18 mai 2009

Séance de rattrapage : "Paris Je T'Aime", un film collectif

Paris_je_t_AimeObjectivement, "Paris Je t'Aime" est un ratage : aucun fil rouge, aucune cohérence pour lier une interminable succession de saynettes trop courtes, au scénario soit paresseux, soit inexistant, et ne reflétant pour la plupart d'entre elles que des idées reçues sur la "ville lumière", presque des films de touristes. Et pourtant, au-delà du fait que quelques perles sont forcément dissimulées au milieu des cartes postales banales (la "palme" revenant à mon avis à Walter Salles, pour son regard juste sur l'inhumanité fondamentale d'une ville qui relègue ses pauvres immigrés loin de ses rues-musée, suivi de Twyker, qui propose un beau scénario magique en quelques minutes, et par Payne, qui arrive miraculeusement, malgré la lourdeur apparente d'une voix off fatigante, à saisir la magie de la vie dans une séquence bouleversante au parc Montsouris - je crois), cette ballade un peu désœuvrée et vaguement dilettante dans les rues d'une ville peuplée d'inconnus qui nous ressemblent a finalement un certain charme.

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17 mai 2009

QueenAdreena Live at the Astro Hall 2008

QueenAdreena_liveOui, cela ne dure que 16 minutes. OK, le mixage sonore n'est pas le meilleur possible, la guitare étant un peu en retrait. Bon, le filmage est plus amateur qu'autre chose. Et puis, horreur, certains morceaux sont tronqués. Mais, s'agissant d'une très rare vidéo d'un concert de QueenAdreena, qu'importe : ces 16 minutes sont l'expression de ce que le rock peut revêtir de plus émotionnel, de plus urgent, de plus excitant, de plus impudique, de plus irrésistible. Katie Jane se bat face aux petits Japonais, toutes griffes dehors, sans sa chaise (sauf à la fin) ni sa bouteille de chardonnay, et elle hurle comme une possédée avant de miauler comme une chatte perverse. Pete Howard règne en maître derrière sa batterie, il est monstrueux. Crispin est l'incarnation du rock destroy, et Nomi fascine toujours autant, poupée mutante et fantôme blafard. QueenAdreena est tout simplement, en 2008, l'expérience scénique ultime, et ces 16 minutes devraient marquer à jamais quiconque n'a jamais vu le groupe en scène.

Ce DVD live n'est malheureusement disponible en supplément de l'album "Djin" qu'au Japon. Il est néanmoins facilement trouvable sur le Net.

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15 mai 2009

Séance de rattrapage : "Rien Que pour Vos Cheveux" de Dennis Dugan

Rien_que_pour_vos_cheveuxMême s'il est difficile de parler de "bon" film à propos de "Rien Que Pour Vos Cheveux", qu'on ne m'empêche pas de le qualifier de "film exceptionnel" : car il a fallu à Apatow, Sandler et leur bande un culot inimaginable pour s'attaquer aussi frontalement à des sujets tels que, en vrac : la haine israelo-palestinienne, la peur du terrorisme, le racisme fondamental de la société blanche, la superficialité de l'intégrisme - soluble dans l'american way of life -, sans parler de la sexualité des femmes âgées ! Avoir choisi la comédie graveleuse, bas du front et provocatrice était sans doute, si l'on y réfléchit, la seule manière de balancer aussi agressivement autant de vérités à la face du monde, et d'y survivre… Alors, le monde a soigneusement choisi d'ignorer cette grenade dégoupillée, de la qualifier de film régressif (ce qu'elle est, indiscutablement), et de lui préférer un "Borat" finalement plus ambigu, ou tout au moins moins téméraire. Ah ! J'ai oublié de dire : je me suis marré comme une baleine pendant 1 h 50 !

