Happy_2La lecture - enchanteresse, excitante, hilarante - du deuxième volume de "Happy !", le mélo ultra-chargé, ultra-stéreotypé de Urasawa fait naître un vrai doute en nous : et si le vrai, le "pur" talent de Urasawa n'était pas tant dans sa capacité à construire des récits conceptuels complexes, à jouer avec tant de niveaux de narration que son lecteur en est étourdi, etc. ? Car ici, dans cette histoire bête comme choux, fleur bleue au possible - mais indéniablement perverse, on ne peut pas l'ignorer - qui réserve à une héroïne "parfaite" les pires humiliations (en attendant d'improbables sévices, mmmmh), Urasawa est tout simplement impérial, intouchable : chaque page est un bonheur de lisibilité, chaque rebondissement (hihi) de l'histoire est un trésor de suspense et de surprise, chaque dessin est une merveille d'expression et de tension interne. Premier et second degrés confondus dans un plaisir aussi fin que fondamentalement régressif, avec son scénario en forme de mélange incroyable d'humour crétin, de sensualité coupable et de méchanceté réjouissante, "Happy !" nous ramène, telle une madeleine de Proust à la saveur de bubble-gum, aux sensations tellement élémentaires de nos quinze ans. Fiction parfaite qui lamine notre sens critique, "Happy !" touche simplement à la perfection. Urasawa, le Maître, encore, et toujours !