Le journal d'un excessif

29 novembre 2011

"Valerian Vu Par Larcenet : "L'Armure du Jakolass" : une franche réussite...

Armure_du_JakolassJusqu'à présent, hormis l'excellent travail d'Emile Bravo pour Spirou, la reprise de personnages iconiques de la BD Franco-belge par d'autres artistes n'a engendré que des déceptions : célébrons donc le mini-coup de maître de Larcenet, qui confronte sans complexes son univers (le café de chez Francisque, la médiocrité moderne, diluée dans une tendresse désespérée qui rachète toutes les bassesses humaines) avec celui de Valérian (foisonnement de races dans un melting pot délirant). Le résultat est un vrai album de "Valérian", pas si loin que cela des meilleurs de l'époque de l'âge d'or, et en même temps, une histoire 100% politico-sociale à la Larcenet (illusions et désillusions, mais sans aucun cynisme, découverte du potentiel de ceux qui n'ont plus rien, etc.). Si "L'armure du Jakolass" est un simple divertissement sympathique - esthétiquement remarquable, il faut le souligner -, c'est aussi un exemple étonnant de synthèse de deux styles a priori incompatibles.

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20 novembre 2011

"Il était une fois en France - Tome 5" : le meilleur de la série...

Il_etait_une_fois_en_France_5L'après-guerre et le processus d'épuration / retour à la "normale" offre l'occasion à Nury et Vallée de nourrir la saga de Joanovici de nouveaux éléments historiques passionnants et de dilemmes éthiques différents (qui doit on absoudre quand tout le monde a collaboré plus ou moins ?). En adoptant le point de vue du "chasseur" - ce "Petit Juge de Melun" - plutôt que celui de Joanovici, ils offrent une mise en perspective salutaire des agissements de Monsieur Jo, qu'on a naturellement moins tendance à dédouaner. De plus, le véritable coup de maître de ce 5ème tome, c'est de nous faire assister à la déchéance morale progressive de ce juge a priori intègre, une déchéance qui, même si elle est annoncée par une phrase de Nietsche placée en introduction, ne laisse pas de nous plonger dans un désespoir encore plus noir que les précédents tomes de la saga. Avec une narration plus classique qu'à l'habitude - ce qui n'est pas plus mal - et l'efficacité reconnue du dessin (loin d'être génial, il est vrai) de Sylvain Vallée, "le Petit Juge de Melun" est le meilleur volume à date de "Il était une fois en France", chronique d'une France gangrenée par la lâcheté et l'argent, dont on a toujours tenté de nous dissimuler l'histoire, et dans laquelle il n'est pas interdit de reconnaître les ferments de la politique actuelle.

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25 octobre 2011

"Monster 4 : L'amie d'Ayse" : Urasawa s'égare un peu dans la politique allemande...

monster04"L'amie d'Ayse" voit la saga "Monster" s'aventurer plus franchement encore sur le terrain politique, s'attaquant aux mauvaises tendances néo-nazies à l'oeuvre au sein de la société allemande, et au racisme anti-turcs. Bien sûr, il y a une certaine naïveté dans la vision que Urasawa a de la société allemande - même s'il connaît bien ce pays - et que tout n'est pas crédible, loin de là, dans le scénario-catastrophe de l'incendie des quartiers turcs qui constitue le centre de ce tome. Néanmoins, cette ouverture de l'intrigue anxiogène de Monster sur des réalités socio-politiques apporte une perspective intéressante à ce thriller fantastique... Même si au final, Urasawa "botte en touche" d'une double manière : 1) en faisant refuser à Johann l'association avec les nostalgiques de la puissance hitlérienne 2) en le dédouanant partiellement du "mal" qui est en lui par une référence - un peu facile - à la schizophrénie, au dédoublement de personnalité. Tout cela est un tantinet décevant, et ce d'autant que ce volume souffre d'une indéniable confusion dans les déplacements géographiques des multiples personnages. Non, le meilleur ici, ce sont les premières pages, et le portrait à la fois cruel et douloureux de l'ex-fiancée de Tenma, que l'on voit sombrer dans la haine et l'auto-destruction. Cette justesse des sentiments et des comportements "humains" est sans doute ce qu'il y a de meilleur dans Monster.

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24 octobre 2011

"Litchi Hikari Club" de Usamaru Fusuya : du grand guignol avec quelque chose en plus...

