31 octobre 2011

"Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne" de Steven Spielberg

TintinOn attendait l'adaptation de Tintin par Spielberg depuis le début des années 80 (30 ans déjà !) et "Le Secret de la licorne" - adapté du livre du même nom avec quelques emprunts au "Crabe aux Pinces d'Or" - ne peut certes pas combler toutes nos (énormes) attentes. Comme on pouvait le craindre, le motion capture n'est pas le procédé le plus esthétique pour représenter les merveilleux personnages d'Hergé (Spielberg le sait et il en prend acte dès la scène d'ouverture...). Comme toujours chez les Américains, un surcroît assez vain d'action et de violence est agité devant nos yeux (merci à la 3D !) pour nous faire oublier les faiblesses d'un scénario qui a perdu en route la belle rigueur des "thrillers hergéiens". Pourtant, pourtant, "Le Secret de la Licorne" s'inscrit parmi les meilleurs divertissements de Spielberg, qui réussit à rendre un hommage sincère à l'univers de Tintin (je pense par exemple au magnifique générique d'ouverture) tout en retrouvant l'exhubérance des meilleurs moments d'Indiana Jones. Pour peu qu'on accepte "l'américanisation" du plus européen des héros, c'est à une heure trois quart de plaisir intelligent que Spielberg nous convie ici.

PS: Comment ne pas remarquer que, une fois de plus, c'est Serkis qui apporte la part d'humanité au film qui le sauve largement de son déterminisme de machine parfaite ?

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29 octobre 2011

Révisons nos classiques : "La marche de l'empereur" de Luc Jacquet (2004)

marche_de_l_empereur"La marche de l'empereur" a connu un succès stupéfiant à travers le monde, mais est-il pour autant appelé à devenir un "classique" du documentaire ? A son actif, l'exposition minutieuse, patiente, a priori très juste du cycle de procréation des grands pingouins ; une poignée d'images fortes qui ne sacrifient pas au goût actuel pour la belle image "léchée" et gardent en elles la trace de leur réalisation, qu'on suppose éprouvante ; une musique intriguante d"Emilie Simon qui construit avec les dialogues imaginaires - et anthropomorphiques - mâle-femelle une partition séduisante (c'est d'ailleurs une question de goût, nombreux ont été les puristes qui se sont montrés irrités par cette entorse aux règles du genre…). A son passif, la facilité avec laquelle ces images d'amour, de naissance et de mort chez des animaux mignons deviennent des tire-larmes universels : mais après tout, a-t-on le droit de blâmer un tel projet pour nos propres faiblesses ?

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27 octobre 2011

Coldplay à la Plaza de Toros Las Ventas (Madrid) le mercredi 26 octobre

2011_10_Coldplay_Las_Ventas_023Alors qu’éclatent les premiers feux d’artifices qui saluent l’entrée de Coldplay sur la scène – pas très impressionnante, en fait – située dans l’arène, j’en suis à regretter amèrement d’être venu : le Golden Ticket s’est avéré cette fois une véritable escroquerie, avec un catering minable, des places non réservées qui font que l’on s’entasse sur les mêmes gradins que tout le monde (quelle horreur ! LOL) ; le bouffon qui a servi de « présentateur », un dénommé Mario Vaquezo, a été particulièrement ridicule ; le set n’a pas commencé à l’heure prévue, mais on a eu droit à un horrible (et ennuyeux à mourir) documentaire en noir et blanc (la signature de Corbijn !) d’une auto-complaisance honteuse sur Chris et ses potes ; et en plus, la pluie, qui a menacé toute la journée, commence à se déverser sur nous ! No fun ! Les deux premiers titres sont extraits du nouvel album sorti 2 jours plus tôt, je ne les connais pas, mais une bonne partie du public, fanatique à mort, les chante déjà en chœur. Bof ! Ça me paraît du Coldplay standard, un peu plus mou même peut-être qu’à l’habitude : j’en profite pour juger le son (« lamentable » : ni assez fort, ni assez clair... et ça ne s’améliorera que marginalement pendant les 90 minutes du set) et la vue (plutôt correcte : la scène n’est pas très loin de notre tribune, il y a une grande avancée jusqu’au centre de l’arène qui nous permettra de voir les musiciens d’un peu plus près lorsqu’ils y feront des incursions, soit à deux ou trois reprises, et il y a six écrans circulaires qui retransmettent des gros plans des musiciens...). Déboulent alors coup sur coup Yellow (lumières jaunes, évidemment) – intimiste, romantique, beau, il faut l’admettre – et In My Place, qui permet enfin au groupe de démontrer un peu de sa puissance...

