Un moment de pure magie : "La Fée Verte", une chanson de Kasabian
Derrière les gesticulations et les rodomontades de Kasabian, groupe désormais dimensionné pour les stades avec son florilège d’hymnes joyeuses et dansantes, il y a bien heureusement aussi une pléthore de chansons superbes, qui travaillent en l’actualisant le riche héritage pop-psychédélique britannique. « La Fée Verte » est le dernier exemple en date de ce talent dont fait preuve Sergio Pizzorno pour créer de purs joyaux pop : partant ici d’une citation directe du « Lucy In the Sky with Diamonds » des Beatles, il construit une structure mélodique étonnante qui ne cesse de s’enrichir et de se clarifier, pour déboucher sur une trouvaille de génie, le genre de mélodie imparable, évidente, qui le place d’emblée au niveau des grands esthètes de la pop. « La Fée Verte », avec son démarrage anodin et ultra-référencé devient d’un coup une chanson bouleversante, le genre de morceau qui gonfle le cœur de joie tout en vous mettant les larmes aux yeux. Pas mal pour un « groupe de stades », non ?
"Lippy Kids", un merveilleux moment d'émotion que nous offre Elbow...
Toujours à la recherche de nouveaux stimuli, toujours avides d'une excitation "live" plus grande, n'avons nous pas un peu oublié que le rôle premier de la musique, c'est de créer et partager l'émotion humaine, mieux que toute autre forme d'art ? Elbow nous rappelle avec son merveilleux "Lippy Kids", extrait du non moins merveilleux album "build a rocket boys!", à cette jolie évidence : parler directement à notre coeur, avec simplicité et honnêteté, c'est ce que devraient faire tous les musiciens dignes de ce nom. En nous remémorant les jours (heureux ? Pas sûr !) de notre adolescence turbulente, les rêves que nous avions et que nous avons trahis ("Build a Rocket, boys !"), les sensations fulgurantes que nos jeunes coeurs ressentaient alors, Guy Garvey nous donne une humble leçon de tolérance (sommes-nous si différents ?) et d'espoir (construire un fusée, c'est toujours possible, quelque part). L'émotion nous submerge alors.
"Grey Riders", une grande chanson - redécouverte cette année - de Neil Young
Depuis 1969 et le fantastique doublé "Down by the River / Cowgirl in the Sand", nous sommes irrémédiablement accros aux grandes épopées électriques du Loner : à ces mélodies tendues, ces galopades échevelées (le Crazy Horse a longtemps accompagné Neil...), à cette voix rageuse, à cette guitare tour à tour foudroyante et tellurique... Nous avons eu depuis comme un besoin élémentaire de cette musique-là pour respirer tout simplement, mais pour rêver aussi, et surtout pour continuer à croire envers et contre toutes les évidences en la puissance de la musique, en la magnificence du rock. "Cortez the Killer", "Like A Hurricane", "No Hidden Path", et tant d'autres chants électriques de Neil Young nous ont ainsi nourris au fil des années. Ce "Grey Riders" est de la même trempe, et il nous est immédiatement indispensable. Il nous avait tellement manqué, ce titre oublié jusqu'alors de la discographie officielle du Loner. Nous le voilà donc rendu !
NB : "Grey Riders" figure sur "A Treasure", le live très country-roots de Neil Young datant de 1985 et oublié voici quelques semaines.
"The Bay" par Metronomy : une pure bénédiction...
Il va falloir compter avec Joseph Patrick Mount, ses chansons suaves, sa voix hésitante et un peu fausse, ses envolées électro toutes en douceur, sa capacité à faire juste un peu dévier la trajectoire parfaite de chacun de ses "OVNIs Pop" pour que la surprise se mêle en juste proportion à la lumineuse évidence d'une belle mélodie un peu simple. Sur le magnifique "The English Riviera", il y a de nombreux grands grands moments de pure extase, mais c'est sans doute ce "The Bay" avec son urgence indolente (eh oui, c'est un nouveau concept, et Joseph Patrick l'a inventé pour nous !). "Because This isn't Paris / This isn't London / And It's not Berlin / And It's not Hong Kong / Not Tokyo... / This is the... BAY !"... Et on s'envole littéralement !
