17 juillet 2008

"Hancock" de Peter Berg

HancockIl est toujours rassurant de constater qu'il nait des films singuliers au coeur même de l'industrie de divertissement hollywoodienne, et "Hancock" est un exemple d'incongruité, entre scénario à tiroirs qui impose un changement de ton surprenant à la mi-film (on est quand même du côté de "Heroes" et de sa mythologie réinventée) et filmage "réaliste" contrastant avec l'inévitable débauche d'effets spéciaux, forcément fatigants à la longue. Le problème est que, faute de fond, ou peut-être de maitrise, on sort de là vaguement déçus, privés du plaisir simple des blockbusters traditionnels, sans avoir non plus eu droit à ce supplément d'âme qui fait le prix d'un "Spiderman", par exemple. Fausse bonne idée, mal soutenue par un piètre metteur en scène et des acteurs sous-exploités, "Hancock" n'est guère qu'une coûteuse erreur.

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16 juillet 2008

Eli "Paperboy" Reed à la Maroquinerie le Mardi 15 Juillet

2008_07_Eli_Paperboy_Reed_003Au coeur de notre passion pour le Rock, il y a inévitablement le désir un peu inavouable d'avoir toujours une longueur d'avance sur le grand public, d'être les premiers à découvrir un nouvel artiste, un nouveau groupe, quitte à vouer plus tard aux gémonies une musique que l'on a aimée une fois qu'elle a atteint le succès populaire. En permanence à l'affût de nouveaux noms dans les media (hier dans les journaux ou magazines, aujourd'hui sur le net bien sûr), nous nous sommes retrouvés ainsi, au fil des années, aux premiers concerts français, dans des salles minuscules, de futurs triomphes planétaires... Ce mercredi estival, dans une capitale loin d'être pourtant désertée encore par ses habitants (effet de la crise ?), nous faisons partie, avec Gilles B, des quelques dizaines de personnes qui ont fait le pari d'assister au premier concert donné en Europe par Eli (prononcez "I-laï")"Paperboy" Reed & The True Loves, celui que l'on présente sans rire comme "le Amy Winehouse masculin", et qui a plutôt décidé de réclamer la couronne du royaume Marvin Gaye-James Brown.2008_07_Eli_Paperboy_Reed_050

Lorsque je retrouve Gilles B, vers les 19 h 30, il me paraît vaguement inquiet d'être ainsi entouré, devant les portes encore closes de la Maro, d'un public aussi hétéroclite que peu rock'n'roll. La moyenne d'âge est vraiment élevée ce soir, une bonne partie des gens ici pouvant être, non pas les parents, mais les grands-parents du poupin Eli, et leur "dress code" - costume cravate par ici, robe habillée par là - n'étant pas le plus approprié pour une salle comme la Maro : on verra leur surprise à découvrir la petite salle assez rustique, et d'avoir à s'asseoir à même les marches, pour une assez longue attente (pas de première partie ce soir...). Mais pas de crainte à avoir, ce public - inhabituel, sans plus - se révèlera parfaitement impeccable pour le show de ce soir, connaissant bien les chansons, visiblement prompt à l'allumage et à soutenir les efforts du groupe avec force cris d'enthousiasme et claquements de mains...

2008_07_Eli_Paperboy_Reed_032Eli monte sur scène avec son mini-big band - un peu tassé, surtout les trois cuivres au coude à coude, juste devant Gilles et moi - vers 20 h 45, et met la barre d'emblée très haut avec un morceau costaud et rentre dedans - pas sur l'album : le son est impeccable, puissant et hargneux, avec la voix, heureusement, bien distincte. L'accroche est immédiate, surtout lorsque se morceau se termine sur une montée en puissance impressionnante, finalement assez inattendue par rapport à un album un tantinet conventionnel, voire "routinier", en tout cas profondément ancré dans une tradition que Eli tient visiblement à perpétuer et à respecter. De cette tradition d'une musique née dans les églises noires du Sud des Etat-Unis, Eli a gardé le look (costume-cravate-chaussures sombres, chemise blanche, et pas question de déserrer le noeud de la cravate malgré la chaleur torride dans la salle), le discours (la Bible est citée au cours des 5 premières minutes, ce qui ne me réjouira pas, vous vous en doutez, le soupçon "d'intégrisme musical" se doublant alors d'intégrisme tout court) et surtout le style : exalté comme un prêcheur pentecôtiste, souriant comme un croyant convaincu (en la force de sa musique), Eli nous fait le2008_07_Eli_Paperboy_Reed_034 show comme si l'on était encore au début des années 60 lorsque les blacks se révoltaient pour leur "civil rights". Car Eli se croit visiblement black, et si sa voix n'a pas toujours sur le disque la texture et la beauté de celle d'un Al Green, sur scène, avec l'énergie que lui et les True Loves déploient, il arrive à donner le change. Ah ! les True Loves, parlons-en ! Car la réussite de la soirée doit leur être attribuée autant qu'à la voix d'Eli : un batteur spectaculaire, parfois en transes, des cuivres musclés et hilares, un guitariste-slacker aussi passionné de cette musique qu'Eli, mais surtout un enthousiasme et une cohésion qui font la différence, et portent le concert au-delà du simple exercice de style.

