BancoIl y a dans le dernier album des Têtes Raides, "Banco", par ailleurs moyen parce que marquant une régression inattendue vers les rivages de la chanson française post-Brassens après deux albums de transe rock bruitiste, et également tiède et mal produit, 20 minutes dévastatrices. Même si Christian Vincent et sa bande n'y sont pas pour grand'chose. "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" est un texte cinglant, violent, terrible, de Stig Dagerman, sur le "sens de la vie" (j'en entends qui rigolent, ils ne rigoleront pas longtemps s'ils écoutent ce morceau !) : les mots qui déferlent, malgré le flow maladroit de Christian Vincent - il aurait sans doute fallu un vrai rappeur pour conférer à ce texte une musicalité qui réussisse à transcender le poids de ses mots -, malgré le ska décalé des Têtes Raides derrière, font mal. Je suis sorti de là mal. Pour le reste de la journée. Comme hébété, un peu détruit même, d'avoir été confronté aussi violemment à l'inanité profonde de l'existence, mais aussi, mais surtout à l'inutilité tragique de nos efforts à en extraire le moindre sens. Il m'a fallu au moins 24 heures pour m'en remettre. Mais j'ai aussi réalisé, dans mon accablement, que "...consolation..." n'était pas seulement un grand morceau des Têtes Raides, non : simplement le texte de ".. consolation..." est de la bonne, non, de la GRANDE littérature. Merci, Christian, mais fais-moi plaisir, ne joue pas ce morceau sur scène quand je viendrai te voir et t'écouter la semaine prochaine !