CHABROLChabrol est mort. A 80 ans, avec tous les abus de bonne chère dont on le soupçonne, ce décès n'a rien de surprenant, et encore moins de révoltant. Pourtant, il va falloir maintenant se résigner à vivre chaque année sans un "nouveau Chabrol", et ça, ça frôle l'insoutenable. Un peu comme une année sans "nouveau Woody Allen"... Un frisson glacé me parcourt l'échine, comme ils disent. Il va bien, au moins, hein, Woody ?

Bon, Chabrol, ce n'est pas vraiment un cinéaste - un maitre à penser comme Rohmer, un monument comme Godard, etc. Plutôt un vieil ami avec lequel on a aimé boire des coups - virtuels, mais quand même. Oui, un type qui a toujours éte là, avec sa bonne vieille méchanceté si divertissante, comme le vieil oncle un peu pervers de la famille, celui qui dans le fond rend les réunions de famille intéressantes... Mais, malgré une palanquée de films moyens, voire même parfois mauvais, Chabrol était bien sûr bien plus que son image de trublion débonnaire : un grand directeur d'actrices (Huppert n'a jamais été aussi bonne que chez lui), un critique inspiré de la "veulerie" française, mais aussi un théoricien passionné du cinéma (revoyez le sensationnel "Merci pour le chocolat" pour saisir ce qu'intelligence de la mise en scène veut dire). Chabrol était la preuve que le talent, voire le génie, ne sont pas incompatibles avec l'auto-dérision, ni solubles dans le (bon) vin rouge.

Il va nous manquer.