zombiesJ'avais loupé "Zombies" à sa sortie, je ne sais pas pourquoi. Sans doute étais-je ailleurs, insouciant, et lire Bret Easton Ellis m'aurait trop douloureusement rappelé que le soleil cache mal l'horrible vide de l'existence, ce genre de platitudes fondamentales que seuls les vrais écrivains savent rendre lisibles. Peut-être aussi avais-je zappé parce que l'on m'avait dit qu'il s'agissait de nouvelles, un genre qui ne m'attire pas particulièrement. Sauf que chez Bret Easton Ellis, les choses ne sont jamais aussi simples, et l'enchaînement de nouvelles sur le mode maraboutdeficelle cache bien entendu un vrai roman. Beigbeder, que j'abhorre mais qui est loin d'être un con, a apparemment écrit : "Les 3 meilleurs écrivains américains vivants sont Bret Easton Ellis, Bret Easton Ellis et Bret Easton Ellis." Il n'avait pas besoin de se donner la peine de rajouter "américains", et j'ai d'ailleurs peur que cela sous-entende que lui-même, parmi les écrivains "français", se pose un peu là ! Alors, "Zombies" ? Peut-être plus "fun" que d'habitude... ("Ouais, elle est sexe, elle a toujours la forme, presque tous les gens que je connais l'ont baisée, c'est un ange, elle a du mal à retenir son numéro de téléphone, le nom de sa mère, et elle oublie même de respirer, dit Martin avec un immense soupir." Page 195 de l'édition 10-18), mais pas moins vertigineux pour autant ("Définissez le point où tout disparaît. - Non, dit-il en pleurnichant. Faites-le vous même. - Nous y sommes déjà allés. Nous l'avons déjà vu. - Qui ça... nous ? Il s'étrangle. - Une multitude gens..." Page 239) ! Un grand livre de plus de Bret Easton Ellis ? Non, un livre indispensable de plus de Bret Easton Ellis. Allez, un petit dernier pour la route : "Quand vous emmènerez votre fille dans un McDo, je me déguiserai en Ronald McDonald et je la mangerai dans le parking sous vos yeux, et vous perdrez la boule. - Nous avons déjà parlé de tout ça, Jamie...". Oui, nous avons sans doute déjà parlé de tout ça, Bret, mais à chaque fois, c'est si fort...