01 décembre 2011
On déménage...
Eh oui, après plusieurs années à cette adresse, et un blog désormais bien bien rempli, j'ai décidé de déménager ! Tout en continuant dans le même registre, qui en énerve plus d'un (j'adore les messages d'insultes qui m'arrivent régulièrement !), je vous proposerai désormais mes avis subjectifs et excessifs à l'adresse suivante : www.manitasdeplata.net. Une adresse qui marque symboliquement mon installation permanente au sein de la culture espagnole (l'adresse est une "private joke", ne cherchez pas...!). Venez vite m'y rejoindre !
Bisous à tous...
PS : Quelques chiffres, pour dire : depuis l'ouverture de ce blog en mars 2007, vous avez été 36.300 à venir y faire un tour, et vous avez lu près de 53.000 pages. Le mois le plus "fort" a été mars dernier, avec 1.053 visiteurs, un record. Une observation inquiétante : alors que le nombre de visisteurs reste en augmentation permanente, j'ai constaté depuis 5 mois une baisse significative des "visiteurs déjà connus", ce qui indique une baisse de la fidélité. Alors, déçus ?
27 juillet 2011
Pour en finir avec Amy Winehouse...
Oui, je l'avoue, je me suis retenu quelques jours, et puis l'envie de faire connaitre au monde hébété ma formidable opinion a été trop forte : tous ces imbéciles, ces hypocrites qui ont noircis des colonnes d'inepties sur Amy Winehouse, il fallait bien qu'il y ait quelqu'un qui leur oppose une autre vérité, plus simple, moins glamour, sur la jeune femme malheureusement disparue il y a quelques jours, trop tôt, à 27 ans :
1) Oui, Amy avait probablement la voix la plus impressionnante, la plus touchante aussi du rhythm’n’blues (pas R&B, please !), de la soul, du jazz depuis Aretha. Une voix unique, qui nous manquera éternellement.
2) Oui, la mort d'une jeune femme de 27 ans, est une tragédie, quelle qu'en soit la cause, quelle que soit la jeune femme.
3) Oui, nous avions mis beaucoup d'espoirs dans Amy Winehouse, et en particulier qu'elle réussirait à redonner vie et substance à la musique... disons "commerciale", écoutée par des millions de gens sur la planète, qui n'ont sans doute jamais écouté les grandes voix du passé, de la soul, et dont le goût se forme malheureusement en écoutant les stars de plastique imposées par les sirènes de la mode.
4) Non, Amy - malheureusement - ne laisse pas derrière elle une "œuvre" comparable à celle de ses grands inspirateurs black, ni même des rock stars des 70s mortes à 27 ans comme elle (Janis, à la rigueur...) : un premier disque, "Franck", insignifiant, voire médiocre, et un second, "Back to Black", tout juste moyen, en tout cas bien en dessous de tout ce qu'on était en droit d'espérer d'elle.
5) Non, Amy n'était pas une "grande artiste" : ni musicienne, ni compositrice, tout juste auteur de paroles très banales pour des chansons composées par d'autres, des paroles exagérément commentées plus parce qu'elles témoignaient de sa pauvre vie bancale que pour leurs qualités intrinsèques.
6) Non, Amy ne marquera pas son époque, si ce n'est par la ribambelle de mauvais souvenirs qu'elle aura laissés : pitoyable dans sa vie quotidienne comme dans ses apparitions publiques, responsable de concerts honteux (son "apparition" au Zénith de Paris a constitué indiscutablement le nadir de toute ma vie de fan de concerts !), ridicule dans ses amours - son connard de mari - comme dans ses amitiés - ce triple zéro de Doherty, aussi nul qu'elle...
Amy n'aura été au final que le reflet crapoteux du pire de son époque, une pauvre junkie alcoolo sans volonté ni éclat, l'une de ses épaves hébétées et repoussantes qu'on croise sans les voir dans les rues de toutes les mégapoles du XXIe siècle. Une pauvre fille, qui mérite plus notre pitié en tant qu'être humain rétamé par la vie que notre admiration comme artiste raté.
