"Kasabian live at the O2 Dublin 2009" (DVD bonus avec l'album "Velociraptor")
Kasabian live, c'est - on le sait - tout un tas de sensations et de sentiments contradictoires : une vague irritation qui teinte notre admiration lorsque le groupe se la joue "dieux des stades" et martèle sa musique qui prend des allures de chants pour hooligans décérébrés ; de grands moments de bonheur quand la pop majestueuse de ses meilleures chansons se déploie, avec une richesse dont bien des groupes réputés plus "sérieux" pourraient être envieux ; de l'excitation quand le groupe abandonne l'héritage sixties pour confronter son psychédélisme halluciné aux transes du dance floor... Ce concert à l'O2 de Dublin - excellent - ne déroge pas à la règle, même si, point positif, Tom Meighan a la plupart du temps une attitude scénique moins caricaturale que, disons, à Glastonbury ou autres festivals du même cru. La setlist est presque parfaite - pas encore lestée des bombes de "Velociraptor !", mais presque parfaite quand même -, les musiciens ont leur habituelle efficacité (quelle section rythmique !), le filmage est correct, pas trop hâché, et le son 5.1 des plus acceptables : l'occasion de prendre beaucoup de plaisir au spectacle d'un groupe qui, s'il ne sera sans doute jamais un groupe "majeur" de l'histoire du Rock, est devenu peu à peu l'un des plus intéressants de la scène anglaise.
"Songs From The Road" de Leonard Cohen : attention, haute tension !
Depuis l'impressionnant "Live In London", on a eu l'occasion de vivre "en vrai" l'incroyable émotion de cette tournée interminable de Cohen à travers le monde (le concert de Madrid a rejoint illico presto le Top10 des plus grands événements live de ma vie...), et on a pu se rendre compte combien la réalité était "supérieure" à que ce que l'enregistrement anglais inaugural transmettait. "Songs For The Road" essaye visiblement de capturer ce supplément d'âme qui manquait, et le défi est tel qu'il ne saurait être complètement relevé. Il y a ici bien des moments vraiment magiques (pour moi, la version hallucinante de "Avalanche", glaçante, tétanisante, et la communion avec le public du Festival Coachella aur "Halellujah" sont ce que "Live In London" offre de meilleur), mais il y a aussi des passages clairement plus faibles (l'intro avec "Lover Lover Lover" semble ne rien comprendre du tout de l'essence du concert...), et la disparité de qualité, d'ambiance et d'image empêchent que ce "Songs From The Road" soit un vrai grand "concert filmé". Ceci dit, on est à des altitudes telles qu'il n'existe sans doute pas un artiste en activité aujourd'hui capable d'offrir un tel enregistrement "live", alors...
Arcade Fire filmé par Terry Gilliam le 5 août dernier, au Madison Square Garden
Arcade Fire sur scène dans l'une des salles les plus célèbres du monde, Terry Gilliam derrière les caméras, on est le 5 août 2010, et, en direct, les internautes du monde entier auront pu voir ça : le groupe le plus important du XXIè siècle maîtrisant désormais parfaitement les chansons de son dernier et complexe album, "The Suburbs", au point de les intégrer de manière totalement naturelle au milieu des merveilles de "Funeral" et "Neon Bible", et de créer une sorte de "super-set Arcade Fire" générant des émotions plus variées, plus complexes qu'auparavant (on a tous adoré sauter comme des marsupilamis enragés nos poings dressés en l'air en faisant "oh oh oh", un grand sourire sur le visage, et se sentant aimer l'humanité pour la première fois…) mais pas moins miraculeux. Une heure et demi de grand bonheur assuré, d'autant que les lumières sont magnifiques, et que le regard d'un vrai réalisateur se sent régulièrement, loin des filmages hystériques et bâclés qui nous sont habituels. Peut-être le témoignage ultime de ce que le Rock peut être, au sommet.
