30 novembre 2011
Séance de rattrapage : "Car 2" ou la chute de la maison Pixar...
On le redoutait depuis des années, ce moment où l'apparente infaillibilité de la maison Pixar s'effondrerait, où Lasseter ne pourrait plus être considéré comme le génie moderne du dessin animé à qui tout réussit... Alors nous y voilà, avec ce "Cars 2", qui va au delà de nos pires cauchemars, à dire vrai : une horrible daube, un navet laid, stupide et mortellement ennuyeux, qui semblerait sorti de l'un de ces studios de seconde zone qui tentent régulièrement leur chance dans l'animation, si la perfection stupéfiante de l'image ne venait confirmer que, oui, on est bien chez Pixar ! On cherchera en vain une idée amusante, un trait d'humour qui puisse nous arracher un sourire, un élément de logique au sein d'un scénario écolo-james bondien ridicule. Mais le pire de "Cars 2", c'est cette incompréhension fondamentale des mécanismes de l'action et du suspense que le film trahit : quand toutes les règles "naturelles" de mouvements, de pesanteur, sont abolies (les voitures peuvent à peu près faire n'importe quoi, voler, nager, sauter, etc.), il ne subsiste plus aucun repère auquel rattacher notre croyance, et les scènes s'enchaînent alors sans laisser la moindre trace en nous, pauvres spectateurs éberlués - et furieux - devant tant de vacuité.
18 novembre 2011
"The Artist" de Michel Hazanavicius : un concept qui n'est pas rigoureusement "tenu"...
On entre dans "The Artist" littéralement bluffés par la précision de la reconstitution de l'univers du cinéma muet, se sentant à la fois redevenir l'enfant émerveillé que l'on a été devant la puissance de ce cinéma des origines, et forcément un peu irrité par ce qui semble un pur exercice de style, bien dans l'esprit du travail naguère effectué avec OSS117. Et puis peu à peu, alors que le mélodrame déroule son mécanisme, on oublie l'artificialité du procédé pour profiter d'une belle histoire simple (légèrement décalquée sur "Chantons sous la Pluie", quand même) : car c'est au premier degré que "The Artist" plaît, pas aux "degrés supérieurs" (deuxième, troisième, on ne sait plus) d'un "concept" finalement peu cohérent (un acteur sans voix, mais dans un monde devenu parlant, c'était un thème fort, mais le pari n'est pas rigoureusement tenu par Hazanavicius). Notons pour finir la jolie "performance" de Dujardin, dosant avec justesse l'émotion au milieu de l'outrance d'un jeu volontairement stéréotypé.
16 novembre 2011
"Drive" de Nicolas Winding Refn : déception...
Précédé par une critique des plus élogieuse et un prix à Cannes, "Drive" nous déçoit finalement : comme dans ses films précédents, Nicolas Winding Refn cède en cours de film à ses habituels démons (violence hyper-brutale, fascination pour la bestialité en l'homme), ce qui a pour effet de complètement dégonfler la belle atmosphère flottante qu'il avait créée au cours de la première partie de "Drive" (atmosphère qui lui a sans doute valu son "Prix de la Mise en Scène). Au final, on se retrouve devant un scénario sans doute trop minimal, voire usé, et un retour inutile aux codes du genre, aggravé par le manque de crédibilité de Ryan Gosling lorsqu'il s'agit de transformer son "driver" mutique en "bête humaine". On passe donc à côté du beau film promis, malheureusement.
02 novembre 2011
Révisons nos classiques : "Will Hunting" de Gus Van Sant (1997)
Plus de 10 ans après sortie, et après les étonnants - et superbes - virages (tant artistiques que commerciaux) qu'a pris la "carrière" de Gus Van Sant, il se peut bien qu'on ne voit plus clairement ce que "Will Hunting" a de "Vansantien", hormis la superbe fluidité de la mise en scène, infusant légèreté à un sujet qui, confié, à un tâcheron hollywoodien, aurait pu donner le pire, et… le regard érotisé jeté sur ces jeunes mâles prolétaires perdus entre mauvaises blagues, beuveries sans fin et bastons sans motifs. Sinon, c'est le script de Affleck-Damon qui frappe toujours, par sa déraisonnable ambition de parler de tant de choses (les mathématiques, le génie, la difficulté de trouver sa voie, l'amitié, l'échec et la réussite professionnels, etc.) sans pour autant asséner aucune leçon, hormis celle de l'amitié et du respect de l'autre. "Will Hunting" est un film touchant à l'extrême, en dépit (à cause ?) de la complexité des situations et des émotions qu'il décrit, et reste une magnifique réussite, qui n'a pas pris une ride.