Allez, je vous laisse, je retourne écouter de la musique, de la vraie, composée et écrite par des gens qui ont des choses à dire, des expériences à partager, et qui ont le courage, la force de le faire. Il y en a tant !
14 septembre 2010
RIP : Claude Chabrol...!
Bon, Chabrol, ce n'est pas vraiment un cinéaste - un maitre à penser comme Rohmer, un monument comme Godard, etc. Plutôt un vieil ami avec lequel on a aimé boire des coups - virtuels, mais quand même. Oui, un type qui a toujours éte là, avec sa bonne vieille méchanceté si divertissante, comme le vieil oncle un peu pervers de la famille, celui qui dans le fond rend les réunions de famille intéressantes... Mais, malgré une palanquée de films moyens, voire même parfois mauvais, Chabrol était bien sûr bien plus que son image de trublion débonnaire : un grand directeur d'actrices (Huppert n'a jamais été aussi bonne que chez lui), un critique inspiré de la "veulerie" française, mais aussi un théoricien passionné du cinéma (revoyez le sensationnel "Merci pour le chocolat" pour saisir ce qu'intelligence de la mise en scène veut dire). Chabrol était la preuve que le talent, voire le génie, ne sont pas incompatibles avec l'auto-dérision, ni solubles dans le (bon) vin rouge. Il va nous manquer.
Chabrol est mort. A 80 ans, avec tous les abus de bonne chère dont on le soupçonne, ce décès n'a rien de surprenant, et encore moins de révoltant. Pourtant, il va falloir maintenant se résigner à vivre chaque année sans un "nouveau Chabrol", et ça, ça frôle l'insoutenable. Un peu comme une année sans "nouveau Woody Allen"... Un frisson glacé me parcourt l'échine, comme ils disent. Il va bien, au moins, hein, Woody ?
01 juin 2010
Adieu au plus rock'n'roll des acteurs-réalisateurs, Dennis Hopper
Sale année 2010 qui nous enlève maintenant le plus rock'n'roll des acteurs (et réalisateurs), Dennis Hopper ! Je ne sais pas pourquoi j'écris ces lignes, c'est sûr que le net va être plein d'articles à sa mémoire, et que tout le monde s'ébaubira encore une fois sur "Easy Rider" (film mémorable qui brûle encore de 1000 feux alors que les rêves hippies ont été depuis longtemps balayés !), sur "Blue Velvet" (grand rôle de cramé qui marquera à jamais le cinéma, c'est vrai), ou sur "Apocalypse Now" (avoir été de cette grande aventure-là et avoir à peu près survécu est déjà un exploit en soit !). Si, je sais pourquoi j'écris ces lignes : parce que quand on fait une liste des 50 acteurs "essentiels", Dennis Hopper y figure forcément. Et parce qu'il me restera - à moi - deux souvenirs particulièrement forts de lui : d'abord son interprétation parfaite, à la fois effrayante et douloureuse, de Ripley dans "l'Ami Américain", le chef d'oeuvre de Wenders (oui, plus que "Paris Texas" ou "les Ailes du Désir"), qui efface tous ceux qui s'y sont frottés avant ou après lui (Delon, Malkovich, Damon, pas des manches pourtant). Et puis sa voix en narrateur halluciné sur "Fire Coming Out Of the Monkey's Head" de Gorillaz, qui lui permettait de démontrer son inépuisable capacité à générer de la fiction, du mystère, de la terreur même. Oui, Hopper, drogué magnifique, alcoolique superbe, obsédé sublime, "bigger than life", était bien plus qu'un simple acteur-réalisateur : il était un réservoir inépuisable à fiction, duquel les meilleurs ont tiré des histoires inoubliables, terribles... Non, nous ne l'oublierons pas !
11 mars 2010
"L'Association"... anti-codes-barres : une belle déclaration !