2011_10_Coldplay_Las_Ventas_046Plus tard encore, je me laisse – légèrement - emporter par l’enthousiasme sur un The Scientist (« Nobody said it was easy, noone ever said it would be this hard.. », belle phrase...) qui synthétise à mon avis le meilleur de Coldplay, cette capacité à exprimer une tristesse ordinaire, une dépression un peu cotonneuse qui parle finalement à tout le monde : soyons réalistes, c’est là l’opposé absolu de ce qu’un « groupe de stades » devrait véhiculer ! D’où ce sentiment assez désagréable d’assister au show démesuré d’un groupe qui n’est vraiment pas fait pour la démesure : la musique de Coldplay n’est jamais meilleure que quand elle est intimiste (Chris est alors au piano, et sa voix redevient touchante), et elle est largement inepte quand le groupe essaye de rivaliser avec U2 ! Chris Martin est un showman particulièrement mauvais, une pâle endive anglaise qui a copié tous ses mouvements sur ceux du Boss, virilité et crédibilité en moins : rien de ce qu’il fait ou de ce qu’il dit, rien dans ses mouvements ne sonne juste, ne sonne « rock ». Il faut le voir se rouler par terre au milieu de l’avant-scène, jeter sa guitare en l’air, ou se frotter à son meilleur pote, le guitariste Jonny Buckland, pour toucher du doigt combien Coldplay est un groupe ridicule à force de ne pas être à sa place.

2011_10_Coldplay_Las_Ventas_082Le pire moment du set sera l’affreux Paradise, un nouveau titre consensuel, avec papillons colorés sur les écrans vidéo, qui laisse mal présager d’un avenir gluant pour le groupe, s’il décide de poursuivre sur la voie d’une musique aussi invertébrée. Heureusement, en plus de la pluie qui a eu la bonne idée de s’arrêter jusqu’au rappel, il y aura plus tard les excellents Politik et surtout Viva la Vida, pour ramener un peu de raison dans tout cela. Après 1 h 10 de set, Chris et ses copains tirent leur révérence : on serait en droit d’en attendre plus, mais, étant donné la qualité des plus discutables – ou du moins variable – du set ce soir, je m’avoue assez soulagé de voir la fin de la soirée pointer son nez. Inés s’est d’ailleurs rassise depuis longtemps, n’espérant plus rien !

Le rappel sera un peu plus sympathique, avec Clocks, et un puis un joli Fix You (seul titre de « X&Y » joué ce soir, me semble-t-il...), précédé par une citation du Rehabd’Amy Winehouse en gentil hommage à la diva décédée. Le concert se terminera - sous les feux d’artifices - par un nouveau titre (Every teardrop is a waterfall, a priori), histoire de nous rappeler que l’objectif ce soir est de promouvoir « Mylo Xyloto », non mais !

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26 octobre 2011

"Skying" par The Horrors : manque d'inspiration flagrant...

The_horrors_SkyingJ'avais finalement bien aimé les influences cold wave et les élans krautrock de "Primary Colours" et j'avais fini par passer outre le pénible sentiment de redite, de quasi-plagiat qui se dégageait de la musique de The Horrors. Avec "Skying", The Horrors changent la donne : ils passent allègrement du post punk à la new wave lumineuse des années 80, un peu comme si Simple Minds avaient demandé au Bowie de "Outside" de chanter sur leurs titres les plus fiévreux. Moi, je veux bien, d'autant qu'à force de copier tout le monde, The Horrors ont fini par créer quelque chose de bien caractéristique... Et aussi parce qu'un peu de lumière et de couleurs (un tantinet) plus gaies dans l'obscurité, ça fait du bien... Alors quel est le problème cette fois ? Ni plus ni moins que l'absence de morceaux vraiment notables, de chansons dignes de ce nom, ou même simplement de gimmicks qui attirent un peu l'attention : même après de multiples écoutes, "Skying" reste une sorte de pâte informe, un disque qui me laisse largement indifférent, certes doté d'un son puissant, mais au service de ce que l'on ne peut que qualifier de manque d'inspiration flagrant.

