The_eternalÉternel ? Jeunesse ? Deux mots qui illustrent bien le dilemme - en forme d'impasse, peut-être même - dans lequel se trouvent pris nos bruitistes favoris : car quelque part, même si jouer du rock "extrême" passé 50 ans fait toujours sens (certains diraient que cela en fait même plus qu'à 20 ans, contrairement aux idées reçues du marketing jeuniste triomphant...), comment affronter l'écueil de la redite, de l'inspiration qui tourne en rond ? "The Eternal" est un album extrêmement brillant, complètement gratifiant pour son auditeur, un album qui reprend l'histoire juste après le dyptique furieux "Goo" / "Dirty", juste avant que le triomphe de Nirvana ne vole le "feu sacré" au nez et à la barbe du couple Moore-Gordon. "The Eternal" est un album de pure maîtrise, qui voit Sonic Youth faire du Sonic Youth avec un degré de perfection et de brillance rarement atteint auparavant : immédiatement reconnaissable, les accords basiques sur les guitares bizarement accordées, les riffs à la fois furieux et atmosphériques, les mélodies primitives, les voix urgentes et juste "fausses" comme il faut, tout cela signe de plaisir. Pourtant, pourtant, cette maîtrise-là, ce... professionnalisme presque, ce n'est pas ce qu'on attend de Sonic Youth : ne reste-t-il plus rien à inventer, à défricher ? En écoutant ce bel "Eternal", on ne peut que se dire que l'éternité est un peu ennuyeuse, aussi belle soit-elle.