"Les Gouttes de Dieu - Tome 9" : l'ennui gagne...
Puisqu'on n'est pas encore entré dans le vif du sujet de la recherche du ·"troisième apôtre" (et il y en a 12, est-ce que cela veut dire qu'on va friser la cinquantaine de tomes avec les "Gouttes de Dieu" ?), on voit dans ce neuvième volume nos héros venir une fois de plus à la rescousse de pauvres âmes dont les problèmes familiaux ou émotionnels ne sauraient être résolus que grâce au vin : sans être particulièrement cynique, il y a un moment où l'on n'y croit plus trop, surtout quand le syndrome vaguement nazi de l'obsession de la pureté raciale d'un personnage (français...) se trouve comme par miracle effacé par la dégustation d'un bon Bourgogne...! A force de baguenauder autour de son sujet et de chercher des scénarios de plus en plus alambiqués (hihihi...) pour expliquer et matérialiser les notions essentiellement abstraites liées à la "science" du vin, Agi nous fatigue. On aime nettement plus la première partie de ce livre, qui voit notre héros retourner vers son enfance pour y chercher les sources de sa névrose. Bref, au final, un neuvième volume irrégulier, ce qui fait qu'on attend avec impatience le dixième, qui devrait voir la tension remonter.
"Pluto 005" : Shakespearien ?
Le tome 5 de "Pluto" voit Urasawa se concentrer sur les aspects les plus psychologiques de son récit, lançant ses personnages à la recherche de sentiments extrêmes en eux - la haine pour l'inpecteur Gesicht, la tristesse pour la petite soeur d'Astro -, sentiments fondateurs de leur "humanité" (car bien entendu, ce sont des robots !). On peut trouver des accents "shakespeariens" aux différentes tragédies, souvent ultra-violentes, qui composent la trame de "Pluto", mais le talent suprême de Urasawa s'exprime avant tout dans sa maîtrise de la narration et sa science du "découpage", toujours très cinématographique. Le seul bémol que je mettrais, c'est que l'aspect franchement SF du monde de "Pluto" (l'héritage de l'histoire originelle de Tezuka) rend "Pluto" moins proche de nous, moins émotionnellement dévastateur que "20th Century Boys"... A moins qu'il ne s'agisse avant tout de la "distance" imposée par le rythme de parution des différents volumes : il faudra sans doute relire tout "Pluto" à la suite, une fois sa parution terminée, pour mieux le mettre en pespective au sein de l'oeuvre globale de Urasawa.
"L'Enfer, le silence" le retour de Blacksad (Tome 4)...
Le choc initial de la découverte de "Blacksad" - avec son principe séduisant d'appliquer un graphisme très Disney à l'univers du polar noir, très noir - passé, la fièvre est largement tombée autour de la série de Canales et Guarnido, aussi c'est sans grands enjeux que paraît ce quatrième tome d'une série qui semble avoir fait long feu. Et "L'Enfer, le silence" ne changera pas la donne : quelques idées séduisantes - le cadre de la Nouvelle Orléans en plein Mardi Gras, la rencontre de l'univers musical avec celui de la corruption politique, l'apparition d'un personnage mystérieux dont on imagine qu'il reviendra dans les prochains tomes - qui ne débouchent finalement sur pas grand chose : "Black Sad" souffre d'un clair déficit de poésie, d'âme, ce qui est rédhibitoire quand on s'essaye à une relecture de l'univers du polar sans pour autant en proposer une vision suffisamment post-moderne. La lecture de "l'Enfer..." reste plaisante, en particulier au niveau graphique (regardez les pages 34 et 35, superbes), mais sans plus...
"Les Gouttes de Dieu 8" : trop, c'est trop...
