2009_01_Sons_and_Daughters_016Quand on aime, on ne compte pas... surtout les kilomètres, dans le froid et la neige. Notre premier concert de 2009, ce sera donc dans l'improbable Maison de la Culture d'Amiens (si, si !), pour assister - enfin... - à un set de Sons and Daughters, soit l'un des groupes les plus honteusement méconnus en ce moment (comment la presse et le public ont-ils pu ignorer aussi largement le magnifique "This Gift", l'un des albums phares de 2008 ? C'est une énigme pour moi : il suffit normalement de le faire écouter une fois à toute personne normalement constituée, avec deux oreilles et un coeur, pour qu'elle l'aime immédiatement !). Bref, la seule façon de voir les Ecossais live sans aller à l'étranger, c'est une heure et demi de route dans la nuit, et le risque d'une salle glauque au milieu de nulle part... mais Gilles B, Clément, Sophie et moi avons décidé de le prendre, ce risque-là !

En fait, le trajet est relativement rapide, le stationnement aisé, la pizzeria en face de la Maison de la Culture accueillante, la salle moderne et... grande, typique des salles provinciales accueillant "spectacles culturels" en tout genre. Deux problèmes : les sièges (mais nous nous mettrons vite debout devant la scène, il ne faut pas déconner !), et surtout le manque 2009_01_Sons_and_Daughters_092d'affluence, au final moins d'une centaine de personnes dans un théâtre qui doit en contenir un bon millier. La déprime me guette, je le sens, d'autant que Sons and Daughters doivent jouer en premier dans le cadre de cette soirée du festival Tendances 09, avant New Young Pony Club, un groupe que, malgré des écoutes répétées, je persiste à trouver parfaitement insipide. Bon, je me remets à sourire quand nous voyons un Michael débarquer, interloqué de nous retrouver là, à Amiens (Gilles ne lui avait apparemment pas signalé cette expédition !) : en fait, même si le public n'est pas nombreux, il y a ce soir une cohorte de vrais fans de Sons and Daughters, qui ont fait comme nous le voyage pour leur groupe chéri.

Quand Adele Bethel déboule sur scène, vers les 20 h 40, on ne peut pas dire qu'on soit séduit par sa plastique, plutôt du côté de Beth Ditto si vous voyez ce que je veux dire... Sophie nous fera remarquer, non sans pertinence, qu'elle a plutôt un petit cul et des jambes normales, mais qu'au dessous de la ceinture, c'est impressionnant. Vous me direz que c'est bien futile de dégoiser sur les mensurations de la chanteuse de l'un de ses groupes favoris, mais il faut reconnaître que, vocalement non plus, Adele n'assure pas terrible ce soir, pas aidée il est vrai par une sonorisation 2009_01_Sons_and_Daughters_028imparfaite... Ce sera la petite déception des 55 minutes qui vont suivre, cette incapacité d'Adele à recréer les parties vocales des magnifiques morceaux de "This Gift", et qui déséquilibre les duos vocaux masculin / féminin que nous aimons tant (peut-être aussi parce qu'ils évoquent X, l'un de mes groupes favoris de tous les temps ?). Mais, curieusement, ce n 'est pas vraiment un problème, parce qu'on est surtout venus voir et entendre la guitare de Scott Patterson, petit jeune homme mignon et sage, parfaitement classe, qui déchaîne la foudre sans sourciller pendant tout le set... Et cette guitare, comme espéré, elle est très belle, conjuguant la frénésie tout en fuzz et wah wah des grands groupes garage psychedélique des 60-70's avec une nervosité, un tranchant qui sont son seul héritage punk : bref, du Ron Asheton avec la virtuosité en plus. Un mot en passant, et une minute de silence, pour Ron Asheton, justement, dont on a appris la mort cette semaine, et auquel Adele dédiera un beau "Johnny Cash", joué en second morceau du set, et traversé d'une citation jouissive de "I Wanna Be Your Dog"...

Mais revenons à Scott Patterson, dont il est difficile de détacher les yeux, tant il étincelle, malgré une indéniabe modestie (vêtements, attitude, rien du guitar hero qu'il pourrait prétendre être, pourtant), et c'est 2009_01_Sons_and_Daughters_044encore une fois lui qui portera le concert à son incandescence sur le splendide "Rama Lama", sommet de la soirée. Bon, Adele nous parlera bien de son amour pour Leonard Cohen qui lui a fait composer "Dance Me In", mais ce concert n'appartient pas à la chanteuse, il n'y a aucun doute là-dessus et on a du mal à s'intéresser à ce qu'elle dit... Au final, 55 minutes donc de rock éternel, aussi classieux que régulièrement intense, mais aussi un début d'explication à l'insuccès de Sons and Daughters, à qui il manque quand même sur scène cette étincelle de folie, ou de génie, qui fait la différence, et qui leur permettrait de devenir le GRAND groupe que leurs albums laissent prévoir. Il faut dire, à leur décharge, que chauffer une salle aussi peu rock, et aussi peu peuplée que ce grand théâtre, était une gageure.

Retrouvez l'intégralité de la chronique de cette soirée sur le blog des Rock'n'Roll Motherf***s !