"The Wire - Saison 5" : LE chef d'oeuvre absolu de la "série TV moderne"
"The Wire" pourrait bien s'avérer, avec un peu de perspective historique sur notre époque, comme LE chef d'oeuvre de la "série TV moderne", et sa dernière saison l'acmé absolu. En inventant une fiction plus complexe qu'à l'habitude (une mystification qui commence comme un jeu et finit par se retourner de manière particulièrement destructrice contre ses auteurs), David Simon n'a rien perdu de la force hyperréaliste de la grande fresque sur la vie policière et politique de Baltimore : au contraire, en allant jusqu'au bout de la logique de ses personnages englués dans un écheveau étourdissant de mensonges et de jeux politiques - et les pires ne sont bien sûr pas les trafiquants de drogue (il faut voir la minuscule mais aveuglante lumière que sa dernière scène jette sur le personnage le plus antipathique de la série) - Simon et ses scénaristes concluent en beauté une chronique tout-à-fait suffocante de l'impuissance "moderne". Certains, comme dans la vie, s'en tirent mieux que d'autres, sans qu'il n'y ait là-derrière ni justice, ni morale, ni même la moindre logique qui puisse rasséréner le spectateur. Le final de "The Wire" atteint une ampleur, une perfection qui laisse loin derrière la majorité du cinéma actuel, sans pour autant perdre un gramme de sa bouleversante humanité, ni non plus sacrifier aux sirènes de "la forme", du "grand" art : modeste et sobre jusqu'au bout, "The Wire" est l'une des plus brillantes réussites artistique des dernières décennies.
"Fringe - Saison 2" : pas si loin que cela du niveau de "Lost"
La seconde saison de "Fringe" voit l'équipe de J.J. Abrams réaliser un quasi-sans faute, et élever la série pas si loin que cela du niveau de "Lost" : oh bien sûr, il reste encore beaucoup trop d'épisodes "accessoires" décrivant des enquêtes de la brigade sans rapport avec le thème principal de la série, sans parler d'un épisode littéralement atroce en forme de parodie "noire". Et puis on pourra encore et toujours critiquer le manque de cohérence, voire même de simple logique dans l'écheveau de situations que déroule le scénario : inutile donc de s'attendre à une résolution finale satisfaisante... Comme dans "Lost" et "Alias", le plaisir vient plus de l'effet constant de sidération devant l'imagination délirante des scénaristes que du plaisir logique d'une construction rationnelle ! Et puis, il faut souligner la force du trio central de personnages, particulièrement attachants dans leurs rapports complexes et tourmentés, la palme revenant à John Noble pour son interprétation touchante, voire même régulièrement bouleversante d'un scientifique monstrueux et infantile.
"Desperate Housewives - Saison 7" : une série qui s'essouffle avec grâce !
Ce qu'on aime dans cette septième et avant dernière saison de nos chères ménagères désespérées, c'est le retour à une vraie justesse des situations quotidiennes (par exemple la manière dont un couple se désagrège peu à peu, un moment particulièrement fort de cette saison), portée par une interprétation solide, moins dans l'excès que par le passé (Eva Longoria, peut-être pour la première fois vraiment touchante dans son amour pour sa fille perdue ou sa confrontation avec les spectres de son passé). En ce qui concerne l'habituel "thriller" de la saison, il n'est certes pas très convaincant, sans doute parce que Paul Young est un personnage trop déplaisant pour devenir ainsi l'un des pôles de la saison. Néanmoins, force est de reconnaître que le "truc" de l'épisode central qui relance la fiction par le chaos (après le cyclone, l'accident d'avion, c'est cette fois une manifestation qui dégénère, cristallisant les conflits) fonctionne toujours aussi bien, et que, globalement, la saison 7 restera dans nos mémoires comme une bonne saison d'une série qui s'essouffle avec grâce.
"Nip / Tuck - Saison 6" : une ex-grande série finit en désastre total...