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13 mai 2009

Séance de rattrapage : "Taken" de Pierre Morel

TakenAffirmons-le : Luc Besson est un gros bourrin, et on ne peut espérer la moindre qualité d'un film portant sa griffe. Non, pardon, "Taken" a une sérieuse qualité, Liam Neeson, dans un contre-emploi total par rapport aux rôles moraux qu'il a quasiment toujours interprétés, et qui en devient furieusement crédible en ex-agent de la CIA à la fois fatigué et déchaîné. Pour le reste, "Taken" nous propose une vision incroyablement nauséabonde du monde, une vision ultra-réactionnaire qui va encore bien au-delà de ce que le Jack Bauer de "24" nous disait déjà, tout en évoluant dans le même registre néo-con : "la fin justifie les moyens", ou encore "rien ne doit arrêter un Américain bien intentionné quand il doit casser de l'Albanais ou de l'Arabe (tous de fourbes musulmans qui convoitent nos femmes)". Si l'on ajoute que les scénaristes éclairés de "Taken" ne voient le salut féminin que dans la virginité, on ne peut que déplorer la réelle efficacité du film, qui entraîne le divertissement brutal vers une vraie perversité décérébrante !

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06 mai 2009

Retour de flamme : revoir "Cars" de John Lasseter

CarsRevoir "Cars" permet de prendre du recul par rapport à notre - relative - déception lors de sa découverte il y a 3 ans (déjà !). Si l'on avait été alors surpris par le simplisme d'un scénario pourtant personnel et cher à Lasseter - qui avait pour l'occasion repris son costume de réalisateur -, on comprend mieux, à froid, ce qui sous-tend ce poème nostalgique et parfois même inspiré à une Amérique désormais disparue (malgré le happy end, dont on sent bien combien il est fragile, et tient plus du vœux pieux que du souci hollywoodien de réconcilier in fine l'irréconciliable…) : un amour absolu pour l'essence de la nation américaine, cette combinaison des grands espaces (paysages splendidement réinventés par la 3-D) et du sens de la communauté, nécessaire à la survie face à l'hostilité du monde, une alchimie désormais mise à mal, sinon défaite par le capitalisme et son individualisme forcené. Film 100% américain, sorte de post-western, qui n'est pas fait pour nous, "Cars" est profondément émouvant.

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30 avril 2009

Séance de rattrapage : "The president's Last Bang" de IM Sang Soo

Presidents_Last_BangMerveille formaliste, à égale distance entre Scorsese, pour la crudité du regard sur un univers profondément corrompu, et de Coppola, pour une indéniable élégance opératique, "The President's Last Bang" est aussi une réussite théorique tout-à-fait surprenante : en réduisant, avec un sens du grotesque bien coréen, un événement politique majeur (l'assassinat d'un dictateur, moment-clé qui changera le destin d'un pays) à un ballet de mouvements dérisoires, d'actes à demi manqués et de conspirations idiotes et informes, IM Sang-Soo réalise un cruel manifeste contestataire (voir les larmes stupides d'un peuple aux funérailles d'un tyran infantile, en triste conclusion) aussi bien qu'un pamphlet quasi nihiliste (quelle foi en l'humanité peut-on en tirer ?). Reste que ce film indéniablement majeur, par le radicalisme même de son approche, prive le spectateur, frustré, de la moindre empathie avec des personnages crus et des situations délétères. Un film à déguster avec la tête seulement, donc.

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28 avril 2009

Séance de rattrapage : "Be Happy" de Mike Leigh

Be_HappyMais que veut donc nous dire, ou plutôt nous montrer Mike Leigh, cinéaste talentueux mais très irrégulier, dans ce "Be Happy" qui devient rapidement irritant à force d'accumuler les épisodes les plus divers (farfelus, anodins, déprimants, émouvants, il y a de tout…) ? Qu'il suffit d'y croire, de rire face à l'adversité, pour qu'un jour, l'harmonie advienne quand même au sein de ce monde furieux ? Ou qu'au contraire, les façades les plus gaies et colorées cachent elles aussi un mal-être aigu ? Dans les deux cas, ça ne fait pas forcément un film, malgré l'abattage et le charme indéniable de Sally Hawkins : la confusion maladroite du propos - assez typique de Leigh, cette confusion (qu'il faudrait être très généreux pour la qualifier d'ambigüité !) - finit donc par plomber la gaîté initiale du spectateur, vite réduit à tirer son (petit) plaisir des minuscules idiosyncrasies des personnages, donc de rire d'eux, et non pas avec eux. Cela s'appelle un film raté.