"Come Closer" de Miles Kane
Y a-t-il quelqu'un qui se souvienne en 2011 de Peter Case et de ses merveilleux Plimsouls, auteurs d'un magique "Everywhere At One" et disparus dans l'indifférence générale ? "Come Closer", du brillantissime Miles Kane (ex-Rascals, ex-Last Shadow Puppets) ressuscite en 2 minutes 59 secondes exactement le brio inégalable de cette pop musique intemporelle, qui doit autant aux ancêtres du rockabilly qu'aux inventions mélodiques des early Beatles, le tout passé par l'étape "garage" qui garantit une innocence et une ferveur inégalables... Mais au final, nostalgie des années 60 et de leur innocence éblouissante ou pas, tout ça n'importe que bien peu, tant qu'on a l'ivresse et l'excitation que provoque encore et encore cette musique qui semble éternelle. Classique au bon sens du terme !
Note: J'ai illustré ce post avec une belle photo de Miles prise par mon ami Gilles B. lors de son récent passage à Paris. Qu'il en soit remercié !
Irruption de la réalité : "Je Voudrais" des Têtes Raides
J'aime bien recevoir chaque année ma petite dose de musique qui fait mal : en 2011, ce sont encore mes chères Têtes Raides qui s'y collent, avec l'idée géniale de coller de la musique - de tête, et raide, électrique - sur un message laissé par un SDF sur un répondeur. Comme c'est la une parole - rude, éparpillée, trouble, en dehors de toutes les règles que nous, gens de bien (beuark !) suivons - une parole peu entendue, l'effet est littéralement saisissant : c'est l'irruption d'une réalité sale, cruelle, aveuglante même, dans le monde finalement bien poli de nos rituels rock, qui du coup, ne nous paraissent plus si rebelles que ça... "Je Voudrais" est un morceau impressionnant, tout simplement.
Musique : mon Top 10 de l'année !
Tout le monde le dit, 2010 a vu le grand retour de Arcade Fire, groupe phare de ce début de siècle... et je serai bien le dernier à contredire tout le monde, d'autant que "The Suburbs", pour être un album plus sage, moins renversant que les 2 premiers chefs d'oeuvre du groupe, est une vraie merveille. Cependant, cette année, Arcade Fire a été battu sur le fil (il semble que seul le NME l'ait remarqué, mais bon...) par un groupe dont je n'attendais pas grand chose, et qui a pondu l'oeuvre au noir la plus envoûtante, la plus stimulante de
l'année : These New Puritans, avec leur spectaculaire "Hidden", ont tout simplement laissé loin derrière toute la concurrence !
A l'heure où la critique branchée française ou anglaise, quand elle ne chante pas les louanges de je ne sais quel rappeur qui révolutionnerait paraît-il la "pop", et qui me laisse, moi, complètement froid, s'esbaubit sur Gorillaz (un disque horriblement fade à mon avis), sur le poussif second album de MGMT ou sur le dernier copié-collé de LCD Soundsystem, d'un James Murphy qui n'a pourtant plus rien à dire sauf à plagier les Talking Heads ou David Bowie. J'ai quant à moi préféré choisir le côté de la pop qui flamboie et réjouit (joli effort de Two Door Cinema Club en une année sans un disque de Franz Ferdinand), de la musique qui fait danser et sourire (superbe second essai des brillants Vampire Weekend), de l'ambition mélodique quand elle est teintée de second degré et de satire politique (le brillant dernier album de The Divine Comedy, soit le meilleur de Neil Hannon depuis des lustres...), voire de l'inventivité tout azimuth avec le groupe que je trouve personnellement le plus joyeusement créatif du moment, Yeasayer.
Mais, comme il n'y a quand même pas que la pop dans la vie (même si...), j'ai hurlé en choeur en tendant mon petit poing vers le ciel contre toutes les oppressions avec le très réussi dernier album de Gogol Bordello (leur meilleur et de loin, encore merci, Rick Rubin), avant de rejoindre le dance floor et rêver avec les flamboyants Scissor Sisters d'une époque où Michael Jackson et Price règnaient en maîtres.
Pour finir ce Top 10 (en fait, je ne citerai que 9 albums, cette fois, qui ont été mes préférés), je ne saurai oublier le simplissime, et pourtant incroyablement émouvant, dernier album de Edwyn Collins, qui, "with a little help from his friends", a pondu avec "Losing Sleep" non seulement son plus beau disque "ever", mais nous a donné, en toute humilité, une formidable leçon d'humanité. Un disque chaleureux, qui ranime la flamme punk-new wave de la fin des 70's en la frottant aux doutes et à l'angoisse de l'âge et de la maladie. Ce n'est pas rien.
Quelle belle année musicale !
Photos illustrant cet article : These New Puritans et Edwyn Collins.
Musique - Le top10 (et plus...) de mon ami Gilles B.