L'autre jour, en retournant un bouquin publié à "l'Association", une maison que je tiens personnellement en haute estime, j'ai remarqué ce sticker peu banal, collé au dos, et portant à la fois "l'inévitable" code-barre et ce message pour le moins clair et néanmoins hilarant, que je reproduis ci-contre (c'est une image scannée de l'étiquette auto-collante). Du coup, au lieu de lire le dit bouquin, j'ai été plongé dans un abîme de réflexion... ce qui était ben entendu l'effet désiré. Car combien de fois nous arrêtons-nous pour penser à cette société dans laquelle nous pataugeons de nos jours, où chacun de nos mouvements est dûment traqué et sans doute souvent enregistré. Nous nous préoccupons de ces nombreuses caméras de vidéo-surveillances installées un peu partout, mais portons sur nous notre téléphone portable allumé qui rend immédiatement repérable, nous branchons notre GPS pour que de gentils satellites nous aident à trouver notre chemin (ce que nous faisons très bien sans eux il n'y a pas si longtemps !), nous utilisons notre carte de crédit pour payer la moindre dépense à 1 Euro... bref nous sommes nous-mêmes en permanence aussi "traçables" que ce pauvre livre de l'Association. Pire, nous travaillons tous plus moins dans ces organisations, étatiques ou privées, qui s'évertuent à multiplier les moyens d'identification et d'analyses du comportement et des mouvements de l'être humain. Tous responsables donc de ce qui nous arrive, ou ne va pas tarder à nous arriver. Pas de paranoïa dans tout cela de ma part, juste un constat que, un jour ou l'autre, il va bien falloir tout casser, démonter cette machine que nous avons construite. En attendant, je ne vais pas obéir à l'Association, je vais laisser cette belle étiquette au dos de mon bouquin, comme... aide-mémoire, pour ne pas oublier dans quel monde je vis.
20 janvier 2010
"Discovering Japan" (*)
On m'avait abondamment et généreusement prévenu avant mon départ du choc culturel que constituerait sans aucun doute mon premier contact avec la culture japonaise, au cours de ce premier voyage à Tokyo. Je m'étais préparé (psychologiquement) en conséquence, et puis... rien ! Rien, sauf le plaisir exquis de l'immersion dans ce pays littéralement magique, où la beauté semble irradier de tout ce qui vous entoure : les gens, les choses, les gestes. Des enfants mignons à croquer, des jeunes gens qui respirent l'élégance, la sophistication et la sensualité, des espaces organisés (souvent) à partir de matière brute (rochers, plantes...) pour créer une vraie respiration au sein de la vie trépidante de la capitale, des produits sur les rayons dont l'alignement, les couleurs, la structure même génèrent un plaisir visuel intense, etc. Décrire tout cela n'apporte rien, je le sais, qui n'ait déjà
été évoqué cent mille fois par tout occidental s'immergeant dans l'univers nippon, et mon propos ici est tout autre.