Car, bien entendu, ce qui menace cette musique, c'est son respect absolu des codes d'un genre aussi magique que légèrement suranné (d'où ce public, aussi vibrant et passionné que, quelque part, un peu momifié dans l'adoration d'une musique passéiste...) : finalement rien ne distingue vraiment les compositions d'Eli (l'album sera joué dans son absolue intégralité, augmenté de quelques morceaux, soit nouveaux - ce sera annoncé - soit inconnus pour nous, à une exception près, on y revient tout de suite) des classiques de la grande époque soul-rythm'n'blues. C'est un compliment, mais aussi un problème lorsque l'on croit, comme moi - et Gilles B - que la musique doit avancer pour vivre. Bon, foin de récriminations, ce soir a été quand même dédié au plaisir pur de la soul la plus torride, et, à part quelques petites baisses de régime occasionnelles, Eli & The True Loves n'ont pas déçu : les meilleurs moments de la soirée ont été pour moi "The Satisfier", grande chanson "james brownienne", un nouveau morceau plus rock intitulé, je crois, "Love of a Man", et surtout le 2008_07_Eli_Paperboy_Reed_035premier rappel, presque parfait... D'abord une belle version de "I'll Roll With You", avec un Eli en solo - juste une trompette derrière -, puis "Boom Boom" : Eli, quasi-possédé, a laissé tomber sa guitare, et peut vraiment s'abandonner à l'extase religieuse de la musique, le public est maintenant bien chaud, le groupe s'amuse visiblement, tout s'ajuste parfaitement pour un final vraiment excitant. Au second rappel, ce sera LA surprise, qui jette rétroactivement une lumière un peu différente sur Eli et son show : un morceau strident (les cuivres hâchés), aux paroles qui convoquent des souvenirs au fond de la mémoire de Gilles B, notre expert absolu... pas reconnu sur le coup, mais quand j'aborde Eli à la fin du concert pour le féliciter, il le crache le morceau : c'était... "ACE OF SPADES" ! Méconnaissable bien sûr, mais quand même, on a du mal à imaginer ce grand garçon un peu rondouillard et très propre sur lui, fan de Mötörhead !

En tout cas, voici qui termine bien cette jolie soirée, et ce concert d'une heure vingt quand même, plein d'enthousiasme et de générosité. Bon, pas sûr, pour revenir à ce que je disais au début, que nous ayons vu ce soir le futur du Rock'n'Roll, mais en tout cas, voilà une bien belle manière de transpirer un soir de Juillet !

Retrouvez tous les compte-rendus de concerts sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !

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15 juillet 2008

Laissez-vous aller à vos plus bas instincts avec "Lady Snowblood"

Lady_Snowblood_1"Lady Snowblood" est donc l'un des grands "classiques" du manga, avec son personnage, devenu mythique, de femme-tueuse assoiffée de vengeance, sur lequel, par exemple, Tarantino construira son "Kill Bill". Reste quand que on lit, positivement sidéré, le manga, il est difficile de se réfugier derrière l'honorabilité de la culture japonaise moderne, tant on se délecte au long de ces 500 pages tantôt fiévreuses, tantôt contemplatives, de situations obscènes ou ignobles : car ce qui frappe ici, ce n'est pas la violence physique, le sang, tant les coups de sabre qui étripent et décapitent sont élégamment stylisés, épurés, réduits souvent à la simple dynamique d'un mouvement fulgurant ou d'un jet de sang, mais bien l'obstination du scénariste pervers à faire subir aux femmes - héroïne y compris - les derniers outrages : viols à répétition, bondage, flagellation, humiliations, tout est bon pour exciter le mâle pervers en nous, et les tentatives pour placer le récit dans un contexte historique (par ailleurs vraiment passionnant) ne sont finalement que pure façade. Car ce qui importe dans "Lady Snowblood", c'est bien la jouissance de l'avilissement, et une sorte de haine infinie de cette humanité bestiale qui ne mérite visiblement pour Kazuo Koike que la déchéance et la mort. Car ici, il n'y a ni foi ni innocence, mais manipulations immorales à répétition et raffinement d'une vengeance interminablement différée. Radical !