"London Calling - Live at Hyde Park" de Bruce Springsteen
1974: "J'ai vu le futur du rock, il s'appelle Bruce Springsteen". 35 ans plus tard, le Boss, droit dans ses bottes et son E Street Gang reprennent le London Calling du Clash à Hyde Park devant des dizaines de milliers de personnes. Et puis Badlands, Night, et puis Promised Land, et Racing in the Street (bouleversant, tout simplement), et puis Born To Run, bien sûr, l'hymne intime de tant de générations de gens simples qui ne peuvent qu'éternellement courir pour fuir une vie de plus en plus dure et une mort de plus en plus certaine. Par moments, l'exagération du show, de la voix brisée, des gestes convenus, m'irritent un peu, et je me souviens pourquoi j'ai arrêté d'écouter Springsteen. Pourtant, à tant d'autres moments, c'est une émotion immense qui me submerge, qui n'a rien à voir avec la nostalgie, mais au contraire avec la fierté que Bruce soit toujours là, vivant, généreux, intense, à chanter pour les anonymes, les besogneux, les gens ordinaires. Avec la joie que le rock soit encore vivant, vital, incarné. Avec la surprise d'en être encore là, à plus de 50 ans, à vibrer, trembler et sentir mon coeur se serrer devant la force et la beauté de cette musique.
Flashback : "The Cure - Festival 2005" - Groupe immense, musique essentielle...
2005: Robert Smith rappelle le fidèle Porl Thompson - dont la guitare baroque a enluminé ses meilleurs albums - et bannit les claviers : l'une de ces idées bizarres qui font toit le charme de ce groupe qui n'a jamais vraiment changé, mais a su rester vivant depuis 30 ans... Voici 30 chansons (beaucoup sont très connues, quelques unes moins) enregistrées au cours de la tournée qui s'ensuivit, filmées de manière aléatoire et chaotique par les fans et par une équipe plus professionnelle : j'ai vu certains se plaindre du résultat, forcément moins "formaté", et il me semble que ce magma d'images souvent laides et imprécises reflète parfaitement la sublime - et parfois si hideuse - torture intime de la musique de Smith. Sur les près de 3 heures de ce DVD, il y a des moments superbes, des moments de brutalité terrible, et d'émotion aussi (les choeurs de la foule sur "Play For Today" remplaçant les claviers !), mais il y a aussi des passages à vide, quand le groupe échoue à retrouver l'âme d'une chanson. Mais le tout constitue indéniablement "The Cure", un groupe immense, une musique essentielle.
Flash Back : Que restera-t-il de Michael jackson ? Sans doute pas le "Live In Bucharest"
Curieusement, alors que l'on parle d'un homme qui a donné les concerts les plus immensément populaires de l'histoire de la pop music, il n'existe que peu d'enregistrements intégraux de ces shows "légendaires".Pour cela seulement, ce "Live in Bucharest" constitue un témoignage indispensable, et quelques passages ("Smooth Criminal", le final de "Billy Jean" - magique -,"Black and White", "Man In The Mirror") combinant magnifiquement danse, chant et charisme de la star permettront de ne jamais oublier l'importance du "King Of Pop". Ce n'est malheureusement pas le cas de tout cet enregistrement, car entre moments kitsch embarrassants (le set de "Thriller", ridicule, les vêtements de la guitariste soliste, le "décollage" final...) et performance vocale régulièrement pauvre (Michael est souvent essoufflé ou carrément inaudible) ou visiblement "en playback", il y a ici maintes raisons de se plaindre. Et si le plus beau de tout cela, c'était l'extase et le désespoir des fans ?
Séance de rattrapage : "Lou Reed's Berlin" de Julian Schnabel
Oui, j'avoue que j'ai eu personnellement une relation "forte" avec le "Berlin" de Lou Reed en 1973, à sa sortie, même si à ma passion s'est toujours mêlée une certaine dose d'irritation devant la mise en scène boursouflée de Bob Ezrin, comme devant le côté volontairement "mal aimable" du concept tout entier. 33 ans plus tard, Lou Reed, qui est devenu l'ours déplaisant et ennuyeux que l'on sait, ressuscite par la force son "grand œuvre", et, même légèrement nettoyé et rendu plus académique par un traitement moderne très "art gallery", "Berlin" reste toute une affaire, dont on a bien de la peine à se débarrasser en quelques formules expéditives : tantôt pénible ("The Kids", ici absolument n'importe quoi…), tantôt sublime ("The Bed", "Sad Song", forcément), mais toujours aussi bancale, voici en tout cas une œuvre qui ne bénéficie en rien de sa résurrection par des musiciens "constipés" et prétentieux, une œuvre qui dormait bien mieux tout au fond de nos cœurs adolescents.