31 octobre 2011
"Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne" de Steven Spielberg
On attendait l'adaptation de Tintin par Spielberg depuis le début des années 80 (30 ans déjà !) et "Le Secret de la licorne" - adapté du livre du même nom avec quelques emprunts au "Crabe aux Pinces d'Or" - ne peut certes pas combler toutes nos (énormes) attentes. Comme on pouvait le craindre, le motion capture n'est pas le procédé le plus esthétique pour représenter les merveilleux personnages d'Hergé (Spielberg le sait et il en prend acte dès la scène d'ouverture...). Comme toujours chez les Américains, un surcroît assez vain d'action et de violence est agité devant nos yeux (merci à la 3D !) pour nous faire oublier les faiblesses d'un scénario qui a perdu en route la belle rigueur des "thrillers hergéiens". Pourtant, pourtant, "Le Secret de la Licorne" s'inscrit parmi les meilleurs divertissements de Spielberg, qui réussit à rendre un hommage sincère à l'univers de Tintin (je pense par exemple au magnifique générique d'ouverture) tout en retrouvant l'exhubérance des meilleurs moments d'Indiana Jones. Pour peu qu'on accepte "l'américanisation" du plus européen des héros, c'est à une heure trois quart de plaisir intelligent que Spielberg nous convie ici.
PS: Comment ne pas remarquer que, une fois de plus, c'est Serkis qui apporte la part d'humanité au film qui le sauve largement de son déterminisme de machine parfaite ?
29 octobre 2011
Révisons nos classiques : "La marche de l'empereur" de Luc Jacquet (2004)
"La marche de l'empereur" a connu un succès stupéfiant à travers le monde, mais est-il pour autant appelé à devenir un "classique" du documentaire ? A son actif, l'exposition minutieuse, patiente, a priori très juste du cycle de procréation des grands pingouins ; une poignée d'images fortes qui ne sacrifient pas au goût actuel pour la belle image "léchée" et gardent en elles la trace de leur réalisation, qu'on suppose éprouvante ; une musique intriguante d"Emilie Simon qui construit avec les dialogues imaginaires - et anthropomorphiques - mâle-femelle une partition séduisante (c'est d'ailleurs une question de goût, nombreux ont été les puristes qui se sont montrés irrités par cette entorse aux règles du genre…). A son passif, la facilité avec laquelle ces images d'amour, de naissance et de mort chez des animaux mignons deviennent des tire-larmes universels : mais après tout, a-t-on le droit de blâmer un tel projet pour nos propres faiblesses ?
11 octobre 2011
Séance de rattrapage : "Limitless" de Neil Burger
Avec son scénario "à trous" un peu débile mais bien excitant de pure série B, son casting un peu pourrave (ce brave De Niro, qui a pris un vrai coup de vieux cachetonne une fois de plus), "Limitless" présente un intérêt relatif, qui le condamne à être le parfait divertissement inoffensif du dimanche soir. Pourtant, Neil Burger nous charme avec de belles idées visuelles pour matérialiser l'accélération intellectuelle de son héros drogué, et cela suffit un bon moment à notre plaisir... Jusqu'à ce que "Limitless" bascule du mauvais côté de la barrière et se complaise dans les codes du polar bas de gamme (baston sadique...). A la fin, Burger arrive presque à nous bluffer à nouveau avec une belle conclusion qui se profile (les multinationales contrôlant le pouvoir politique) avant de tout gâcher par un "happy end" paradoxal et pour tout dire, consternant de vacuité et d'hypocrisie.