Comme vous en avez sans doute un peu marre que je vous impose sur mon blog systématiquement mes goûts musicaux, je ne peux résister au plaisir de vous faire partager - avec son autorisation bein sûr, le Top 10 Musique de mon ami Gilles B., un explorateur courageux de tout ce qui est "nouvelles musiques" :
"Voila un exercice auquel je ne suis pas préparé, mais cette année j’ai décidé de vous proposr une liste de mes « coups de cœurs » discographiques. Tout cela au feeling, sans notation, juste des impressions qui restent dans ma tête.
Tout d’abord un trio de tête qui se détache : vous ne saurez pas surpris si je vous annonce que Arcade Fire et "The Suburbs" se retrouvent sur le haut du panier. Après les avoir vu 6 fois en concert cette année (en compagnie de l’ami JP), je peux vous affirmer que ce troisième album est tout simplement grandiose. Peu ou prou, rien à jeter dans The Suburbs, il n’y a que les pisses vinaigres soit disant spécialistes qui se soient arrêtés au premier album en affirmant que ce n’est plus comme avant etc. etc. Bien au contraire l’exploit des Canadiens est d’avoir une nouvelle fois réussi à sortir un album surprenant : il n'y a pas l’effet de surprise que nous avions ressenti à l’écoute de "Funeral", où là tout était vierge, nous ne connaissions pas encore Arcade Fire... Non, ce nouvel opus est surprenant car différent, et pourtant tellement beau et excitant. Trois albums dont les styles sont complètement dissemblables, et qui pourtant en concert s’enchainent en une osmose parfaite. Arcade Fire est LE groupe de des années 2000 !
Et puis j’ai été plus que séduit par le superbe troisième album des Black Angels, "Phosphene Dream". A leur habituell rock psychédélique, lourd et hypnotique, ils ont su ajouter une touche de fantaisie et une dose de variations dans les compositions, sur des tempos un peu nouveaux, sans jamais renier la lourdeur et le psychédélisme de leurs débuts : un grand album.
En troisième position, un groupe que je chéris, je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs, leurs disques n'étant pas d’un abord très facile, leur leader étant singulier sur scène comme dans la vie (il faut dire que Bradford Cox est atteint d’une maladie orpheline...), mais sur scène c’est tout simplement hypnotique, il faut aller les voir sans préjugés et se laisser entraîner dans leur tourbillon sonore. Car leurs concerts finissent souvent ainsi, et c’est aussi parce que Bradford Cox m’a fait monter deux fois sur scène que j‘ai une pensée particulière pour ce groupe. Et leur dernier opus, "Halcyon Digest", s'il a de quoi dérouter au premier abord, se révèle au final d’une diversité surprenante : le charme opère et l’on ne peux plus s’en passer ! Surtout il y a sur cet album ce qui est pour moi le morceau de l’année : Desire Lines. Ah oui, mes héros s’appellent Deerhunter !
Un peu en retrait mais hautement estimable, une petite flopée d’albums :
- pour commencer Fool’s Gold, un groupe étonnant qui chante en hébreux et qui revisite la musique africaine d’une manière surprenante. Ecoutez Surprise Hotel , c’est surement le second meilleur single de l’année.
- The Soft Pack (qui s’appelait auparavant The Muslims) ont eux revisité le domaine du punk rock agressif, mais avec des mélodies attachantes, j’aime ce groupe sans prétention.
- Yeasayer, je les ai découverts avec leur second album "Odd Blood", et j’avoue qu’il ma fallu pas mal de temps pour entrer dedans, la raison en étant un premier morceau rébarbatif qui me gâchait le reste du disque... Et puis au bout de 5 ou 6 écoutes, ce fut l’accroche soudaine, j’a été pris au piège des voix pures des deux chanteurs et des mélodies enchanteresses du groupe.
- Blue Giant est un groupe inconnu de la plupart d’entre vous, mais si je vous dis Viva Voce et le couple Anita et Kevin Robinson, certains d’entre vous vont tendre l’oreille. Blue Giant, c’est une version plus country-rock de Viva Voce, mais on retrouve ce bonheur simple en les écoutant. C’est inspiré, Anita est toujours divine derrière sa guitare et l’on se laisse vite entrainer vers les contrées du grand ouest.
- Dans un autre style, mais toujours des Américains, le groupe Fresh & Only’s m’a une fois de plus séduit avec un rock psychédélique sous acide, où le coté pop des compositions fait qu'elles vous trottent dans la tête. A écouter en priorité le morceau Tropical Island Suite.