De plus, si l'on juge "Berlin" sur ses uniques qualités cinématographiques, il faut reconnaître qu'on peine à trouver de grandes qualités au "dernier Julan Schnabel" : filmage plat d'un concert qui est déjà "froid" par nature, mise en scène chichiteuse et absence cruelle de perspective (pas de point de vue sur les spectateurs, pas de vie sur scène…), le pire venant de ces films projetés en arrière plan, dans lesquelles Emmanuelle Seigner se ridiculise avec son casque viking et ses sourires égarés. Malgré tout, grâce à la force de la musique, quelques beaux moments "surnagent" : visuellement, la mise en scène du suicide et de son après, sur "The Bed", avec les meubles flottants dans une sorte de mini aquarium trouble est pure fascination. On apprend néanmoins au générique de fin que ce n'est pas Schnabel qui est responsable de ces images envoûtantes et pertinentes !
"Elliott Murphy Alive in Paris" : Rock'n'Roll à la Mairie du VIe !
On connaît (trop) la vieille blague d'Elliott, qu'il nous ressert pendant sa reprise - fumante - du "L.A.Woman" des Doors : "Jim Morrison est mort après seulement 15 jours à Paris, moi, je suis toujours… ALIVE AND WELL IN PARIS" ! … Ce qu'illustre parfaitement l'enregistrement de ce concert un peu spécial - dans les locaux pompeux de la Mairie du VIe, à l'occasion d'une sorte de célébration "officielle" en son honneur (on sent Elliott un peu réticent sur ce sujet, ce genre d'embaumement avant l'heure…) - et aussi un un peu trop acoustique à mon goût. Car, si cette performance des Normandy All Stars est un tantinet inhibée par les circonstances, on peut toujours compter sur la bonhommie pétillante d'Elliott et sur la guitare brillante d'Olivier pour que tout se termine merveilleusement bien. Vivant et bien. A Paris.
PS : Objectivement, les MOINS de ce live d'Elliott : la formule unplugged, sans la batterie puissante d'Alan Fatras, condamné au "cajon", qui bride le décollage habituel des "mini-hymnes" d'Elliott , une set list pépère, sans une seule surprise, histoire d'illustrer l'hommage à notre "Last of the Rock Stars" (... And me and you, ooh ooh ooh !) ; l'absence notable d'une grande partie du fan club, même si quelqu'un au premier rang passera à Elliott son frère Murphy sur son portable… Et les PLUS : comme d'habitude, cette auto-inflammabilité des plus belles chansons, cette capacité à faire exploser l'émotion, à partir d'un rien, d'un refrain repris en chœur, d'un riff de guitare,… ou d'un solo ahurissant d'Olivier Durand ("le meilleur guitariste de France… et du monde peut-être !"). Ici, écoutez, regardez ce qu'il fait sur "A Touch of Kindness", c'est simplement extraordinaire. SOMMET du concert : une impressionnante "lecture" de "Doctor of Mercy", grand texte, grande chanson.
"Monument", le DVD live de Maxïmo Park
Ce qui est beau et étrange avec Maxïmo Park, groupe mineur et pas toujours inspiré, c'est que sa musique - en live particulièrement - arrive à faire naître en nous des sensations parfois bouleversantes, assez inexplicables. Ce qui est triste avec "Monument", c'est que, malgré les interviews - anecdotiques - et les vidéos prétendant saisir le groupe dans sa vie quotidienne à Newcastle, on ne voit rien qui puisse expliquer cette alchimie particulière. On regarde donc des gens ordinaires aux préoccupations peu passionnantes, et puis ces mêmes gens sur une grande scène émerveiller un public conquis d'avance. Au final, "Monument" sacrifie la force du concert et ne nous révèle rien pour autant.
Note: Ce DVD de Maxïmo Park est disponible avec "Quicken The Heart", leur dernier album
Flashback : "Alela Diane au Festival des Inrocks 2008"
Concert un peu informel - temps réduit, public "de festival" (donc pas forcément venu pour l'artsite !) - abordé par une Alela Diane assez décontractée dans une période de transition entre deux albums et deux atmosphères ("Pirate's gospel" austère et tendu, "To Be Still" léger et lumineux), le set du festival des Inrocks m'avait un tantinet déçu. Le revoir alors que l'on connaît désormais les belles chansons de "To Be Still" change la donne, et, si l'on peut toujours regretter le manque (le refus ?) d'intimité et d'intensité, on se laissera enchanter de belles versions de "White As Diamonds" et d'un morceau traditionnel (… mais sévère !), "Matty Groves", les deux sommets de la soirée à mon sens. Avec le renfort d'une batterie primitive, cette musique s'envole alors aisément vers les sommets.
Ce bel enregistrement, avec une qualité d'image malheureusement moyenne (pixels !), est disponible facilement dans la version de luxe du dernier album d'Alela.

