MorsureJ'ai longtemps retardé le moment de la lecture des 90 courtes pages du premier roman de mon ami (oserais-je l'appeler ainsi ?) Dan. Parce que, naturellement, appréciant sa prose dans les fulgurants emails dont il nous abreuve chaque vendredi, je redoutais ce passage à la "grande forme", avec le risque d'une sorte d'institutionnalisation de la belle rage qui l'anime. Parce que, aussi, je ne voyais pas comment être objectif, ce qui est la moindre des choses, face au roman écrit par quelqu'un que je connais donc personnellement. J'ai finalement franchi le pas, dévoré (ha! ha!) "Morsure", que j'ai trouvé passionnant, et vais maintenant tenter de rester objectif :

- ce qui ne va pas : oui, Dan, je crois bien que tu t'es laissé impressionner par le fait que tu écrivais un roman, tu as poli, soigné ton style, en t'inspirant, je trouve, d'une belle littérature classique mais tourmentée que j'aime autant que toi (Kafka, Poe me viennent immédiatement à l'esprit, et ça me paraît un compliment, non ?). Tu as abandonné ce qui est peut-être ton plus précieux talent, cette furie dont je parlais plus haut. La prochaine fois, lâche la bride, laisse couler tes mots, simplifie ton expression, soit toi-même. Ensuite, par rapport à la belle idée de ton sujet, "Morsure" est définitivement trop court - ou trop long, ça aurait pu être une nouvelle, meilleure peut-être ? -, et on sent que la richesse de cette obsession originale que tu as imaginée (car j'espère que ce n'est pas trop autobiographique, quand même !) n'est que pauvrement traduite, faute de personnages et de situations qu'on aurait aimé plus foisonnantes. Bref, on sort de là un peu frustrés...

- ce qui me va bien : le juste équilibre entre une approche théorie (ta théorie jubilatoire sur la sauvagerie, bravo !) et une capacité à créer de la fiction. D'ailleurs, je trouve que le meilleur, c'est la fin, puisque, abandonnant l'introspection, tu passes au gore, au shocker, au film d'horreur des série B (c'est encore un compliment dans ma bouche), et ça, je trouve que c'est fort, c'est bien vu. Bref, ça dépote, ça fait mal, et on aime ça.

Au final, je n'ai pas honte d'avoir lu le livre d'un ami, ce qui aurait été horrible, je suis fier de connaître Dan Nisand, qui a réalisé quand même le rêve de beaucoup d'entre nous, avoir l'une de ses oeuvres (bouquin, disque, peinture, photo, poème, oeuvre d'art moderne, peu importe) reconnue et publiée.

Bon, dans deux semaines, je vais aller voir jouer le groupe d'un autre ami, et j'ai encore le trouillomètre à zéro !