- Comment ne pas citer dans ce « best of » le magnifique album de Mumford & Sons ? Pas grand-chose à dire, il suffit d’écouter. Du folk rock dynamique et tellement jouissif, avec un petit air de Pogues.
- Une autre sortie que j’ai découverte en concert à la Maroquinerie en début d’année, ce fut l’album "Eggs" de Oh No Ono. Avec un chanteur à la voix aigüe surprenante, c’est baroque et un peu psyché, avec une touche de glam, tout le monde n’aime pas, mais moi j’adore !
Pour finir avec quelques autres noms qui ont émergés de cette année 2010, une troisième salve d’albums, eux aussi remarquables mais un petit poil au dessous de ceux précédemment cités (bien sûr tout cela est assez subjectif) :
- tout d’abord la belle surprise du rock français qu'est The Bewitched Hands que j’ai découvert au festival des Inrockuptibles, juste avant LCD Soundsystem. On pense un peu aux New Pornographers, ou encore à Arcade Fire, que du bon, quoi ! Et leur album "Birds & Drums" se révèle remarquable.
- Blood Red Shoes et leur second album "Fire Like This" qui, si il ne compte pas vraiment de morceaux qui sortent du lot, se révèle beaucoup plus uniforme en qualité que leur premier album.
- Beach House, avec à leur tête Victoria Legrand (la nièce de…) ont commis cette année un petit bijou de « dream pop » avec leur "Teen Dream".
- Un groupe hélas trop méconnu qui vient de jeter l’éponge m’a surpris avec leur troisième et à priori dernier album, ce sont les Eighties Matchbox B-Line Disaster : dommage de se séparer dans un anonymat total alors qu’ils venaient de sortir un joli bijou.
- Dans le style bruitiste shoegaze assez extrême et sans concessions, une belle découverte faite une nouvelle fois en concert, c’était au Nouveau Casino et le groupe s’appelle Joensuu 1685.
- Pour finir un joli coup de cœur avec une jeune femme elle aussi pleine de cœur (et tout cela un peu grâce à Livie qui m’avait encouragé à aller la voir), c’est Jeanne Cherhal et son très bel album "Charade", et en plus elle reprend un morceau d’Arcade Fire, alors !
J’allais oublier la belle renaissance d'un groupe que je pensais perdu à tout jamais : Interpol avec leur quatrième album nommé sobrement "Interpol", j’ai retrouvé le goût de les écouter, et leur concert surprise au Trabendo m’a conforté dans ce sens.
Voila mon mini bilan sur cette année 2010 pleine de belles surprises... comme toutes les années d’ailleurs !
Gilles B."
Note : les photos illustrant cet article de Gilles B. sont de bas en haut, celles de Arcade Fire, The Black Angels et Deerhunter, soit son Top 3 !
"Rococo" par Arcade Fire
Au centre du très beau "The Suburbs", il y a un morceau qui brille comme un diamant noir, qui conjugue un hommage inattendu aux Pixies (frôle-t-on pour autant le plagiat, non ?) avec une ambiance Tim Burtonienne, menaçante, hantée et opératique à la fois. "Rococo", tout en restant fidèle au "style" Arcade Fire qui enchante de plus en plus de monde sur cette planète (lyrisme rugueux et mélodies faciles à reprendre tous en choeur), est un pas en avant grâce à sa texture plus riche, moins primitive que celle des grands "hymnes" qui ont révélé le groupe sur "Funeral", sa manière de construire une tension avec une retenue nouvelle pour le groupe, et son texte qui semble s'en prendre avec une froide détermination à la propre génération de Win Butler, ces trentenaires qui ont tendance à utiliser leur propre sophistication intellectuelle comme un passe droit. Beau texte, grande mélodie, et on peut toujours danser dessus les bras levés et les poings serrés. Arcade Fire, donc.
"When Universes Collide", une immense chanson de révolte et d'espoir de Gogol Bordello...
« Two helicopters with machine guns / Over the slums, proudly will glide / So when the universes collide / Son, don’t get caught on the wrong side ».
Faut-il être un émigré ukrainien comme Eugene Hütz - débarqué au Brésil à l’aube de la reconnaissance internationale après des années de galères – et avoir bourlingué à travers toute la planète, pour ainsi saisir la peur et la haine des favelas cariocas ? Pas nécessairement... Mais il faut un vrai talent, presque un certain génie, pour transformer ces chants de révoltes et de détresse en grandes chansons populaires, soulevant l’âme et incitant chacun d’entre nous à retrouver sa fierté. Joe Strummer et Bruce Springsteen ont enfin en 2010 un disciple digne de ce nom.

