25 novembre 2011

Une soirée au Crazy Horse...

Crazy_Horse_ParisUne soirée au légendaire Crazy Horse, surtout quand elle vous est offerte, cela ne se refuse pas, non ? La réputation des filles du Crazy, toutes jadis calibrées pour atteindre une perfection "clonique" allié au professionnalisme talentueux d'une équipe à l'exigence extrême ont fait la réputation internationale du lieu, et si les choses ont un peu évolué (on admet désormais des corps un peu différents au Crazy), c'est aussi en bien... La plupart des numéros sont d'un modernisme étourdissant, sur tous les points (chorégraphie, mise en scène, sons et lumières, musique), au point que l'érotisme en est réduit à une portion des plus congrues, au grand dam d'une partie du public, la pus beauf, qui se voudrait plutôt dans un strip tease joint de Las Vegas. Il faut donc passer outre les mafieux russes déplaisants, les Japonais éméchés, les enterrements de vie de garçon, oublier les beuglements inappropriés, les commentaires stupides, pour pouvoir se concentrer sur la magie des meilleurs numéros ("red shoes" - malgré une défaillance de la "machine à infra-rouges", upside down" et son miroir magique, le strip tease pur et dur de "Crisis", et tant d'autres). La beauté de la plupart des scènes et les exploits techniques qui les soutiennent justifient pleinement la soirée, en tout cas plus que les tour de magie punks d'Otto, le champagne médiocre ou encore les sièges inconfortables près du bar.

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31 mai 2011

Flamenco à Madrid : le "Corral de la Moreria"

Corral_de_la_MoreriaAuto-proclamé "le Tablao Flamenco" le plus célèbre du monde", le Corral de la Moreria mérite certainement la visite de tous les amateurs de VRAI flamenco. On passera sur le système de réservation par Internet qui a des ratés (confusion à l'entrée), sur la mini escroquerie qui consiste à offrir (pour 40 Euros...) des billets sans repas qui vous condamnent aux pires places au fond de la salle, sur le démarrage du spectacle 15 minutes avant l'heure ce qui fait manquer aux retardataires le début, et sur l'acoustique de la salle, pauvre, qui nous prive de bien des subtilités musicales... On parlera plutôt de l'excellence de ce flamenco dansé alternativement par Adrian Sánchez - très impressionnant, d'ailleurs, je crois que préfère personnellement le flamenco quand il est dansé par des hommes, qui en expriment souvent mieux la force sensuelle et la brutalité primitive - et par Belén Lopez, "phénomène" indiscutable avec son image de femme vénéneuse. Et quand, à la fin des 90 minutes impeccables de ce spectacle, apparaît au milieu du tableau final ("el Fin de Fiesta" rituel) une gitane qu'on n'avait pas forcément repérée au sein du groupe de danseurs, et qui en trois pas, met le feu à la salle, on se dit que, oui, le Flamenco, même si loin de la chaude Andalousie, réserve bien des moments magiques.

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11 juin 2010

Le flamenco dans les "cuevas" de Sacromonte (Grenade), un piège à touristes ?

2010_06_Grenade_FlamencoNon, non, je ne suis pas un expert en Flamenco (pas encore...), mais j'ai littéralement souffert l'autre soir dans l'une des "cuevas" de Sacromonte - au dessus de Grenade - devant l'un de ces spectacles pour touristes (un car de Portugais pour notre show, des Japonais en lot de 30 pour le suivant !) que l'on nous vend allègrement comme faisant partie du patrimoine de la belle ville andalouse... Bon, je comprends bien que le flamenco "gitan" tel qu'il se pratique depuis des générations ici ne devrait pas être comparé au meilleur flamenco espagnol d'aujouird'hui, mais j'ai été assez acablé par la vulgarité du spctacle, qui me paraissait confondre sensualité, avec provocation et démagogie (chercher à tout prix une réaction facile d'un public de toute manière "captif", à coups de tours de force...). Je ne dirai certainement pas que les danseurs que j'ai vus soient dénués de talent, certains passages étaient, comme toujours, littéralement impressionnants, et la dernière danseuse était frappante de par sa typique beauté "gitane"... mais quelque chose là dedans m'a paru en permanence outré, forcé, comme si un pas de trop faisait passer le flamenco de la beauté à la laideur. En plus, il faut bien dire que la disposition de la salle dans laquelle on entasse le touriste comme du bétail nous prive de la vue des jambes et des pieds des danseurs, ce qui est quand même une véritable hérésie quand il s'agit de montrer du flamenco, non ?