Ce qui m'a le plus surpris, en fait, c'est que, contrairement à ce que l'on m'avait annoncé, je me suis senti "chez moi" à Tokyo. Malgré les idéogrammes mystérieux et la langue incompréhensible. Chez moi, tout simplement parce que j'ai tout de suite reconnu les enfants qui jouent dans les films de Kore-eda, les vêtements et coiffures traditionnels, les kimonos colorés vus chez Kurosawa, les belles femmes retenues et languides célébrées par Mizoguchi, les machos énervés et un peu ridicules des films de Kitano, la campagne calme et géométrique et les arbres imposants dessinés par Miyazaki, le peuple affairé et énergique qu'Urasawa m'a tant fait aimé, les babydolls pink gothiques croisées aux concerts de l'Arc en Ciel, les promeneurs et les petites échoppes dans les rues étroites de Taniguchi, la musique qui surgit ici et là et qui ressemble à des gouttes de pluie de Ryuichi Sakamoto, les
restaurants élégants où l'on déguste des vins français de Agi et Okimoto, les étudiants arrogants et beaux comme des lames de Oba et Obata, la politesse attentionnée des gens qui semble n'avoir pas changé depuis Ozu, l'érotisme profond qui se dégage de la posture et des vêtements des femmes comme chez Oshima, les immeubles serrés les uns contre les autres et dressés vers le ciel éclatant attendant l'holocauste promis par Otomo, la nuit aveugle et les regards baissés comme chez Nakata, le fourmillement de cette humanité toute à la fois humble et
pugnace que glorifiait si bien Naruse, l'obsession de la sur-consommation technologique chantée par Ryu Murakami, le léger surréalisme enrobant la banalité quotidienne tokyoïte que Haruki Murakami illustre mieux que quiconque, la multiplicité des rituels complexes et contraignants au centre de l'oeuvre de Mishima... et bien sûr, bien sûr, vu par le hublot de l'avion en survolant le Japon, le Mont Fuji comme un pilier de neige qui monte jusqu'au ciel, comme sur les génériques de tant de films immortels...
Depuis mes 20 ans et ma première rencontre avec le cinéma japonais, qui m'a conduit ensuite à en découvrir la littérature, puis les mangas, je vis dans ce Japon-là, que je croyais imaginaire, mais qui m'attendait, sagement, patiemment... Le
17 janvier 2010, en débarquant de l'avion à Narita, ce que je ne savais pas, c'est que je rentrais chez moi.
(*) Merci au grand Graham Parker pour sa chanson du même nom, qui m'a fait vibrer durant plusieurs années, et qui est donc une parfaite illustration de ces réflexions...
19 janvier 2010
"Encore un mort !"
"Encore un mort !"... C'est ainsi que je reçois, presque de manière hebdomadaire désormais, les nouvelles - mauvaises - de la planète rock'n'roll, de la part de mes amis. Et le rock ayant dépassé le demi-siècle, il faut bien avouer que les décès de musiciens et artistes se succèdent à un rythme régulier, se banalisent, et que le monde qu'on aimait se dépeuple peu à peu. Il y a quelques semaines, on apprenait le triste suicide de Vic Chesnutt, grand tourmenté brisé par la vie, qui ne nous avait pas vraiment surpris. Mais là, comment ne pas réagir à l'annonce de la mort - inexpliquée alors que j'écris ces lignes - de Jay Reatard, jeune (29 ans) musicien aussi talentueux que bourré d'énergie (a priori une vingtaine d'albums à son actif !), et à qui la vie promettait beaucoup. Son passage dévastateur sur la scène du Point Ephémère, pour l'un des tous meilleurs concerts de "punk rock" que j'aie vus de ma vie - et j'en ai vu pas mal depuis 1976 ! - restera donc mon seul et unique souvenir "personnel" de lui : c'est à la fois heureux (ce fut un moment de pure fureur et de vraie excellence...) et désespérant (... que j'aurais aimé pouvoir revivre encore et encore !). Mon ami Gilles B l'a encore croisé voici quelques semaines devant la Maroquinerie, alors qu'il venait d'annuler son concert, ne pouvant décider les responsables de la salle à le laisser jouer au volume sonore "nécessaire" et courir le risque qu'aurait entraîné le non-respect de la loi française. Cette anecdote prouve sans doute que Jay pouvait être une "tête de con" (ce sur quoi je ne saurais me prononcer...), mais illustre aussi son intransigeance artistique et sa fidélité à la cause du rock'n'roll.
Jay Reatard ne nous ravira donc plus, mais espérons que son enthousiasme et le plaisir évident qu'il avait à jouer, même devant quelques dizaines de fans, auront inspiré tout un tas de futurs punk-rockers, qui, à sa suite, mettront tous les potentiomètres sur "11" avant de foutre le feu (de joie) à la salle, et peut-être à la ville.
And never forget : Play it fuckin' loud !