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14 juillet 2008

"Kung Fu Panda", Pixar peut dormir tranquille !

Kung_Fu_PandaCe ne sera décidément pas ce « Kung Fu Panda » qui relèvera le niveau de la production Dreamworks, à la ramasse depuis « Shrek 2 » : sur le canevas ultra-classique des films hong-kongais d’arts martiaux des années 70-80 (l’initiation du disciple peu doué jusqu’à l’acquisition de super-talents, puis le combat final contre le Big Boss réputé invincible), Dreamworks plaque l’habituel bestiaire Disneyien et balance les clichés gluants de la société US bien pensante (« être obèse n’empêche pas de se réaliser », ce genre de choses navrantes). Ce que nul ne semble avoir compris, c’est que la magie du kung fu vient du travail aberrant du corps, de cette chorégraphie magique qui naît de la discipline et de l’effort, bref de la sensation d’émerveillement toujours renouvelée devant la grâce et la force humaines. Toutes choses nulles et non avenues en images de synthèse. Ne reste donc ici d’une grossièreté bonhomme qui nous tirera au plus quelques sourires bienveillants.

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13 juillet 2008

"Hallam Foe" de David MacKenzie

hallam_foeEtrange objet que ce "My Name is Hallam Foe", qui nous ballade entre obsessions hitchcockiennes (voyeurisme, travestissement et refoulement,... jusqu'au thème central de "Vertigo", la réapparition d'entre les morts et le sosie que l'on modèle à l'image de la défunte pour pouvoir l'aimer) et réalisme britannique (Jamie Bell dans le rôle principal n'a rien d'innocent, tant "Billy Elliott" semble trimballer avec lui son destin passé de future étoile !). Il faut certes pas mal de bonne volonté de la part du spectateur pour adhérer à cette histoire trop complexe, traversée d'invraisemblances flagrantes, qui troque régulièrement son poids symbolique en échange d'une réjouissante trivialité : et si ce qu'il y avait de mieux dans "My Name is Hallam Foe" (sans parler de la merveilleuse BO, qui explore le meilleur du rock écossais, de Franz Ferdinand à Sons & Daughters, en passant par Orange Juice), c'était cette sexualité un peu crasse, mais finalement excitante qui se dégage du film ? La scène la plus mémorable - la meilleure sans doute - est d'ailleurs celle où les deux amoureux se défient en se confiant l'un à l'autre les noms qu'ils donnent à leurs organes sexuels...

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10 juillet 2008

My Bloody Valentine au Zénith le mercredi 9 juillet

2008_07_My_Bloody_Valentine_025Nous, on est là pour se faire exploser la tête, pour que nos oreilles saignent, on a mis un point d'honneur à ne pas accepter les bouchons offerts gratuitement à l'entrée, on a eu un peu peur en constatant que, derrière la console, trainait un appareil de contrôle du niveau sonore. Alors quand, après 20 minutes environ de concert, Kevin Shields, muet jusque là, à son habitude, nous dit - par deux fois - d'un air dépité : "Les gens de la salle ont baissé le son de la sono, on n'y peut rien, on s'excuse si vous n'entendez pas notre musique comme elle devrait...", nos pires craintes se matérialisent : décidément, la France, avec ses règlements et sa folie dictatoriale d'un Etat se délectant de la privation des libertés "pour le bien de tous", n'est pas le pays du Rock, et il n'est pas sûr que My Bloody Valentine revienne de si tôt jouer en nos contrées. Mais le pire reste à venir : lors du dernier morceau, l'épique "You Made Me Realise", qui voit My Bloody Valentine se lancer dans un tunnel bruitiste extrême, couronnant magnifiquement le concert, le son lâche après une dizaine de minutes, laissant les musiciens et le public comme égarés au milieu du silence... Problème technique ? Excès de censure parce que le son a régulièrement frisé - dépassé peut-être - les limites légales ? On ne le saura pas, et après cinq ou six minutes d'attente, le morceau peut repartir,2008_07_My_Bloody_Valentine_044 jusqu'à ce que Kevin ait (apparemment) des problèmes avec ses pédales d'effets et déclare définitivement forfait. Une fin en eau de boudin pour un concert qui a été pour moi le meilleur que j'aie jamais vu et entendu du groupe, et qui a consacré le grand retour d'un artiste majeur, d'un créateur essentiel des années 90.

