur le trottoir, euro ou dollar, quand on est SDF", les paroles se réduisent à "Oh ! A Dollar "" hurlé trente fois de suite pendant une minute trente (durée moyenne des morceaux de QYDJ. Et, plus le set avance, plus la folie bouffonne du groupe devient contagieuse : Marcass, l'organiste fou et en slip fait des roulades sur scène, plonge la main dans son slip pour aller y constater la taille du paquet, et descend dans la foule pour y faire je ne sais quoi (je n'ai pas vu, mais ça devait pas être trop catholique). Tout le monde dans la salle commence à être bien chaud, et c'est "la banane" sur les visages. Belle découverte donc, et d'ailleurs, Gilles B ira acheter les 2 CDs du groupe à la fin de la soirée : c'est un signe qui ne trompe pas... 

2007_11_Dan_Sartain_026Le groupe suivant sera un peu en-deçà de cette première première partie très réussie : Dan Sartain, accompagné d'un seul et unique batteur, joue très élégamment du rock'n'roll dur et tendu, avec la bonne attitude, le bon goût, la classe tirée au cran d'arrêt des vrais rockers. Pourtant, au bout d'une quinzaine de minutes, la pression redescend, la lassitude nous gagne : des chansons pas assez fortes, une voix pas assez marquante, bref, on a déjà entendu cette musique, plus impressionnante, plus hantée surtout, chez d'autres. Au bout de 30 minutes, on finirait presque par s'ennuyer, malgré tout le "bon esprit" qui se dégage. 

Et The Hives déboulent sur scène, après une petite intro instrumentale qui rappelle fortement les ritournelles maboules des Stranglers, avec l'un des tous meilleurs morceaux de leur dernier et excellent album : "Bigger Hole to Fill". Et c'est tout de suite très fort : le Bataclan s'est enflammé à2007_11_The_Hives_050 la vitesse d'une cité d'une 9-3 après une allocution de Sarkozy, et moi je suis déjà en train de chanter en choeur : "No I ain't got no time to spill / I got a bigger hole to fill", pendant qu'à côté de moi la blonde irritable agite dans tous les sens son petit poing brandi en l'air. C'est du garage punk, ça sent tout de suite la sueur et le cambouis, malgré les lumières à la Las Vegas et la signature du groupe en néons rouge, malgré les costards noirs aux lisérés blancs et les pompes de mac, blanches et lustrées (dans la chaleur d'étuve coutumière au Bataclan, les vêtements chics de nos Suédois se transformeront vite en combinaisons de plongée...).

Pelle impressionne immédiatement par ses sauts démentiels, tandis que le guitariste blond, frisé et moustachu, Nicholaus Arson, tout aussi spectaculaire, fait de la provocation continuelle. Derrière, les autres Hives ont l'air de jeunes pères de familles grassouillets et ventripotents, et on a un peu de mal à comprendre comment ils font pour assurer avec une telle méchanceté et une telle rigueur. Bon, pendant 1 h 20, quasiment sans une seconde de repos, hormis les harangues narquoises de Pelle, dans un sabir franco-anglais hilarant (qui doivent en fait servir aux musiciens à reprendre leur souffle !), The Hives vont confirmer leur statut planétaire de meilleur groupe punk en activité : la seule vraie baisse de tension sera une interprétation pépère de "Diabolic Scheme", un morceau que je n'ai jamais trouvé particulièrement intéressant (d'ailleurs Pelle nous annonce avant de l'entamer que "The Hives s'en vont", puis, après l'avoir terminé, que "The Hives sont de retour"... c'est dire !). Avec un niveau sonore croissant, devant une foule en délire (les videurs auront justifié leur salaire ce soir, récupérant toutes les 30 secondes de nouveaux slammeurs, dont une bande de travestis2007_11_The_Hives_064 fous, perruques blondes, slip kangourou et boas rouges, que l'on aurait mieux vus à un concert de Philippe Katerine) qu'ils exciteront en permanence en venant titiller les premiers rangs (je vais presque me prendre la Telecaster de Nicholaus sur la tête alors qu'il mouline ses riffs grimpé sur la barrière - désolé, je n'ai pas eu le réflexe de prendre une photo !), The Hives vont donc nous jouer ce rock speedé, tantôt âpre et brutal ("Hate To Say I told You So", sidérant, placé en milieu de set, pendant lequel mon ami Gilles B part en vrille), tantôt pop et accrocheur ("Won't Be Long", ma chanson favorite en ce moment !). En rappel, ils reviennent évoquer le spectre des Fleshtones des grands jours avec leur premier morceau funky ("T.H.E.H.I.V.E.S."), et nous achèvent avec une dernière et furieuse poussée d'adrénaline. Ouaaahhh !

Un concert bien au delà de mes attentes, et, même s'il manque aux Hives quelques morceaux vraiment hors du commun qui les ferait sortir du lot des bons groupes pour les hausser à un niveau d'exception, l'illustration parfaite de la magie d'un bon groupe de scène, généreux, puissant, toujours indomptable après plus de 12 ans d'activité : qui peut dire mieux en ce moment dans la planète Rock ? Qui n'aurait pas déjà, l'âge aidant, ralenti le rythme ? Pas The Hives ! Il me faudra alors plus de 45 minutes pour sortir d'un Bataclan complètement engorgé, dont le public ne semble pas vouloir renoncer à son rêve punk, et pour récupérer mon casque et mon blouson au vestiaire : l'occasion de faire redescendre ma température avant de repartir dans le froid, et de me rendre compte que nos amis les acouphènes m'accompagneront sans doute jusqu'à tard dans la journée le lendemain.