Et si, à force de vouloir augmenter la complexité de ses énigmes oenologiques, Agi commençait à dépasser les bornes dans ce tome 8 des "Gouttes de Dieu" pour le moins outrancier ? Quand l'un des adversaires cherche la purification par la souffrance dans un désert glacé aux confins de la Chine (et y trouve l'amour - enfin, une scène sensuelle...), l'autre joue les Hercule Poirot face à une seconde énigme redondante dont on saisit mal la manière dont elle nourrit le sujet principal du livre, l'identification du 2e apôtre à partir du mystère éternel de Mona Lisa. Au final, entre les deux Jocondes, un fausse fausse couche, la route de la soie, etc. trop, c'est trop : on n'y croit plus, et du coup, on se désintéresse de l'artificialité trop grande d'un récit, devenu aussi spectaculaire que vain, qui semble s'égarer dans ses circonvolutions autour du vin. Espérons un retour à plus de subtilité au Tome 9 !
"Pluto 004" : légère déception...
Tome 4 : rebondissements, surprises, nouveaux personnages… Urasawa déploie ses habituels mécanismes narratifs, complexifiant à loisir son intrigue, reprenant fidèlement certains personnages-clé de la saga "Astro-Boy" (le professeur Ochanomizu, le professeur Tenma), tout en développant les axes nouveaux - plus "politique fiction", autour d'une sorte de conflit Irakien qui verrait le Saddam Hussein local fomenter sa vengeance posthume -, axes qu'il a visiblement imaginés pour installer "le Robot le Plus Fort du Monde" dans une réalité plus proche de la nôtre que le monde "utopique" de Tezuka. Si l'on ressent cependant une légère déception dans ce tome 4, c'est de par l'absence de ces moments véritablement magiques d'émotion qui distinguent les mangas d'Urasawa de ceux de ces concurrents, comme si le travail conceptuel à effectuer pour s'approprier sans la déflorer l'oeuvre de Tezuka le forçait à une sorte d'auto-censure. On peut donc craindre que, au final, "Pluto" ne soit pas au niveau de "Monster", ni bien sûr de "20th Century Boys"...
"Soul Eater 8" d'Atsushi Ohkubo
Alors que Soul Eater continue à dérouler son programme ultra-typique de manga pour ado (intrigue devenue incompréhensible, introduction permanente de nouveaux personnages sensés renouveler la dynamique des combats et apporter de nouveaux concepts ébouriffants), le lecteur fatigué continuera à se raccrocher au graphisme inspiré - pas forcément très lisible, mais c'est si beau, tout cela ! - ainsi qu'aux quelques rares moments de pause ou de comédie, rafraîchissants au milieu de toute cette débauche d'énergie finalement assez gratuite. Et au milieu de ce 8e tome, miracle : une dizaine de pages sublimes, à la fois parfaitement simples et radicalement terrifiantes (la possession d'une petite fille), qui montre qu'Ohkubo pourrait être un sacré conteur, et même un vrai artiste, s'il sortait des poncifs...
"Le Rayon de la Mort" de Daniel Clowes
Peut-être pas le meilleur livre de Clowes, "le Rayon de la Mort" restera néanmoins comme l'un de ses plus sombres. Les hasards de l'actualité nous le feront comparer à "Kick Ass", pour à la fois en rapprocher le thème (être un super héros au milieu de l'Amérique banale, quotidienne) et en opposer le traitement (au final, rien ne sert à rien, si ce n'est à empirer les choses, soit le pessimisme un tantinet cynique typiquement Clowesien). L'absurdité de la vie quotidienne est ici à hurler, accentuée par l'impuissance (créative et finalement physique) du "héros" à y changer quoi que ce soit, à s'inventer un futur décent, ou ne serait-ce qu'à trouver en soi la moindre volonté d'avancer. Dans ce monde à la précision aussi tranquille qu'absolument mortifère, le fantastique le plus outrancier ne peut être que lamentablement inopérant : mettre à la pâté à un sombre imbécile ou faire disparaître de la surface de la planète un gêneur peut difficilement être assimilé à un valeureux combat contre le mal, et Clowes, des tréfonds de son désespoir silencieux, nous murmure qu'il vaut sans doute mieux continuer à nous mentir à nous-mêmes pour pouvoir seulement survivre.