Car on a frisé la perfection dans le genre, ce soir, ou plutôt, on l'aurait frisée si le niveau sonore avait pu être à la hauteur - épique, pas moins - des shows "normaux" (c'est-à-dire pas en France) de My Bloody Valentine : un son quand même puissant et somptueux, un travail remarquable sur les ambiances lumineuses, entre projection d'images psychédéliques et stroboscopes incitant à la transe ("Ne manquait que les pétards", confirmait Gilles B), une set list proposant une belle escalade émotionnelle et sonore jusqu'au sus nommé "You Made Me Realise" et sa plongée en apnée dans l'abstraction bruitiste. J'ai, quant à moi, mis un peu de temps à plonger dans le magma, et c'est "Only Shallow", la célèbre ouverture de Loveless, avec ses attaques soniques surpuissantes, qui a été le premier déclencheur du plaisir pour moi. Ensuite, une fois ce seuil passé, il n'a plus été question que de se laisser dériver dans cet univers aussi abstrait que prodigieusement physique (à ce niveau sonore, la musique devient presque2008_07_My_Bloody_Valentine_047 tangible) et de rechercher une sorte d'osmose à la fois hébétée et confortable. Le sommet du concert a été pour moi un morceau magnifique, dont le titre m'échappe (help !!), superbe construction quasi-géométrique et répétitive, sur lequel l'effet de "transe" a joué en plein, jusqu'au plaisir (d'ailleurs, j'ai jeté un coup d'oeil à Gilles B, à côté de moi, et il a passé tout le morceau à se laisser emporter, les yeux fermés, par la pulsation de vie de la musique...).

Un mot sur les musiciens : la mignonne Belinda - loin de nous, sur la gauche de la scène - nous a paru miraculeusement épargnée par les outrages du temps (16 ans quand même depuis leur dernier passage à l'Olympia !), la section rythmique a été absolument démentielle (je ne me souvenais pas, honnêtement, que Colm Ó Cíosóig, le batteur, ait été aussi déchaîné, et que les montées en puissance des morceaux soient autant basées sur la furie de la batterie !), et Kevin Shields, juste en face de nous, plus marqué par l'âge, reste le même Kevin Shields. Mûré dans le silence de sa tête, il semble rêver - depuis un autre niveau de réalité et avec une étonnante (fausse ?) placidité - les assauts soniques de sa guitare.2008_07_My_Bloody_Valentine_039

Après une heure et demi, les oreilles quand même gravement allumées par le mur de Marshalls en face, au milieu de nombreux jeunes spectateurs hébétés, qui n'avaient visiblement jamais entendu de la musique jouée aussi fort, force a donc été de constater que la réappartion soudaine de My Bloody Valentine fait pleinement sens, et que le fait que les leçons - de son, d'imagination - de la matrice "Loveless" aient été retenues par de nombreux groupes actuels ne devrait pas nous dispenser du plaisir d'écouter à nouveau l'inventeur du "noise".

Retrouvez l'intégralité de ce compte-rendu sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s.

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09 juillet 2008

"Death Note 11" : attente et anticipation...

Death_Note_11Que dire du 11è tome de "Death Note", bien plat après le retour d'une certaine excitation du volume précédent ? Qu'il s'agit clairement de 200 pages de transition, de préparation avant l'affrontement final, que l'on ne peut que supposer titanesque ? Nous assistons ici - sans y comprendre quoi que ce soit, bien entendu - à la construction, aussi bien par Light que par Near, du piège que chacun entend refermer sur l'autre, pour pouvoir définitivement triompher de son adversaire. Cela pourrait être fascinant, ce n'est souvent qu'ennuyeux, d'autant que c'est finalement la première fois que Ohba procède ainsi, lui qui avait préféré jusque là nous surprendre par le machiavélisme absolu de ses joueurs d'échecs (et c'était bien là l'un d'un charmes du manga...!) : alors on est saisi par la crainte que ce final, attendu depuis de longs mois, ne soit pas à la hauteur de nos attentes, inévitablement. En attendant, on déplorera encore une fois la fadeur générale des personnages, simples pions sur l'échiquier (un crépage de chignon entre les deux amoureuses de Light constitue le seul réel amusement de ces pages !), et, tardivement on s'émerveillera sur 7 pages, entièrement muettes, qui décrivent élégamment et mystérieusement le temps qui s'écoule, et nous prouvent que, oui c'est clair, le principal défaut de "Death Note", c'est d'être trop bavard !

