Groom_Vert_de_GrisIl y a donc, de toute évidence, derrière "Le groom Vert-de-Gris", l'idée (une fausse bonne idée, à mon avis) de capitaliser sur le coup de génie d'Emile Bravo, et de prolonger les aventures de Spirou et Fantasio "dans le monde réel", en tout cas dans un monde synchrone avec celui de leurs créateurs originels. Sauf qu'ici, Yann et Schwartz ont tout faux, et que le résultat, loin d'être stimulant et enchanteur comme "Le Journal d'un Ingénu" n'est pas loin d'être répugnant. C'est que nos "amis" sont visiblement passés à côté de l'approche conceptuelle, abstraite, nécessaire à la coexistence de personnages certes imaginaires mais au passé chargé et à la charge symbolique forte, et d'une réalité étouffante comme le nazisme et la seconde guerre mondiale. Il y a ici une erreur grave, qui est d'introduire dans la fantaisie, qui est l'essence du monde de Spirou, la cruauté et la laideur du monde de manière frontale, irréfléchie : ici on torture les résistants, on déporte les juifs, on mitraille les soldats, on baise avec les allemandes, on tond les femmes qui ont couché avec les boches, en même temps qu'on fait des blagues (vaseuses) et qu'on décline des gags (éculés). Il y a forcément un malaise dans un tel amalgame, qui manque terriblement, soit d'un vrai recul "théorique" - qui faisait la force étonnante du beau livre de Bravo -, soit au contraire d'un second degré brutal et potache (je pense au travail audacieux que fit un humoriste radical comme Vuillemin avec son "Hitler = SS"). Du coup, peu importent au final le dessin réussi de Schwartz, les références malignes à Hergé ou aux premiers albums de Spirou, toutes ces bonnes idées sombrent au milieu d'un océan de mauvais goût et d'irresponsabilité.