30 septembre 2011
Révisons nos classiques : "Il était une fois dans l'Ouest" de Sergio Leone (1969)
Qu'est qui fait que "Il était une fois dans l'Ouest" est un grand film et le reste malgré le temps qui passe ? Ce scénario parfait, à la fois classique (la vengeance comme moteur) et post-moderne (la peste capitaliste qui gangrène l'Amérique depuis sa naissance) ? Cette construction toute en ellipses brillantes, évacuant scènes de transition ou explicatives pour se concentrer sur des scènes "de bravoure", au risque de perdre un spectateur peu attentif ? Cette mise en scène qui touche régulièrement (systématiquement ?) au sublime, alliée au travail remarquable de Morricone à la musique (la musique de film la plus belle et la plus intelligente jamais écrite ?) ? Ces dialogues cultes, rares mais percutants, qui injectent une dose absolument parfaite d'humour et de second degré éloignant définitivement l'oeuvre du pensum ? Ces acteurs filmés en gros plans comme des reptiles menaçants, qui n'ont pas à jouer, seulement à se mouvoir, accompagnés par ces magnifiques mouvements de caméra que tout le monde a ensuite pompés ? Cette amplitude narrative qui élève le film à une dimension certes opératique, mais aussi quasi mythique ? Oui, tout cela fait de "Il était une fois dans l'Ouest" le modèle du film parfait, à la fois intellectuellement ambitieux et commercialement efficace. Un seul bémol, scorie de son mode de production, la post-synchronisation lourdaude d'un casting international sans langue commune : un peu gênant parfois, mais quand même peu de chose dans le contexte d'un tel film.
26 septembre 2011
Révisons nos classiques : "Pulsions" de Brian De Palma (1996))
Ça fait drôle de revoir aussi longtemps après l'un de ces polars baroques de la période post-hitchcockienne de la carrière de De Palma : on est immédiatement frappé par tout ce que "Pulsions" a de déviant, de hors normes par rapport à la production hollywoodienne, d'alors comme d'aujourd'hui. Un scénario passant le relais entre les personnages, avec d'étonnantes digressions "gratuites" (la superbe visite du musée), une méchanceté assez dégueulasse, ou en tout cas peu politiquement correcte, envers la sexualité féminine, une direction d'acteurs tellement relâchée que personne - même les plus professionnels comme Michael Caine - n'est jamais crédible... "Pulsions", jusque dans sa conclusion cauchemardesque des plus déjantées, a tout du foutoir, si ce n'était bien sûr ce qui intéresse vraiment De Palma (et là, on ne rigole plus...) une mise en scène parfaite, d'une inventivité constante, mais qui reste en permanence au service du travail théorique poursuivi par De Palma, en poussant des concepts hitchcockiens jusqu'à leur point de non retour, sur la vision et le pouvoir qu'elle confère à ceux qui la contrôle. Sous cet angle-là, "Pulsions" devient un film vraiment réussi. Et tout-à-fait impressionnant.
17 septembre 2011
"La Piel que Habito" de Pedro Almodovar : un film assez lamentablement foiré !
Almodovar du côté de Cronenberg ? On n’aurait pas osé y croire, mais c’est pourtant sur « Dead Ringers » plutôt que sur le Franju des « Yeux sans Visage » que lorgne « La Piel que habito » : pour la première fois (à moins que « Parle avec Elle » ait déjà été une telle tentative), Almodovar aborde son sujet préféré, le « trans-genre », sous l’angle conceptuel – donc froid - plutôt que celui du transport amoureux, ludique et enthousiaste qui caractérise son cinéma « classique ». C’est louable, et souvent impressionnant de maîtrise (à noter une impeccable mise en perspective avec l’art contemporain, ici Louise Bourgeois...), mais au final, ça foire assez lamentablement. Car les atmosphères glaciales, le malaise et le malsain, ce n’est clairement pas le terrain de jeu d’Almodovar, qui ne sait pas – à la différence de Cronenberg – y faire naître de l’émotion, ou même de la simple identification. Car, et c’est là la plus grosse plaie du film, sa tendance à construire de la fiction foisonnante et délirante, joue cette fois contre le film : si les coups de théâtre sont efficaces, si la multiplication des pistes inutiles (le Brésil, par exemple...) amuse un temps, ils annihilent finalement la crédibilité du film, désamorcent la démonstration théorique. Et quand éclate la dernière phrase : « Soy Vincente », qui se veut un cri déchirant, celui de l’identité qui continue à exister derrière le genre, on ne peut plus malheureusement qu’en rire !