"Les Gouttes de Dieu - Tome 7" : le vin et la beauté de la vie...
Quelle superbe manière de répondre aux doutes qui m'avaient envahis à la lecture du 6ème volume des "Gouttes de Dieu" que ce septième tome qui se révèle un pur enchantement, et dans lequel Agi laisse libre cours à ses instincts romantiques les plus irrésistibles… Suis-je donc une pure midinette pour verser tant de larmes devant ces récits d'histoires d'amour contrariées, ou de frustrations profondes que la vie a infligées, et que le vin, miraculeusement, va soigner, résoudre ? Ou bien, plus certainement, Agi ne touche-t-il pas, au delà du didactisme efficace de ses "Gouttes de Dieu", la raison fondamentale de l'existence de tout art (et le vin est un art, au delà de la technique et de l'industrie, aucun doute dans l'esprit de Agi ni dans le mien…) : ouvrir notre coeur et notre âme à la beauté de la vie ?
"Quai d'Orsay" de Blain & Larzac : une plongée époustouflante dans la vie politique...
Si ce "Quai d'Orsay" n'était qu'une caricature bien sentie et parfaitement documentée du fonctionnement du Ministère des Affaires Etrangères à l'époque "glorieuse" (Villepin et sa résistance inspirée aux néo-cons en train de déclarer la guerre à la planète...), ce serait déjà un bouquin indispensable, puisque a priori basé sur les expériences vécues par le scénariste au sein de cette impressionnante organisation du gouvernement français. Mais, comme c'est souvent le cas chez Blain, l'un des tous meilleurs créateurs de BD au monde, à mon avis (relisez "Isaac le Pirate" et "Gus" si vous avez le moindre doute là-dessus...), quelque chose se passe ici, qui transcende la dérision facile (les jeux politiques, il est finalement si facile, si évident de s'en moquer...) qui contamine 90% de la BD d'humour "à la française", et c¡est une vraie admiration pour un homme, inspiré et confus, visionnaire et littéralement insupportable, qui se dessine peu à peu. Oui, "Quai d'Orsay" fait rire et fait peur, avec une efficacité imparable, mais ce qui est le plus beau, c'est qu'il nous remplit aussi d'admiration,... qu'il nous rendrait presque fier de la France... Enfin, tout cela, c'était avant la France mesquine de Sarko & Cie... Je me demande ce que Blain ferait de la politique française actuelle...
"Locas - Elles Ne Pensent Qu'à Ça" : l'occasion de célébrer une fois de plus l'oeuvre magistrale des frères Hernandez
On aime Maggie et Hopey (enfin, pour moi, surtout Hopey, jamais tout-à-fait sortie de l'explosion "post punk" qui balaya L.A. au début des années 80 - N'oubliez jamais X, les petits !) et on ne résistera pas au plaisir de les suivre dans une quarantaine de nouveaux récits, minutieux, complexes, déjantés, absurdes, romantiques, hilarants, érotiques, incompréhensibles, simplistes, contradictoires. Une nouvelle pierre apportée à l'impressionnant édifice "Love And Rockets", soit une manière révolutionnaire de faire de la BD, aussi puissamment formaliste et conceptuel que fondamentalement au ras du bitume, dans cette manière sublime d'accompagner ses personnages - pour la plupart féminins, magnifiquement féminins - tout au long du chaos labyrinthique de la vie : Maggie prend du poids, hésite entre hommes et femmes et ne vivra jamais sa passion pour Hopey, et autour d'elles gravitent dix, vingt, trente personnages complexes, dont on ne saisit que quelques fragments d'une existence qui est aussi ordinaire et incompréhensible que celle de nos voisins de palier. Magistral, une fois de plus !

