Amants_du_SpoutnikDu côté d'Antonioni, Murakami nous parle ici de l'ncommunicabilité fondamentale entre les êtres (ces spoutniks qui gravitent lentement sur des orbites différentes, rendant toute vraie rencontre impossible), et du brouillage des sentiments, ses personnages semblant tous plus ou moins prisonniers d'une apathie émotionnelle empêchant la réalisation de toute véritable histoire d'amour. Mais comme Murakami est japonais, il ne résiste pas - et pourquoi le devrait-il ? - à la tentation de faire de son triste conte de triangle amoureux une histoire de fantômes : ici, et c'est à la fois terriblement déprimant et vaguement terrifiant, les êtres se dédoublent entre deux mondes parallèles qui ne se croisent que par intermittence, l'un d'eux gardant à jamais prisonnière la partie la plus sensuelle de leur âme. Le superbe paradoxe qui naît de cette belle idée fantastique, c'est que c'est du côté de notre réalité que sont condamnés à errer les fantômes asexués et incapables d'aimer, tandis que désir - voire perversion (je pense à la sidérante scène de la grande roue) - s'épanouissent dans un univers parallèle hors de notre portée. Mais tout cela ne serait qu'un jeu conceptuel de plus s'il n'y avait le style époustoufflant de Murakami, la superbe élégance et la touchante simplicité de ses mots, traduisant dans une épure parfaite le moindre frémissement d'émotion (ou plutôt, ici, le manque de frémissement d'émotion !). Un grand écrivain, indiscutablement !