Litchi_Hikari_ClubInspiré d'une ancienne pièce de grand-guignol, "Litchi Hikari Club" en déploie toutes les caractéristiques les plus habituelles : violence ultra-gore, sadisme extrême, perversions en tous genres, mise en scène gothique... Usamaru Fusuya appuie sur tous les boutons pour que nos pulsions les plus animales soient satisfaites. Mais par dessus cette fange, il jette le trouble : en complexifiant à l'extrême les jeux de pouvoirs paranoïaques au sein du fameux club, jusqu'à en faire une illustration intemporelle des vices de la dictature absolue, mais aussi en introduisant dans son récit une sourde nostalgie de paradis perdus (celui de l'enfance, celui de l'amour absolu), il élève son récit vers quelque chose d'autre. Tout à tour réellement touchant et vertigineusement malsain, "Litchi Hikari Club" frôle la grandeur : s'il ne l'atteint néanmoins jamais, c'est peut-être que le dessin, trop mécanique, trop appliqué, trop contrôlé, bride le délire émotionnel que l'histoire devrait déverser sur nous. C'est dommage, mais "Litchi Hikari Club" reste quand même une lecture intense pour tous, voire dangereuse pour les plus influençables d'entre nous, hihihi !

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22 octobre 2011

"Happy - Volume 5 : All Or Nothing !!" : virtuosité croissante...

Happy_5Trois cent pages de plus qui s'ajoutent à la brillante saga adolescente / "à l'eau de rose" qu'est "Happy"... Et ça continue : aucune trace d'une quelconque baisse de régime ! Au contraire, Urasawa semble faire preuve d'une virtuosité croissante, autant lorsqu'il fait monter le suspense tout au long d'un match de tennis à multiples rebondissements (Ah ! Ces scènes où Miyuki joue "contre la montre" en chaussettes, puis pieds nus !) que lorsqu'il en remet une couche en termes de mélodrame (mémorable scène d'expulsion des enfants sous la pluie, qui se termine brillamment en chantant les larmes aux yeux...) et d'humiliations redoublées pour "notre héroïne", éternellement crédule et bien trop gentille. Trois cent pages que j'ai envie de qualifier de parfaites, qui culminent dans un chapitre remarquablement construit autour d'une ellipse et d'une "révélation", prouvant une fois de plus - mais nous n'avons plus besoin de ce genre de preuves, non, après "Monster", "20th Century Boys" et "Pluto" ?) - qu'Urasawa optimise littéralement dans le cadre de la bande dessinée toutes les inventions narratives du cinéma.

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20 octobre 2011

"Soil - 4ème volume" : délirante explosion...

Soil_4Le 4ème volume de la saga fantastico-policière de "Soil" voit la fiction littéralement exploser dans un délire quasi surréaliste d'évènements hallucinants (et donc singulièrement réjouissants...), mais également - ce qui est d'autant plus ahurissant - l'ébauche d'une "explication" aux déluges de bizarreries dont Atsushi Kaneko nous a abreuvé. Mais ce qui est jouissif, c'est que cette "explication", pour n'être évidemment ni rationnelle ni même le moins du monde cohérente, génère une indéniable fascination, qui élève le récit bien au dessus du niveau d'étrangeté "lynchien" qui nous avait initialement tant séduit. Il y a quelque chose de littéralement "cosmique" dans cette manière originale de faire revivre la vieille vision lovecraftienne des mondes parallèles recélant des horreurs sans nom : c'est que pour Kaneko, c'est bien le mal qui réside au coeur des sociétés humaines qui génère finalement les "objets étranges" responsables de ces trous redoutables dans la réalité. Ces jeux d'enfants désespérés par la normalité haineuse de leurs parents défont la structure même du monde, et créent un écho encore incompréhensible avec les tourments du Japon de l'après-guerre. Ajoutons que l'humour légèrement tordu dont fait preuve Kaneko, et la belle symbolique d'une plante inconnue entraînant les enquêteurs vers un ailleurs fascinant peuvent également évoquer les livres les plus ésotériques de Murakami. Oui, "Soil" est un chef d'oeuvre...

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13 octobre 2011

"Le perroquet des Batignolles - Tome 1" de Boujut / Tardi / Stanislas

Perroquet_des_Batignolles_1"Le perroquet des Batignolles" a donc été un feuilleton radiophonique de Tardi et Boujut, avant de devenir une BD... Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ça se voit : ce n'est plus du bavardage, c'est de la logorrhée, et franchement, ça transforme un livre qui se veut un hommage au meilleur de Tintin (disons "les 7 boules de cristal") en même temps qu'un clin d'oeil souriant au petit monde de la radio parisienne, en un pensum qui nous tombe régulièrement des mains, et qu'on met plusieurs jours à lire (toujours un mauvais signe, ça !). Des cases qui ont plus de texte que d'image, il n'y a guère eu que E. P. Jacobs pour nous faire avaler ça ! Le comble est atteint lorsque l'unique scène "d'action" est remplacée par des plans fixes de la Maison de la Radio : on sent bien le "concept" - pas de possibilité de matérialiser l'action dans un feuilleton radiophonique, au lecteur / auditeur de se "faire son propre cinéma" -, mais dans le "Perroquet des Batignolles", cela se traduit presque en un aveu d'impuissance narrative. Sans doute Stanislas aurait-il dû faire confiance aux spécificités de son média plutôt que de jouer à la transposition directe d'une forme de récit tant étrangère à la BD. Un plantage grave...