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08 juillet 2008

Séance de rattrapage : "les Amours d'Astrée et Céladon" d'Eric Rohmer

Amours_d_Astree_et_CeladonJ'étais, avouons-le, peu tenté par le kitsch du dernier Rohmer - pendant longtemps mon réalisateur préféré -, et la première partie de cette adaptation précieuse (le ton Rohmerien, à la fois charmeur et irritant, éclate dès les premiers dialogues !) de "l'Astrée" d'Honoré d'Urfé a confirmé mes craintes : n'y décèle-t-on pas finalement chez Rohmer les premiers signes de la sénilité, et son choix - intellectuellement indiscutable - de l'adaptation au pied de la lettre de mignardises du XVIIe siècle ne condamne-t-il pas "les Amours d'Astrée et de Céladon" au ridicule ? Il faut patienter tant bien que mal une bonne heure pour que les mécanismes pervers de la fiction Rohmerienne se mettent en place : dès lors que la machination du vieux druide conduit le héros au travestissement, pour mettre à l'épreuve l'obstination butée des deux amoureux, le film devient brûlant, conjuguant une sensualité inédite chez Rohmer avec son habituel génie dans la chronique pantelante de l'amour. 30 minutes de pur génie.

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07 juillet 2008

"Brésil" de John Updike

Bresil_UpdikeJ'ai toujours eu envie de lire Updike, et commencer par un livre traversant (en un aller et retour systématique) d'Est en Ouest le pays que j'aime me paraissait une bonne idée (mêlée d'un peu de crainte, quand même, car qu'est-ce qu'un Américain peut comprendre au Brésil ?). Sur ce point-là, pas de déception : si "Brésil" se termine quelques années avant ma propre découverte du pays, il est parcouru d'une justesse essentielle dans sa description des lieux comme des gens, qui m'a évidemment ravi au plus point. Et Updike, alors ? J'ai d'abord été surpris de son style, qui s'apparente ici à un classicisme presque désuet, supportant une narration anti-psychologique qui perpétue une certaine tradition de la chanson de gestes, ou du conte (on peut penser à Garcia Marquez, sans le génie brûlant). Le paradoxe fascinant de "Brésil", c'est qu'il semble finalement à avoir peu de choses à nous dire, sinon nous conter une histoire d'amour "mythologique", et la ramener régulièrement à la trivialité la plus quotidienne. Oscillant - ce qui déroute, avouons-le - entre réalisme terre-à-terre (pour moi le meilleur du livre) et onirisme symbolique (désuet et irritant, surtout lorsqu'Updike opère un glissement temporel et plonge ses héros dans le XIXè siècle des bandeirantes), "Brésil" est au final un livre aussi brillant que curieusement creux.

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06 juillet 2008

"Seuls Two" d'Eric et Ramzy

Seuls_TwoIl y a beaucoup de choses à aimer dans "Seuls Two" : d'abord, la brillante idée d'un monde vidé de ses habitants, transformé en scène spectaculaire pour un "two-men show" qui conduit logiquement Eric et Ramzy de l'affrontement à l'amour. Ensuite, l'humour dadaïste du duo, constamment en déséquilibre, fuyant les poncifs qui alimentent le mauvais comique "de société" français : cette finesse, entre Devos et Tati, qui tend souvent à l'abstraction, est d'ailleurs au final l'ennemi même de "l'efficacité" du film, puisque le grand spectacle cher (les scènes d'action du début, Paris vide, des images sublimes...) est désamorcé par le caractère quasi-infinitésimal de l'humour. Manque pour que le film soit réussi une vraie mise en scène, ici complètement désastreuse, souvent illisible même, et laissant la plupart du temps le spectateur aux prises avec sa propre interprétation de ce qui se joue. Le cinéma comique est l'un des arts les plus difficiles qui soient, et Eric et Ramzy n'en maîtrisent pas encore les bases.

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