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25 octobre 2011

"Monster 4 : L'amie d'Ayse" : Urasawa s'égare un peu dans la politique allemande...

monster04"L'amie d'Ayse" voit la saga "Monster" s'aventurer plus franchement encore sur le terrain politique, s'attaquant aux mauvaises tendances néo-nazies à l'oeuvre au sein de la société allemande, et au racisme anti-turcs. Bien sûr, il y a une certaine naïveté dans la vision que Urasawa a de la société allemande - même s'il connaît bien ce pays - et que tout n'est pas crédible, loin de là, dans le scénario-catastrophe de l'incendie des quartiers turcs qui constitue le centre de ce tome. Néanmoins, cette ouverture de l'intrigue anxiogène de Monster sur des réalités socio-politiques apporte une perspective intéressante à ce thriller fantastique... Même si au final, Urasawa "botte en touche" d'une double manière : 1) en faisant refuser à Johann l'association avec les nostalgiques de la puissance hitlérienne 2) en le dédouanant partiellement du "mal" qui est en lui par une référence - un peu facile - à la schizophrénie, au dédoublement de personnalité. Tout cela est un tantinet décevant, et ce d'autant que ce volume souffre d'une indéniable confusion dans les déplacements géographiques des multiples personnages. Non, le meilleur ici, ce sont les premières pages, et le portrait à la fois cruel et douloureux de l'ex-fiancée de Tenma, que l'on voit sombrer dans la haine et l'auto-destruction. Cette justesse des sentiments et des comportements "humains" est sans doute ce qu'il y a de meilleur dans Monster.

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24 octobre 2011

"Litchi Hikari Club" de Usamaru Fusuya : du grand guignol avec quelque chose en plus...

Litchi_Hikari_ClubInspiré d'une ancienne pièce de grand-guignol, "Litchi Hikari Club" en déploie toutes les caractéristiques les plus habituelles : violence ultra-gore, sadisme extrême, perversions en tous genres, mise en scène gothique... Usamaru Fusuya appuie sur tous les boutons pour que nos pulsions les plus animales soient satisfaites. Mais par dessus cette fange, il jette le trouble : en complexifiant à l'extrême les jeux de pouvoirs paranoïaques au sein du fameux club, jusqu'à en faire une illustration intemporelle des vices de la dictature absolue, mais aussi en introduisant dans son récit une sourde nostalgie de paradis perdus (celui de l'enfance, celui de l'amour absolu), il élève son récit vers quelque chose d'autre. Tout à tour réellement touchant et vertigineusement malsain, "Litchi Hikari Club" frôle la grandeur : s'il ne l'atteint néanmoins jamais, c'est peut-être que le dessin, trop mécanique, trop appliqué, trop contrôlé, bride le délire émotionnel que l'histoire devrait déverser sur nous. C'est dommage, mais "Litchi Hikari Club" reste quand même une lecture intense pour tous, voire dangereuse pour les plus influençables d'entre nous, hihihi !

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23 octobre 2011

"Gloss Drop" de Battles : Math Rock ou pur plaisir ?

Gloss_Drop"Gloss Drop" est mon premier contact avec le "Math Rock", encore une étiquette qu'on ensuite du mal à décoller : et si on saisit de suite le côté "mathématique", ou plutôt "algorithmique" de la musique de Battles, ce déploiement implacable de rythmes et de boucles qui paraissent au premier abord inhumaines de perfection, on dépasse vite cette première impression pour se laisser emporter par une sorte de jouissance frénétique, comme si l'avait affaire à une version robotisée et épileptique du travail des Talking Heads sur "Remain In Light" (... en plus "industriel", voire agressif quand même...). Oui, c'est abstrait, intellectuel, post-moderne peut-être même, au point d'être parfois un peu déroutant de sécheresse, mais c'est surtout, écouté à un niveau sonore suffisamment élevé, du vrai "kick ass" rock aussi : "Gloss Drop" est un disque qu'il est impossible d'écouter assis, ou sans agiter les bras et les jambes dans tous les sens, ce qui relativise quand même son "intellectualisme", non ? Bien sûr, l'album est un peu long pour être écouté d'une traite, tant ses rythmes sont épuisants... Bien sûr, il se peut que les meilleurs titres soient quand même ceux qui reçoivent le concours de chanteurs et chanteuses ("Ice Cream" et "Sweetie and Shag" en particulier...), ce qui illustre notre besoin insatiable d'une voix humaine... Mais voici en tout cas, une musique vraiment "différente", qui nous change des redites paresseuses qui ont envahi le Rock depuis deux décennies.

