2008_03_Elliott_Murphy_006"... This is an Unreal City / You Can be Anybody / When You're Alone"... pour moi, c'est à ce moment-là de la soirée que tout s'est mis en place : "On Elvis Presley's Birthday", alors que les guitares mystérieusement (et magiquement) liées d'Elliott et d'Olivier font superbement exploser toute la tension accumulée, que les souvenirs d'enfance d'Elliott - les souvenirs de sa relation avec son père - se métamorphosent d'un coup en une vraie leçon de vie, nous révélant ce que nous savions peut-être déjà, c'est-à-dire que la manière dont nous avons conduite notre existence toute entière est la conséquence de ces années "de formation". Avec Gilles B à ma gauche, qui découvrait Murphy pour la première fois (et nous étions tous un peu angoissés, nous les fans de plus de trente ans, que notre ami n'aime pas, ou, pire, ne comprenne pas notre fidélité au bonhomme). Avec Patricia C à ma droite, qui voyait Murphy pour la première fois sur scène, et qui prenait ça, de toute évidence, comme une manière de se prouver à elle-même l'existence d'une sorte de divinité en ce week-end pascal. Avec Sylvie derrière moi qui, qu'elle soit pardonnée, dévorait des yeux le mignon Olivier, sans doute le seul véritable guitar hero que la France ait portée en son sein, transformant chaque solo pris en un moment d'intense plaisir. Avec Vincent au milieu de la salle, qui était "comme un enfant" ce soir, excité, joyeux, intarissable, Vincent qui n'avait de sa vie, jamais manqué un concert d'Elliott à Paris depuis... 1974 ou 75, Vincent ? Avec autour de moi, une foule improbable de mères et de pères, de grands-mères et de grands-pères aussi à coup sûr, qui rayonnait d'extase, bruissait de bonheur, tanguait sans fin dans les bras les uns des autres sur le moindre refrain. Oui, tout s'est mis en place2008_03_Elliott_Murphy_042 : Elliott Murphy, quel que soit son degré de célébrité planétaire - proche de zéro, aujourd'hui, mais qui a jamais cru qu'il y avait une justice ici-bas ? -, c'est un élément constituant décisif de notre personnalité, de notre croyance dans le monde et sa mystérieuse beauté, et la fidélité que nous ressentons au fond de nos coeurs pour ce baladin élégant, toujours aussi beau à 59 ans, va plus loin que la seule adoration d'une rock star de plus. Comme Bowie (dont une rumeur affreuse prédit en ce moment la mort proche, une horreur que je me refuse à considérer), comme Springsteen peut-être, Murphy a été un pilier sur lequel nous avons construit notre foi en l'homme, l'amour et l'art, et pas forcément dans cet ordre.

Ce soir, et si je le compare avec mes souvenirs du 16 mars 2007, le concert a été moins émouvant mais plus rock, plus électrique - Olivier et sa guitare ont été parfaits, n'ayons pas peur de nous répéter -, et Elliott a été moins bavard mais tout aussi chaleureux, beau, magnifiquement humain. Je me suis dit que connaître Elliott aujourd'hui, c'est un peu tutoyer les étoiles, ou plutôt réaliser - il n'est jamais trop tard - que votre voisin (Elliott est notre voisin, comme nous il peste contre les sens uniques qui changent toujours à Paris !) peut avoir écrit parmi les plus belles chansons de l'histoire du Rock, en tout cas certainement les plus belles de 2008_03_Elliott_Murphy_Souvenirl'histoire de votre vie. Alors, pour bien finir cette nuit un peu enchantée, Patricia et moi sommes allés nous présenter, et lui avons dit tout ce que notre adolescence lui devait. Elliott était tout timide, ça faisait évidemment très drôle de parler au fantôme vieilli de nos rêves (Scott Fitzgerald et The Great Gatsby, Patti Smith en Lady Stilletto, Geraldine sous un porche avant Françoise, et toute cette sorte de choses), et Vincent a pris la photo.

Voilà. "As I Lay Down, with my Lady / The Sounds of the Night Keep me Warm / .. / Tonight there's no Reason to be Strong" : c'est exactement ça.

(le compte-rendu complet de cette soirée se trouve comme d'habitude posté sur le blog des "Rock'n'Roll Motherfuckers" : http://concertsrnrm.blogspot.com).