Si la saison 5 de "Nip / Tuck" nous avait régulièrement révoltés par sa bêtise et sa complaisance, elle ne faisait que nous préparer au véritable "accident industriel" qu'est cette ultime livraison de ce qui fut, il y a très longtemps, une "grande" série controversée. On démarre avec une demi-saison aussi ridicule que la saison 5, avec son lot de psychopathes féminins (Sean en est toujours la victime), de rebondissements débiles en particulier autour des personnages de Kimber et de Matt - insupportable crétin qui finit de décrédibiliser la saison -, et de provocation bas de gamme. On saute ensuite sans coups férir quelques mois (?) plus tard et les scénaristes s'engagent alors sur un chemin périlleux avec le désir de tout clore sur un épisode 100 qui donnerait aux personnages l'avenir qu'ils "méritent" : malheureusement, entre retour téléphoné d'anciens personnages, flashbacks peu convaincants sur la jeunesse de Sean et Christian, et divagations inutiles sur l'avenir de la chirurgie esthétique, la série perd son dernier atout : son rythme. Quand arrive ENFIN !!! le (médiocre) dernier épisode, on se rend compte que l'on s'est bel et bien mis à détester tout ce cirque futile et incohérent.
"Breaking Bad - Saison 2" : saut qualitatif !
Il y a assurément un saut qualitatif entre la première et la seconde saison de "Breaking Bad" : alors que les premiers épisodes déclinaient de manière artificiellement autiste le programme du concept initial de la série (un professeur au dessus de tous reproches devient un méchant fabricant de drogues dures), on a droit ici à l'exploration de toutes les conséquences probables d'une telle décision. Comme dans "Weeds" - au sujet si semblable - on a droit à toutes les vicissitudes logiques auxquelles s'exposent des trafiquants amateurs, une fois passé l'euphorie des premiers dollars facilement gagnés : cette seconde saison s'apparente donc logiquement à un catalogue de situations sinon extrêmes, du moins douloureuses ou horriblement stressantes, et c'est peut-être là la seule limite d'une série indéniablement très puissante, cette absence d'humour, ou même d'un simple rai de lumière au sein de tant de noirceur. Sinon, il n'y a rien à dire : scénarios implacables, acteurs crédibles, narration au rythme parfait, refus de la moindre facilité pour engendrer ces cliffhangers si typiques de la Série TV, "Breaking Bad" se place dans le peloton de tête des meilleures créations récentes. Jusqu'à la "surprise" du dernier épisode, qui démontre jusqu'à l'absurde que chacun de nos actes - réfléchi ou non - peut avoir des conséquences incalculables.
"Californication - Saison 3" : pas la meilleure saison, mais on reste enchantés...
La 3ème saison de l'adorable série "Californication" pèche un peu trop visiblement par rapport aux deux premières en termes de scénario et de fil conducteur : pas de vraie grande idée ici, le concept de "l'enseignement", a priori pourtant fertile, pourvu qu'on ait envie de réfléchir sur la transmission de l'expérience, est traité avec trop de paresse de la part des scénaristes pour nous convaincre. Pourtant, grâce à d'excellents seconds rôles (Kathleen Turner, renversante ; Rick Springfield, hilarant dans son propre rôle...) et à de beaux pics d'énergie - l'extraordinaire, Blake-edwardsien, "The Apartment" - Californication continue régulièrement à nous enchanter, à nous faire rire, voire même à nous faire verser une petite larme : le dernier épisode, "Mia Culpa" atteint ainsi des sommets inédits (pour une série surtout brillante de par sa légèreté et son cynisme) de désespoir, et clôt la saison avec une noirceur inattendue.
"Fringe - Saison 1" : J.J. Abrams nous refait le coup de "Alias" et de "Lost"...