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29 septembre 2011

"Happy ! - Volume 4 : No Money !!" : sadisme savoureux...

Happy_4Encore une remarquable "accélération" de l'intrigue diabolique dans ce foisonnant quatrième volume de "Happy !" qui voit Urasawa multiplier avec un sadisme savoureux les ennemis de la gentille - trop gentille - Umino, et dresser sur son chemin de plus en plus de menaces (contre son tennis, contre sa virginité - présumée -, contre sa vie amoureuse). On est en plein mélodrame sur-saturé de clichés façon romans à l'eau de rose, et la jouissance qu'on en tire est de plus en plus perverse, à l'image de ces images de jeunes fesses rebondies et de petites culottes dont Urasawa parsème son manga. Pourtant, on aurait tort de croire qu'Urasawa ne se vautre ici que dans la fange de la pire des littératures (encore que...), car chacun des rebondissements infâmes dont il parsème son récit sonne juste : "Happy !" pourrait à la limite être lu comme une radiographie sans pitié de la société japonaise gangrénée à tous les niveaux par l'argent et les abus de pouvoirs : depuis les hautes sphères du tennis où se livrent de sombres luttes d'influence jusqu'à l'univers pouilleux du petit commerce des quartiers pauvres, depuis le monde sans pitié des yakuzas trafiquant de la chair fraîche jusqu'au cloaque des paris clandestins, il n'y a dans "Happy !" aucune alternative à la turpitude humaine. C'est sans doute ce manque absolu de sentimentalisme qui fait de "Happy !" une exception brûlante au sein de l'oeuvre généralement humaniste d'Urasawa.

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28 septembre 2011

"L'enfer" de Yoshihiro Tatsumi : impressionnant, mais certes pas pour les âmes sensibles...

EnferLe manga adulte réaliste n'a jamais atteint le seuil de popularité qu'il mérite et reste un courant marginal au Japon. En Europe, nous avons la chance de pouvoir bénéficier de rééditions / compilations de la qualité de ce "L'Enfer", assemblage de récits disparates mais finalement cohérents de par leur vision d'une noirceur inégalée d'une humanité qui hait et envie plus qu'elle n'aime et compatit. 200 pages littéralement infernales, qui permettent à Yoshihiro Tatsumi d'offrir une vision sans concession, mais souvent bouleversante d'un Japon détruit par la guerre, et dans lequel les valeurs morales les plus basiques sont battues en brèche. Mais ce qui fait avaler une pilule aussi amère, c'est l'habileté avec laquelle à chaque fois, en quelques pages, Tatsumi construit une intrigue complexe, des personnages profonds, et arrive toujours à nous surprendre avec un "twist" imprévu qui montre que nul n'est exactement ce que l'on pensait. Ce triomphe de l'ambiguité est certainement l'aspect le plus original, le plus fort de l'oeuvre de Tatsumi, et au final, efface même partiellement la noirceur des histoires. "L'enfer" se révèle donc une lecture extrêmement plaisante, à condition d'être prêt à s'aventurer dans les zones les plus glauques de la psyché humaine (je ne dis pas japonaise car les contes de Tatsumi, même clairement situés géographiquement et temporellement, sont de toute évidence parfaitement universels...).

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18 septembre 2011

"Monster - Volume 3 : 511 Kinderheim" : en plein chef d'oeuvre, déjà...

monster03Le 3ème volume de "Monster" voit - ô joie - Naoki Urasawa déployer tous ses sortilèges pendant 200 pages littéralement enchantées : tout en avançant dans la découverte du passé de Johann et en construisant un beau thème (classique, mais bon...) de thriller politico-SF, il multiplie les moments de tension ou d'émotion intenses, en particulier à travers de ces personnages secondaires si riches qu'il jette dans les pattes de son héros. Difficile de ne pas être bouleversé par le superbe personnage du médecin de campagne rongé par la culpabilité, et par son histoire d'amour secrète. Impossible de ne pas être tétanisé par l'affrontement entre Tenma et Hartman, sur fond de maltraitance d'enfants, un moment-clé de "Monster" puisqu'il humanise enfin Tenma, lui confère une épaisseur humaine nouvelle. Le tout comme toujours remarquablement "mis en scène" en quelques cases qui témoignent de l'extraordinaire talent de montage / découpage d'Urasawa. Avec ce troisième volume, on est en plein chef d'oeuvre, déjà.

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