"21" de Adele : pas encore une "vraie" chanteuse...
Adele a une bonne voix, tout le monde le sait, et surtout elle, qui se compare semble-t-il, toute honte bue, aux plus grandes soul sisters du passé. Adele a 21 ans, on ne peut l'ignorer, c'est le titre de son deuxième album. Adele n'a pas de (bonnes) chansons à chanter, juste un fragment d'idée par ci par là (le début de "Rolling In The Deep", la reprise cool du "Lovesong" de Cure, et... Pas grand chose d'autre). Le disque d'Adele s'écoute sans déplaisir, mais ne viendra faire vibrer en nous aucune corde sensible : la vie n'est pas encore passée chez Adele, rien n'est advenu qui puisse donner la moindre substance, la moindre profondeur à une jeune femme trop imbue de sa technique pour réaliser que "l'âme" est autre chose qu'un style musical, et qu'une chanson n'est belle que si on l'habite. Sans doute faudra-t-il attendre "49" d'Adele pour y rencontrer une vraie chanteuse qui vaille la peine d'être écoutée.
"Skying" par The Horrors : manque d'inspiration flagrant...
J'avais finalement bien aimé les influences cold wave et les élans krautrock de "Primary Colours" et j'avais fini par passer outre le pénible sentiment de redite, de quasi-plagiat qui se dégageait de la musique de The Horrors. Avec "Skying", The Horrors changent la donne : ils passent allègrement du post punk à la new wave lumineuse des années 80, un peu comme si Simple Minds avaient demandé au Bowie de "Outside" de chanter sur leurs titres les plus fiévreux. Moi, je veux bien, d'autant qu'à force de copier tout le monde, The Horrors ont fini par créer quelque chose de bien caractéristique... Et aussi parce qu'un peu de lumière et de couleurs (un tantinet) plus gaies dans l'obscurité, ça fait du bien... Alors quel est le problème cette fois ? Ni plus ni moins que l'absence de morceaux vraiment notables, de chansons dignes de ce nom, ou même simplement de gimmicks qui attirent un peu l'attention : même après de multiples écoutes, "Skying" reste une sorte de pâte informe, un disque qui me laisse largement indifférent, certes doté d'un son puissant, mais au service de ce que l'on ne peut que qualifier de manque d'inspiration flagrant.
"Gloss Drop" de Battles : Math Rock ou pur plaisir ?
"Gloss Drop" est mon premier contact avec le "Math Rock", encore une étiquette qu'on ensuite du mal à décoller : et si on saisit de suite le côté "mathématique", ou plutôt "algorithmique" de la musique de Battles, ce déploiement implacable de rythmes et de boucles qui paraissent au premier abord inhumaines de perfection, on dépasse vite cette première impression pour se laisser emporter par une sorte de jouissance frénétique, comme si l'avait affaire à une version robotisée et épileptique du travail des Talking Heads sur "Remain In Light" (... en plus "industriel", voire agressif quand même...). Oui, c'est abstrait, intellectuel, post-moderne peut-être même, au point d'être parfois un peu déroutant de sécheresse, mais c'est surtout, écouté à un niveau sonore suffisamment élevé, du vrai "kick ass" rock aussi : "Gloss Drop" est un disque qu'il est impossible d'écouter assis, ou sans agiter les bras et les jambes dans tous les sens, ce qui relativise quand même son "intellectualisme", non ? Bien sûr, l'album est un peu long pour être écouté d'une traite, tant ses rythmes sont épuisants... Bien sûr, il se peut que les meilleurs titres soient quand même ceux qui reçoivent le concours de chanteurs et chanteuses ("Ice Cream" et "Sweetie and Shag" en particulier...), ce qui illustre notre besoin insatiable d'une voix humaine... Mais voici en tout cas, une musique vraiment "différente", qui nous change des redites paresseuses qui ont envahi le Rock depuis deux décennies.
"Velociraptor !" de Kasabian : la démesure...
Oh, bien entendu, il était illusoire d'attendre de "Velociraptor !" la même inspiration, la même imagination qu'on avait vu à l'oeuvre dans le magnifique "West Ryder Pauper Lunatic Asylum". Conscients du problème, les lads de Kasabian ont joué cette fois à fond une carte qui leur va bien, celle de la démesure : puissance rythmique redoutable, complexité des morceaux, énergie semble-t-il inépuisable, "Velociraptor !" commence par nous bluffer, en nous irritant un peu, avant de gagner notre intérêt, et notre coeur, grâce à sa générosité et aussi, heureusement, grâce à une sûreté mélodique que bien des groupes plus "pop" devraient envier à Kasabian. Au final, on se retrouve bel et bien accros à cette nouvelle drogue douce des enfants terribles des Beatles.
"Go Tell Fire to the Mountain" de WU LYF : alors, arnaque de l'année ?
Bon, il faut vraiment écouter "Go Tell Fire to the Mountain" à un niveau sonore "maximum" si l'on veut discerner autre chose qu'une vague bouillie répétitive et informe : lorsque les oreilles font mal, on peut reconnaître à la musique des Mancuniens un certain talent à monter en pression, à marteler des hymnes paradoxaux, à inventer quelque chose de réellement "inouï", sans réelles références. Le problème reste néanmoins que la musique de WU LYF est plus pénible (la voix éraillée surprend un moment avant de fatiguer rapidement) que "habitée" comme on le lit un peu partout, et qu'elle se réduit finalement à la déclinaison - vite interminable - d'une seule idée, d'une formule qui, pour être nouvelle, n'a définitivement rien de géniale.
