Lou_Reeds_BerlinOui, j'avoue que j'ai eu personnellement une relation "forte" avec le "Berlin" de Lou Reed en 1973, à sa sortie, même si à ma passion s'est toujours mêlée une certaine dose d'irritation devant la mise en scène boursouflée de Bob Ezrin, comme devant le côté volontairement "mal aimable" du concept tout entier. 33 ans plus tard, Lou Reed, qui est devenu l'ours déplaisant et ennuyeux que l'on sait, ressuscite par la force son "grand œuvre", et, même légèrement nettoyé et rendu plus académique par un traitement moderne très "art gallery", "Berlin" reste toute une affaire, dont on a bien de la peine à se débarrasser en quelques formules expéditives : tantôt pénible ("The Kids", ici absolument n'importe quoi…), tantôt sublime ("The Bed", "Sad Song", forcément), mais toujours aussi bancale, voici en tout cas une œuvre qui ne bénéficie en rien de sa résurrection par des musiciens "constipés" et prétentieux, une œuvre qui dormait bien mieux tout au fond de nos cœurs adolescents.

De plus, si l'on juge "Berlin" sur ses uniques qualités cinématographiques, il faut reconnaître qu'on peine à trouver de grandes qualités au "dernier Julan Schnabel" : filmage plat d'un concert qui est déjà "froid" par nature, mise en scène chichiteuse et absence cruelle de perspective (pas de point de vue sur les spectateurs, pas de vie sur scène…), le pire venant de ces films projetés en arrière plan, dans lesquelles Emmanuelle Seigner se ridiculise avec son casque viking et ses sourires égarés. Malgré tout, grâce à la force de la musique, quelques beaux moments "surnagent" : visuellement, la mise en scène du suicide et de son après, sur "The Bed", avec les meubles flottants dans une sorte de mini aquarium trouble est pure fascination. On apprend néanmoins au générique de fin que ce n'est pas Schnabel qui est responsable de ces images envoûtantes et pertinentes !