14 janvier 2010
Adieu, Rohmer
Même si, au moment de faire le genre de listes et de bilans qu'on aime tous tant faire, je place probablement Eric Rohmer très haut dans la liste de mes réalisateurs français préférés de tous les temps (allez, on va dire dans le Top 3, avec Pialat et Renoir), ce genre de choses n'a pas beaucoup d'importance si je repense à la manière dont les films d'Eric Rohmer ont accompagné ma vie, mes histoires personnelles, l'évolution de mes sentiments... sans doute particulièrement au cours des années 80, années merveilleuses pendant lesquelles j'ai vécu l'arrivée de chacun de ses films comme un miracle pur et simple, un cadeau de la vie qui m'était personnellement destiné (disons que, dans un genre forcement un peu différent, l'arrivée d'un film de Rohmer ces années-là rythmait mon existence comme l'avait fait la décennie précédente la sortie de chaque nouvel album de Bowie). Je me souviens encore clairement de chaque salle où j'ai vu un Rohmer, et surtout des sentiments qui m'envahissaient alors, et que les autres films ne m'offraient pas. Car ce mélange aussi doux que parfois fulgurant d'intelligence (important, ça l'intelligence, à une époque où on la dévalorise de plus en plus...) et de sensualité était unique.
Je suis profondément triste aujourd'hui, de manière égoïste, pas parce qu'un homme est mort (ça, je le laisse à sa famille et à ses vrais amis !), mais parce que, très égoïstement, je sais que je n'admirerai plus le corps bronzé d'une nouvelle Pauline à la plage (si semblable à mes vraies petites amoureuses d'alors) ; que je ne guetterai plus jamais l'apparition d'un hypothétique rayon vert au soir d'une journée enchantée ; que j'oublierai sans doute en vieillissant ce qu'est l'heure bleue et le miracle qu'elle constitue quand on est avec un être proche ; que je n'aurai plus cette impression si excitante de (véritable) révélation de la grâce absolue du cinéma que j'ai pu ressentir en regardant Luchini dans ce café des "Nuits de la Lune Vague" ; que je ne comprendrai jamais aussi clairement la beauté sensuelle d'une femme légèrement ridicule qu'en écoutant Arielle Dombasle pérorer ; que je n'aurai jamais plus
une femme d'aviateur pour me faire découvrir un nouveau Parc Des Buttes Chaumont...
Je pourrai continuer comme ça longtemps, jusqu'à vous ennuyer à mort, et je ne suis pas sûr que vous me comprendriez, parce qu'il faudrait plus de talent que je n'en ai pour exprimer combien les films de Rohmer ont imprégné mon existence, combien ils m'ont ouvert le cœur, l'âme et l'esprit.
Merci, Eric, de m'avoir aussi fidèlement aidé à traverser ma vie.
28 décembre 2009
La bête
<p><p><p>La bête</p></p></p>
Que faut-il faire quand on découvre chez un ami, ou pire chez un
parent, posé négligemment sur une table, un document pronant ces idées racistes, limite fascisantes, que les Sarko, Le Pen et compagnie
diffusent largement dans la société française ? D'abord, on prétend ne rien avoir
vu, on espère qu'un texte aussi bête, ordurier même dans ces dernières
lignes - que je ne reproduirai pas ici - n'a été imprimé que pour en rire, ou
encore pour faire la leçon à l'ado de la famille : "tu vois petit, la bête ne
meurt jamais, il faut toujours être vigilant, etc.". Oui, on espère très fort,
on pense à autre chose, on n'y pense plus : après tout, c'est Noël, non ? Et puis, quelques heures plus tard,
c'est l'horreur : voici que notre ami, notre parent, entre dans la pièce où l'on
festoie le document maudit à la main, dans l'idée de partager ses idées
édifiantes avec l'assemblée toute entière ! Peut-on encore se contenir ? Rester
poli ? Sourire d'un air entendu, comme bien des gens autour de la table sont
prêts à le faire ? Non, je ne peux pas, c'est plus fort que moi, j'enrage trop :
comment peut-on être si bête, comment lui, un juif, a-t-il pu oublier ce que
"ces idées-là" ont fait aux siens ?
