Zweig retrouvé : "Le Voyage dans le Passé"
La vie peut être belle, et de façon inattendue : voilà qu'on retrouve un texte
inédit de Stefan Zweig, et tout permet alors de croire - au moins quelques
instants fugaces - aux miracles. Peut-être un jour, le destin ressortira-t-il
ainsi de son chapeau un album inconnu de Tintin par Hergé ? Bon, soyons
réalistes, voici une petite centaine de pages seulement d'une nouvelle qui n'a
pas, quoi qu'en dise la préface, la beauté irradiante des grands textes de
Zweig. Non, mais quand même... Car tout est bien là, au point qu'il peut être
délicat de retenir nos larmes en tournant ces pages : le style incroyablement
riche, la précision de la description de chaque mouvement - du corps comme de
l'âme, mais surtout du coeur -, les bouffées asphyxiantes de passion et de
désespoir qui nous envahissent par alternance. Et si la fin, curieusement
suspendue (ou peut-être n'ai-je rien compris ?) prive finalement ce beau texte
d'une apothéose qu'il aurait méritée, on a le droit de lire dans cet
inachèvement une générosité possible de l'auteur envers ses personnages privés
de leur histoire d'amour par le destin et l'Histoire. Alors, au final, un texte
moins "essentiel" de Zweig reste un plaisir plus riche et marquant que bien des
"chefs d'oeuvre" soi-disant modernes.