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22 octobre 2011

"Happy - Volume 5 : All Or Nothing !!" : virtuosité croissante...

Happy_5Trois cent pages de plus qui s'ajoutent à la brillante saga adolescente / "à l'eau de rose" qu'est "Happy"... Et ça continue : aucune trace d'une quelconque baisse de régime ! Au contraire, Urasawa semble faire preuve d'une virtuosité croissante, autant lorsqu'il fait monter le suspense tout au long d'un match de tennis à multiples rebondissements (Ah ! Ces scènes où Miyuki joue "contre la montre" en chaussettes, puis pieds nus !) que lorsqu'il en remet une couche en termes de mélodrame (mémorable scène d'expulsion des enfants sous la pluie, qui se termine brillamment en chantant les larmes aux yeux...) et d'humiliations redoublées pour "notre héroïne", éternellement crédule et bien trop gentille. Trois cent pages que j'ai envie de qualifier de parfaites, qui culminent dans un chapitre remarquablement construit autour d'une ellipse et d'une "révélation", prouvant une fois de plus - mais nous n'avons plus besoin de ce genre de preuves, non, après "Monster", "20th Century Boys" et "Pluto" ?) - qu'Urasawa optimise littéralement dans le cadre de la bande dessinée toutes les inventions narratives du cinéma.

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21 octobre 2011

"Kasabian live at the O2 Dublin 2009" (DVD bonus avec l'album "Velociraptor")

kasabian_o2_2009Kasabian live, c'est - on le sait - tout un tas de sensations et de sentiments contradictoires : une vague irritation qui teinte notre admiration lorsque le groupe se la joue "dieux des stades" et martèle sa musique qui prend des allures de chants pour hooligans décérébrés ; de grands moments de bonheur quand la pop majestueuse de ses meilleures chansons se déploie, avec une richesse dont bien des groupes réputés plus "sérieux" pourraient être envieux ; de l'excitation quand le groupe abandonne l'héritage sixties pour confronter son psychédélisme halluciné aux transes du dance floor... Ce concert à l'O2 de Dublin - excellent - ne déroge pas à la règle, même si, point positif, Tom Meighan a la plupart du temps une attitude scénique moins caricaturale que, disons, à Glastonbury ou autres festivals du même cru. La setlist est presque parfaite - pas encore lestée des bombes de "Velociraptor !", mais presque parfaite quand même -, les musiciens ont leur habituelle efficacité (quelle section rythmique !), le filmage est correct, pas trop hâché, et le son 5.1 des plus acceptables : l'occasion de prendre beaucoup de plaisir au spectacle d'un groupe qui, s'il ne sera sans doute jamais un groupe "majeur" de l'histoire du Rock, est devenu peu à peu l'un des plus intéressants de la scène anglaise.

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20 octobre 2011

"Soil - 4ème volume" : délirante explosion...

Soil_4Le 4ème volume de la saga fantastico-policière de "Soil" voit la fiction littéralement exploser dans un délire quasi surréaliste d'évènements hallucinants (et donc singulièrement réjouissants...), mais également - ce qui est d'autant plus ahurissant - l'ébauche d'une "explication" aux déluges de bizarreries dont Atsushi Kaneko nous a abreuvé. Mais ce qui est jouissif, c'est que cette "explication", pour n'être évidemment ni rationnelle ni même le moins du monde cohérente, génère une indéniable fascination, qui élève le récit bien au dessus du niveau d'étrangeté "lynchien" qui nous avait initialement tant séduit. Il y a quelque chose de littéralement "cosmique" dans cette manière originale de faire revivre la vieille vision lovecraftienne des mondes parallèles recélant des horreurs sans nom : c'est que pour Kaneko, c'est bien le mal qui réside au coeur des sociétés humaines qui génère finalement les "objets étranges" responsables de ces trous redoutables dans la réalité. Ces jeux d'enfants désespérés par la normalité haineuse de leurs parents défont la structure même du monde, et créent un écho encore incompréhensible avec les tourments du Japon de l'après-guerre. Ajoutons que l'humour légèrement tordu dont fait preuve Kaneko, et la belle symbolique d'une plante inconnue entraînant les enquêteurs vers un ailleurs fascinant peuvent également évoquer les livres les plus ésotériques de Murakami. Oui, "Soil" est un chef d'oeuvre...

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