"Fringe" commence plutôt mal : après un pilot "coup de poing" comme J. J. Abrams a toujours su nous en concocter, "Fringe" accumule les épisodes répétitifs et peu inspirés… jusqu'à ce que la série trouve son rythme et son sujet, quelque part entre "Alias" (prophétie, organisations secrètes et cellule "anti-terroristes") et "Lost" (univers parallèles et brouillage des repères entre "bons" et "méchants"). Comme dans "Alias" et "Lost", on se retrouve captivés, mais c'est certainement autant par les personnages ambigus, complexes, troublés qui sont la marque des bonnes séries modernes que par les scénarios labyrinthiques dont J. J. a le secret (… et dont on sait fort bien désormais qu'ils ne connaîtront aucune résolution satisfaisante !). Notons aussi que les scénaristes de "Fringe" ont été largement puiser leur inspiration chez le Cronenberg des débuts, et qu'une fois encore, on peut faire un parallèle entre le sujet de "Fringe" et le thème de "20th Century Boys". Coïncidences ?
"Lie To Me - Saison 1" : enthousiasme mitigé...
Entre "Dr House" (un personnage central un peu barge mais vraiment génial...) et "The Mentalist" (résoudre les "énigmes" proposées en interprétant le comportement des protagonistes), l'espace de liberté pour créer une autre "grande série" était forcément restreint, et "Lie to Me" échoue largement à combler nos espoirs les plus élémentaires : une grande partie des épisodes est basée sur des scénarios "policiers" assez faiblards qui peinent à nous maintenir éveillés, Tim Roth, un acteur qu'on a connu régulièrement excellent, cabotine au delà du raisonnable, et surtout, le principe même de la "lecture des comportements" est rapidement tellement répétitif qu'il en devient risible. Il faut quand même préciser que, dans la seconde partie de la série, une amélioration notable des scénarios relance l'intérêt, et éveille notre curiosité quant à la saison suivante.
Nip/Tuck - Saison 5 seconde partie : aucune profondeur !
Pas de changement notable dans la seconde partie de cette "scandaleuse" saison 5 de « Nip / Tuck » : surenchère de vulgarité (le grand sujet semble être les opérations de la verge), multiplication des conflits entre les personnages, les cartes de leurs relations semblant sans cesse rebattues en dépit du bon sens, répétition systématique de stimuli bien efficaces et bien basiques (on aura donc droit à « une nouvelle » serial killer, à confirmer dans la 6ème saison !)… On a souvent l'impression que « Nip / Tuck » est devenue le terrain de jeux d'une bande de scénaristes en formation, qui y testent toutes les possibilités sans jamais en exploiter réellement aucune : lorsque Christian Troy affronte lui-même la mort et le bistouri, on en reste par exemple au niveau des clichés - pas toujours drôles, en plus - sans plus atteindre ces moments de vraie profondeur qui sont la marque des bonnes séries TV. Vivement que la saison 6 vienne clôturer tout cela !
Nip/Tuck - Saison 5 Première partie : du grand n'importe quoi, mais toujours sympathique...
J'avais abandonné les héros dépravés de Nip/Tuck quand ils avaient fui à Los Angeles, effrayé que j'étais par l'accumulation de critiques négatives quant à l'évolution de la série. Et de fait, cette première partie de la saison 5, si elle reste toujours aussi addictive - comme une mauvaise drogue pour le coup - est incroyablement outrancière, accumulant de manière ridicule dépravations sexuelles, coups de théâtre spectaculaires, drames passionnels et comportements déviants. Ouf !!! Certains épisodes - comme celui du "reality show" - sont à la limite du regardable, mais le pire est l'impression de n'importe quoi qui se dégage de la plupart des nouveaux thèmes - homosexualité, culte de la personnalité et - L.A. oblige - recherche de la célébrité, post-adolescente dégénérée et criminelle, inceste, drogues, serial killer, etc. N'en jetez plus ! "Nip/Tuck" a définitivement franchi la ligne blanche ! Pourtant, sans vraiment pouvoir le justifier, il me reste un fantastique capital de sympathie envers les Docteurs Troy et McNamara, qui me fera entamer d'ici peu la seconde partie de cette saison. A suivre donc...