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25 avril 2009

Séance de rattrapage : "Le Crime est Notre Affaire" de Pascal Thomas

Le_Crime_est_Notre_AffaireComme pour le précédent film de ce qui pourrait bien devenir une série, "Mon Petit Doigt m'a Dit", je suis resté complètement froid devant les constructions théoriques de Pascal Thomas, ce mélange trop malin de théâtralisation poussiéreuse, de citations nostalgiques et de second degré pas vraiment drôle. Si l'on évacue l'énergie, voire la magie qui se dégage du couple Frot-Dussollier, il ne reste rien de "Le Crime est Notre Affaire", l'intrigue de Maîtresse Agatha étant réduite à un McGuffin incohérent, et les personnages n'étant au final que des marionnettes sans vie au service d'un metteur en scène démiurge qui n'a pas même de vraies ambitions artistiques. On aimera donc, comme je l'ai dit, l'abattage impeccable des acteurs, et une jolie scène finale, qui porte bien l'idée assez drôle (le cliché ?) de la différence fondamentale entre hommes - théoriques et rêveurs - et femmes - pragmatiques et lucides. C'est quand même peu !

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19 avril 2009

"The Angel and Daniel Johnston" : Daniel Johnston Live

Daniel_Johnston_LiveIl y a plein de mauvaises raisons de regarder ce concert de Daniel Johnston à Londres, et en particulier le besoin assez voyeuriste de constater "les dégats" de la maladie et de son traitement sur le cerveau d'un homme dont on pressent qu'il aurait pu être un GRAND... Evacuons donc cette souffrance, d'autant que Daniel fait de l'humour comme tout le monde, y compris sur ses propres difficultés. Musicalement, on peut regretter le choix d'ignorer - sauf un morceau ! - le côté plus "rock heavy" de la musique, un peu réduite ici, de manière simpliste, à son aspect le plus fragile, émouvant, folk, car cela déséquilibre le set vers, encore une fois, l'exhibition de la douleur. Ceci dit, malgré (à cause de ?) l'aspect répétitif des chansons, il est impossible de ne pas se sentir régulièrement touché par la grâce de cette musique tremblante (forcément) et totalement exposée au monde et à sa cruauté.

(Note: A ma connaissance; ce DVD officiel n'est pas pour l'instant distribué en France, mais est facilement disponible sur amazon.co.uk par exemple).

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18 avril 2009

Séance de rattrapage : "Diary of the Dead" de George Romero

Diary_of_the_DeadCe n'est pas dans la lignée d'un "Cloverfield" ou d'un "REC" que Romero a conçu son "Diary of the Dead", mais bien comme écho au travail du De Palma de "Redacted" : ici, le traditionnel (chez Romero) retour à la vie des morts - qui ne nous impressionne plus beaucoup, à force, avouons-le ! - passe au second plan, derrière les questions très actuelles que pose la prolifération des vidéos "individuelles" sur le Net : a-t-on le droit de tout filmer et de tout montrer ? La multiplication des points de vue est-elle un gage de vérité ? Etc. Etc. Mais Romero n'est pas un cinéaste théorique comme De Palma, sa pertinence politique a toujours été plus viscérale que concertée, et son "Diary of the Dead" accumule les poncifs récités laborieusement par des étudiants en cinéma entre deux massacres, ce qui devient vite lourd et fastidieux. On peut aussi faire remarquer à Romero qu'une telle réflexion à vif sur un véritable fait de société (l'engagement US en Irak) a tout de même plus d'impact que lorsque l'on traite d'un thème de fiction comme les morts vivants, non ?

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