"Ghosts and Spirits" de Nicotine's Orchestra : inspiré !
Nick Nicotine est quasiment un ancien voisin (de Barreiros, au Portugal) de mon ami Luis, et c'est ainsi que son album a atterri chez moi. Fervent convaincu que le rock n'est jamais aussi vivant que joué dans un garage ou composé dans une chambre, j'ai accueilli généreusement "Ghosts and Spirits", sans m'attendre pour autant à cette collection de chansons inspirées, qui dépasse allègrement en qualité de composition 80% des albums écoutés depuis le début de l'année : entre Jeffrey Lee Pierce et Johnny Cash, entre psychédélisme 60's et rock garage éternel, Nick Nicotine ne manque quasiment aucun de ses hommages enthousiastes, voire furieux. Alors que manque-t-il à "Ghosts and Spirits" pour pouvoir être honnêtement qualifié de "GRAND" album ? Une voix un peu plus marquante, un peu plus de technicité sur certains instruments (la batterie en particulier, régulièrement maladroite), instruments par ailleurs tous joués par Nick. Mais cet amateurisme revendiqué fait aussi part du charme de cet album différent, qui ravirait sans doute Jack White s'il l'écoutait un jour...
Réécoutons les classiques du rock : "Dark Side of the Moon" (1973) de Pink Floyd
En 1973, "Dark Side of the Moon" m'avait définitivement fâché avec Pink Floyd qui était l'un de mes groupes favoris : simplisme des paroles qui rabâchaient des clichés contre le stress de la vie moderne, profusion d'effets sonores, certes impressionnants, mais qui transformèrent vite l'album en une simple galette de démonstration pour chaînes HiFi, variété des styles musicaux qui éloignait le groupe des grandes fresques psychédéliques que j'aimais, bref "le disque de la fin". En 2011, "Dark Side of the Moon" a tout de la madeleine de Proust : la pochette magnifique d'Hipgnosis (préférez la version vinyle...), la qualité des mélodies, certes simples comme toujours chez Waters & Co, la finesse de la construction, la richesse de l'univers sonore, la perfection de la guitare de Gilmour, et surtout le sentiment de beauté extatique qui se dégage de la majorité des titres, tout cela me semble justifier après coup le succès colossal, certes un peu disproportionné, de cet album légendaire. Certes pas un chef d'oeuvre, mais un instrument de plaisir d'une efficacité souveraine.
"Cults" par Cults : distance...
"L'impression d'assister à la création d'un grand album derrière une vitre" : cette phrase "célèbre" d'un critique à propos d'un album oublié de Lou Reed est sans doute la manière la plus juste de décrire la frustration qu'engendrent les écoutes répétées de "Cults". Des mélodies franchement accrocheuses, un bel esprit girls band 60's (Spectorien, comme on dit, plus une touche de Soul Motown pour faire bonne mesure...) avec ce qu'il faut d'acidité pour que le sucre ne nous donne pas trop de caries, quelques belles montées d'excitation... Mais au final, il ne se passe pas grand-chose dans notre coeur, nos jambes ou notre tête : un étonnant choix de production (pour rester poli, car à mon avis, c'est plutôt une décision stupide, voire criminelle...!) nous impose une distance certes élégante (la réverb' est décidément à la mode !), mais pas vraiment compatible avec les vrais délices de la pop. Résultat : on a plutôt envie de découvrir Cults sur scène, où on espère que les barrières auront sauté et que les ingés-son sauront rendre au groupe son énergie.
"Anna Calvi" : erratum...
En ce qui concerne l'appréciation de "Anna Calvi", il y a clairement un "avant" et un "après". Avant et après avoir assisté à l'interprétation en live du premier album d'Anna Calvi : avant, on est déçu par rapport à la merveille annoncée par une critique aux anges, une merveille étouffée par des références à la fois évidentes et certainement exagérées (PJ Harvey, Jeff Buckley...)... Après, on arrive enfin à distinguer ce qui polit "Anna Calvi" - l'album - par rapport à ce qu'Anna Calvi - l'artiste - peut offrir : trop de sagesse dans la production, trop de perfection, et paradoxalement pas assez de subtilité. Restent les chansons, que l'on sait amples, impressionnantes comme elles sont une fois jouées en public, et qui constituent une fantastique introduction à l'univers à la fois minutieux et tourmenté d'une artiste qui devrait compter dans les années qui viennent.
"Mirror Mirror" de Sons and Daughters : terrible déception...
La splendeur guerrière de "The Gift" n'ayant été couronnée d'aucune reconnaissance publique, nos amis écossais de Sons and Daughters ont décidé d'explorer sur "Mirror Mirror" une veine plus intimiste, plus personnelle, qu'on avait déjà pu identifier sur leurs 2 premiers albums : la sensualité menaçante (!!!)... à moins qu'il ne s'agisse de la menace sensuelle (LOL). Cette musique retenue, pleine d'un érotisme en demi teinte, mais en même temps malsaine, voire cruelle, avait donné naissance à de beaux morceaux comme le mémorable "Rama Lama." Étendu à la longueur d'un album entier, l'idée tourne rapidement au "procédé", et se dégage alors de "Mirror Mirror" un double sentiment d'artificialité et de vide, sans doute aggravé par la terrible faiblesse de compositions peu inspirées, et aussi, il faut bien l'admettre, par les vocaux maladroits de Scott Patterson. Une terrible déception, donc ...

