2008_09_The_Divine_Comedy_013C'est quand Neil Hannon a entamé le set de Divine Comedy par "Amsterdam", le classique francophone le plus apprécié par les rockers anglais (on a eu Scott Walker, Bowie, et tant d'autres ensuite) que je me suis souvenu que, ce soir, nous n'allions pas assister à un concert de Divine Comedy - l'un des talents les plus brillants de la pop anglaise de ces 30 dernières années, et aussi les plus sous-estimés, d'ailleurs les autres "Rock'n'Roll Motherf***s n'étaient même pas là ce soir...) - mais à une sorte de soirée concept autour de l'amour - à mon avis immodéré, comme tout ce qu'il fait - que Neil porte à la France (bon, Brel est Belge, mais les Anglais ne s'arrêtent pas à ce genre de détail...). Tout avait pourtant bien commencé, Sophie était arrivée tôt pour que nous soyons au premier rang, juste devant notre idole (...bizarroïde, mais justement idole quand même...) et Pat s'était trouvé une belle place au balcon qui lui permettait de surveiller à la fois Neil Hannon et les mouvements désordonnés qui m'agitent lorsque je euh... danse. Bon, je reviens à "Amsterdam", toute en platitude acoustique façon Bowie plutôt qu'en graisse de moules-frites façon Brel, on ne peut pas dire que ça commence bien ! Mais ce diable de Neil enchaîne avec un "Europop" redoutable, speedé, électrique, histoire de nous rassurer : c'est bien Divine Comedy qui est sur scène... Pour 2008_09_The_Divine_Comedy_019immédiatement poursuivre avec "Poupée de Cire, poupée de Son" en version post-Arcade Fire, moins Pixienne quand même, donc ni pop ni rock : encore une fois, à mon humble avis, un hommage à côte de la plaque. On comprend alors ce qui va se jouer ce soir : 50% de daube variétés française, 50% de génie "scott-walkerien" d'un Neil Hannon au top, qui revisite les meilleurs titres de son répertoire : dur dur pour mes nerfs !

Bon, ne faisons pas dans le détail : le pire a été atteint lorsque Vincent Delerme est monté sur scène chanter en yaourt "Songs of Love" - peut-être pour se venger de l'infâme gloubi-glouba que Neil Hannon a fait des paroles malines de son "Anita Pettersen" quelques instants auparavant. A ce moment-là, c'était tellement mauvais, tellement consternant, que je me suis tâté pour ne pas quitter la salle. Remarquez que, question hors sujet grotesque, on a encore eu droit après à une reprise scolaire et banale des "Copains d'abord" (Brassens par Divine Comedy, cherchez 2008_09_The_Divine_Comedy_036l'intrus) sur laquel tout le gentil public parisien chantait et tapait dans ses mains à contre-temps : on était bien en France, et je n'avais qu'une envie, me ruer avec mon passeport à l'aéroport pour prendre un vol pour un pays où il y a de la Musique, de la vraie (l'Angleterre ou le Brésil, au hasard). Je rigole, mais l'entreprise funeste de Neil Hannon n'a pas été totalement vaine : on a frémi sur une version soufflante de "Initiales BB" (rebaptisée "Sexy BB") avec la diaboliquement sexy Daphné en égérie brûlante, et on a littéralement décollé sur la reprise improbable d'un classique de l'Eurovision 1967, "l'Amour est Bleu", cisaillé à la telecaster, mélodie à la bêtise sublime magnifiée par la magie improbable du rock'n'roll.

Heureusement, il y avait aussi ce soir les chansons de Divine Comedy, et même les meilleures, la plupart d'une beauté asphyxiante. C'est simple, la version de "When the Lights go out over Europe" a été ce que j'ai entendu de plus beau, de plus bouleversant sur scène cette année : les larmes remplissaient mes yeux, j'avais la chair de poule, et cela rachetait largement toutes souffrances sadiques que Neil m'a infligées ce soir. Et puis "Tonight We fly" a presque renouvelé le miracle, à la fin. Et puis, Neil et sa bande sont revenus pour un second rappel non planifié, un magnifique "Something for the Weekend" à la fois turbo-propulsé par2008_09_The_Divine_Comedy_056 l'enthousiasme des fans et symphonique. Et ce fut fini : 1 h 55 d'un concert généreux, malicieux, original, inventif, mais dont j'aurais personnellement sacrifié sans aucun regret une bonne moitié, pour pouvoir mieux me concentrer sur les morceaux de pur génie que sont "Alfie" ou "Generation Sex". Ah ! j'oubliais quand même d'ajouter que Neil a effectué, comme toujours, son coming out - si j'ose dire -, débutant le set dans son habituelle crispation, complètement figé dans son costard-cravatte et derrière ses lunettes fumées, et le finissant en bras de chemise, guitar hero ou presque, radieux, balançant ses vannes toujours délicieuses à tout bout de champ : en un mot, parfaitement adorable. Et cette métamorphose-là, cette "liberation", c'est encore une fois un bonheur d'en être témoins.

Retrouvez tous nos compte-rendus de concerts sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !