2010_12_The_Divine_Comedy_Joy_Eslava_025Neil Hannon (oui, The Divine Comedy, c’est lui tout seul, ce soir...) déboule ensuite avec 5 minutes d’avance sur l’horaire officiel (à 21 h 25 au lieu de 21 h 30), sur une scène forcément très dépouillée : un beau piano Yamaha, un socle pour la bière, un micro en pied pour les intervalles à la guitare acoustique, et c’est tout. Neil s’est laissé pousser une barbe clairsemée qui ne l’avantage guère, et a revêtu la panoplie caricaturale du banquier de la City, comme sur la pochette de son excellentissime dernier album, « Bang Goes the Knighthood ! », costume qu’il gardera jusqu’au troisième titre, le fameux et hilarant The Complete Banker, avec sa charge au vitriol contre les responsables de la crise actuelle. Mais avant cela, il y aura eu une superbe introduction ultra-pop, avec deux bijoux, Assume the Perpendicular, et The Singer’s Fear of the Pollen Count (nostalgie, nostalgie !) : c’est très fort de démarrer comme ça, ça met le cœur de tous les fans en joie... D’ailleurs tout le monde a l’air de connaître les paroles autour de moi, tout le monde chantonne, pas trop fort quand même pour ne pas couvrir la belle voix de Neil. Ce soir, le public est plus âgé qu’à l’habitude, et complètement passionné, buvant avidement chaque mot de Neil, riant à chacune de ses plaisanteries – plus ou moins fines, et il y en aura beaucoup, Neil ayant toujours l’habitude de faire le clown, voire de se comporter en « entertainer » à l’ancienne (pas très rock, tout cela, comme le disait mon ami Gilles B.).

2010_12_The_Divine_Comedy_Joy_Eslava_017Nous voici donc partis pour 1 h 40 de set intimiste (rappel y compris), principalement au piano, avec seulement une poignée de chansons jouées à la guitare. Intimiste ? Oui, mais finalement ou trop ou pas assez... Je m’explique : je serai au final surpris par l’impasse faite dans la setlist sur les chansons les plus émotionnellement fortes, à quelques exceptions près (le bouleversant Lady of a Certain Age, par exemple), comme si Neil – par pudeur ? – préférait se concentrer sur les morceaux plus humoristiques, fantaisistes, ou ludiquement pop de son abondante discographie. Et il faut bien dire que, si l’on adore forcément les irrésistibles Alfie, Generation Sex, ou Tonight We fly en fin de set, il manque à ces morceaux dans leur interprétation dépouillée par l’exercice « solo » la puissance qu’on leur connaît dans une version « rock’n’roll band », voire symphonique.  Quel que soit le talent de pianiste – pas extraordinaire, mais sans doute considérable – de Neil, quelle soit la beauté de sa voix, il manque ce soir quelque chose au set de The Divine Comedy, et je me rends compte que le plaisir que je ressens vient surtout du fait de me remémorer les extraordinaires versions studios de toutes ces chansons superbes, plutôt que de jouir vraiment du set. Et puis, il y a le flux constant de plaisanteries, certes malignes, et souvent même drôles (l’humour « tongue in cheek » très britannique) – Neil fait raconter une blague à une 2010_12_The_Divine_Comedy_Joy_Eslava_027spectatrice, fait participer le public pour muscler un peu certains morceaux, se tourne lui-même en ridicule, etc. – qui, finalement, détourne un peu trop l’attention du plus important quand même, la musique. Alors, fatigue d’une tournée qui se prolonge ? Un peu de routine qui est venue avec les années ? En tout cas, je ne retrouve pas ce soir la magie pure qu’avait été l’apparition en solo du même Neil Hannon au Festival des Inrocks voici plus de quinze ans : à cette époque, on avait le sentiment d’avoir devant soit non seulement un compositeur exceptionnel (cela, Neil l’est toujours, grâce à dieu !), mais aussi un artiste sensible et vibrant d’émotion, qui se mettait en danger sur scène...

Et d’ailleurs, ce sera à mon avis quand il sortira des sentiers battus de ses morceaux « habituels » qu’il se passera vraiment quelque chose à la Joy Eslava ce soir : voyons par exemple une sublime version de If..., réclamée par le public, et que Neil nous concède de bonne grâce. Il se plante, a oublié les parole, mais arrive finalement (enfin !) à nous bouleverser. Souvenons-nous aussi de l’excitante reprise du Don’t You Want Me ? de The Human League, vrai moment de joie enfantine pour la majorité d’entre nous, et incontestablement pour Neil, qui semble là vraiment s’amuser, loin de sa posture un peu forcée d’entertainer. Trois morceaux en rappel, dont une autre « improvisation », le compte à rebours de Ten Seconds to Midnight pour répondre à la demande d’une fan bruyante qui voulait absolument des chansons extraites de « Promenade », une version pour rire (le mélodie de la Marseillaise claironnée par le public madrilène) de Frog Princess, et le trop évident finale sur National Express, qu’on a sans doute trop entendu, joué de dizaines de manières différentes. Il est 23h10, Neil se retire de scène avec une dernière courbette, une dernière grimace, après avoir remis son chapeau melon, enfourné sa set list dans son attaché-case de banquier, et je me sens mi figue mi raisin quant à ce concert de The Divine Comedy, que j’attendais sans doute un peu trop : ce soir, tout cela m’a paru un tantinet « lourd », sans la grâce habituelle. Dommage...