2008_06_Manu_Chao_027"Proxima estaçion : Esperanza" ! La foule y croit, tous les bras sont levés, la musique est un gigantesque catalyseur d'enthousiasme, tous les visages tournés vers la lumière irradient d'une sorte de joie enfantine : c'est simple, le bonheur... Il suffit de conspuer ensemble Bush - en visite à Paris demain - et de reprendre un refrain en espagnol qui chante la liberté et l'honneur des pauvres. Et la régularisation des sans papiers. Je me sens quand même un peu à distance de tout cela, même si les pulsations de la foule, réagissant au quart de tour aux accélérations de la musique, sont régulièrement euphorisantes. Non, quelque chose en moi résiste - malheureusement - à cette transe trop prévisible, trop mécanique. Je n'ai aucun doute quant à l'enthousiasme et la sincérité de Manu Chao, et j'adore la manière dont il a "modernisé" (on pourrait dire "globalisé" mais ce serait une insulte à ses opinions politiques) l'héritage de la musique latino (en bon Brésilien, je suis plus dubitatif quant à ses incursions dans la musique - et la langue - brésiliennes, fort éloignées de sa sensibilité). J'ai simplement du mal à vibrer devant un show "rouleau compresseur" conçu pour les foules (... américaines ?).

2008_06_Manu_Chao_046Heureusement, après moins d'une heure, un premier break rétablit la situation : Manu et sa bande disparaissent quelques instants et reviennent pour un enchaînement de chansons plus lentes (magnifique "Clandestino", pour moi le clou de la soirée), suivies de "rumbas", dont Manu déplore la disparition progressive dans les rues de Barcelone ("La calle", poignant). A partir de là, le show peut s'accélérer à nouveau, enchaîner des versions plus ou moins réductrices des chansons les plus connues, je suis accroché au train de l'espérance... Jusqu'à la fameuse station, avant le premier rappel. Je profite des lumières superbes (magnifiques totems) sur la scène, de l'enthousiasme général (les tribunes debout du début à la fin), de la générosité de la bande à Chao, qui s'amuse visiblement à allumer le public un peu plus à chaque fois...

... Et c'est là que le bât blesse à nouveau pour moi. A force de simuler des sorties de scènes, de (faux) adieux, des présentations longuettes des musiciens, d'intercaler des morceaux étirés et gonflés pour leur conférer un statut de "clous du spectacle" qu'ils n'auront jamais (n'oublions pas que la musique de Chao est avant tout fragile et aigrelette, et que c'est cela qui fait une grande partie de son originalité et sa séduction), les ficelles me paraissent de plus en plus grosses, la lassitude m'envahit. Pas besoin de ce "gros show", non, décidément ! Alors, quand au bout de 2 h 35 de concert,  après être parti 3 fois et revenu 3 fois, 2008_06_Manu_Chao_074Manu nous promet d'autres chansons, tirées de "Sibérie m'était contée" (c'est-à-dire ce qui m'intéresse clairement le moins dans son travail, un côté chanson à texte qui m'insupporte largement), je me dis qu'il est temps que je tire, moi, ma révérence, avant que les quelques très beaux moments de la soirée soient irrémédiablement gâchés...

Il est minuit, et je sors de Bercy avec des sentiments, vous l'avez compris, mitigés. Sans doute ce spectacle de Manu Chao a-t-il "payé le prix" de mon allergie pour ce surdimensionnement excessif qui caractérise Bercy et les grands "shows" de rock en général, mais je n'ai pas non plus retenu de tout cela une grande sensibilité de la part de Manu, qui paraît se rêver finalement plus en Springsteen qu'en Bob Marley (malgré les clins d'oeil répétés ce soir au dieu du reggae..!). Qu'est-ce que je suis heureux à l'idée même de retrouver demain la taille humaine d'un Elysée Montmartre pour un "vrai" concert rock !

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