La crise passée, il reste dans l'air
une odeur de cendres. Peut-on,
faut-il même faire l'effort de reconstruire ce
que l'altercation a brisé ? L'amitié doit elle forcément survivre à un tel abime
? N'est-il pas au contraire temps de nous compter entre nous, de savoir
clairement de quel côté on est ?
Je n'ai pas clairement de réponse - pas
encore - à cette question. Mais au fond de moi, devant la contamination de la
parole - des actes bientôt -, j'ai très peur qu'on ne puisse bientôt plus, qu'on
ne doive bientôt plus - avoir d'amis et de parents qui se sont laissés séduire
par les arguments nauséabonds de la bête. Oui, car sinon, si nous ne nous
déclarons pas fermement contre cette pensée fangeuse qui déferle sur l'Europe,
il sera vraiment trop tard !
Merci à www.desproges.fr et www.anarcho-monarchiste.over-blog.org pour ces deux images pertinentes.
23 juillet 2009
Ch-Ch-Changes !
"A new career in a new town" claironnait Bowie sur l'un de ses meilleurs albums, "Low". "A change is better than a rest" sont des mots qui me sont restés d'une autre chanson, dont le titre et l'auteur m'échappent désormais... Mais ce qui ne m'a jamais échappé, ce sont les bénéfices, voire la nécessité de changements réguliers - et fondamentaux - dans nos vies, des vies qui ont si facilement tendance à s'endormir dans la routine confortable offerte par la famille aimée, le boulot passionnant (ou au moins prenant), les amis et amies stimulants, voire par la facilité de l'existence dans notre monde occidental consumériste (je ne parle évidemment pas ici de ceux d'entre nous que la crise actuelle affecte, et qui se voient eux victimes angoissées d'un changement non désiré).
Oui, de temps à autre, il faut se mettre soi-même en danger, remettre en question ces valeurs qui nous construisent certes, mais qui sédimentent si rapidement, au point de se transformer en une gangue de certitudes, au sein de laquelle notre capacité de penser étouffe peu à peu. Partir régulièrement vivre dans une nouvelle ville, ou, mieux encore, dans un nouveau pays, en bénéficiant en outre des facilités offertes par une mutation professionnelle (car on ne vous demande pas de mettre en danger votre famille, non plus !) est pour moi une sorte d'hygiène mentale, de garantie contre cet engourdissement insensible qui nous saisit tous, contre le vieillissement inexorable, mais qu'il est indéniablement possible de retarder, pour peu qu'on soit prêt à se soumettre aux "stimulations" appopriées.
Eh oui, il va falloir apprendre une nouvelle langue, découvrir un nouveau mode de vie, se faire de nouveaux amis, trouver des compromis inédits pour préserver ses anciennes passions et en développer de nouvelles. Ça ne sera pas facile, mais ça sera excitant. Mieux encore, ça sera SAIN !
Cette semaine, je déménage donc pour Madrid, pour une durée indéterminée : 6 mois, 1 an, 3 ans, toujours (non, pas toujours !) ? Je n'abandonnerai pas mes vrais amis, comme je sais qu'ils ne m'oublieront pas : les outils modernes de communication sont tels que la distance physique est largement abolie entre nous, de toute manière. Je ne renoncerai pas au rock'n'roll, ni au cinéma, ni à la BD, vous vous en doutez bien, l'accès à la culture étant désormais beaucoup plus "égalitaire" qu'il ne l'a jamais été. Ce blog va continuer, j'allais dire "inchangé", mais en fait j'espère qu'il changera aussi. En bien. Contaminé comme tout le reste par "une nouvelle vie dans une nouvelle ville". Parce que "le changement vaut toujours mieux que l'immobilité".
Hasta luego !