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08 juin 2010

Beauté de la corrida (Fiesta de Grenade)

2010_06_Grenade_036Si ma redécouverte de la corrida à Madrid avait été un tant soit peu décevante, du fait du niveau moyen des toreros comme des taureaux, ce week-end dernier à Grenade, à l'occasion de la grande fête annuelle de la ville (c'était le pont du Corpus Christi à travers toute l'Espagne...) m'a permis de voir combien la tauromachie pouvait être un Art sublime, conjuguant perfection technique, beauté des gestes et des trajectoires, et excitation.

N'ayant pas en main les instruments critiques complexes qui me permettraient de parler intelligemment de cet Art-là, qui est d'ailleurs un rien abscons (d'où l'incompréhension qu'il provoque chez les bien pensants et politiquement corrects qui s'indignent avec une bêtise crasse du "mal" fait aux "pauvres" animaux...), je me contenterai d'évoquer ici l'enthousiasme que j'ai ressenti durant les deux performances flamboyantes de El Fandi, DAVID FANDILA MARÍN, torero de 29 ans originaire - justement - de Grenade, qui a enthousiasmé sa ville, et m'a ému par moments jusqu'aux larmes. Oui, n'étant pas (encore) aficionado, je n'ai pu que m'émerveiller devant la beauté de l'enchaînement des passes, de ces moments suspendus où le taureau lui-même, comme hypnotisé par le torero, danse littéralement autour de lui et avec lui. Surtout, surtout, El Fandi a été littéralement flamboyant, affrontant ses deux taureaux pour la première fois à genoux, alors que l'animal a encore toute sa force et est une pure machine à tuer (si vous ne le croyez pas, revoyez sur le net les vidéos hallucinantes de l'accident survenu à Julio Aparecido il y a deux 2010_06_Grenade_041semaines !). El Fandi a écarté ses assistants pour planter lui-même toutes ses banderilles (je ne savais même pas que l'on pouvait ainsi changer les règles de la corrida !), nous offrant par deux fois une scène hallucinante : poursuivi par l'animal fulminant, il se retourne, et contrôle puis stoppe la charge de cette demi tonne de haine en posant la paume de sa main sur le front de la bête ! Il fallait voir el Fandi aussi, au moment critique où l'animal meurt, transpercé par l'épée parfaitement enfilée au point exact où elle doit entrer, oui à ce moment "difficile" (pour tous) où il est prudent de contrôler tous les mouvements autour du monstre agonisant, caresser tendrement le flanc de son adversaire et retirer lui-même l'épée, sans l'aide d'aucun instrument qui lui aurait permis du recul, mettant ainsi plus rapidement un terme aux souffrances du taureau.

2010_06_Grenade_044Oui, pour moi qui n'y connais pas grand chose, j'ai eu le sentiment d'assister à quelque chose de parfait : bon, le président de la corrida a été sévère, les deux oreilles n'ont pas été attribuées la seconde fois à El Fandi, mais l'arène de Grenade était debout et vibrait d'enthousiasme, et le fils du pays a fait battre plus vite le coeur de tous. Et les belles andalouses avaient le rouge aux joues en lui jetant mouchoirs et foulards. Olé !

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13 mai 2010

Ma première corrida madrilène

2010_05__Plaza_de_Ventas_025Cela faisait plus de 20 ans que je n'avais pas assisté à une corrida, c'était à la Feria de Séville et j'en avais gardé un souvenir émerveillé : sans tomber dans l'imagerie à la HemingwayHemingway, il y avait quelque chose de bouleversant dans ces rituels somptueux qui m'avait enthousiasmé.

Mai 2010, la saison des corridas a repris à Madrid, et mon assistante Silvia étant une véritable aficionada, il était normal qu'elle nous emmène avec ma petite équipe voir notre "première corida" à la Plaza de Ventas de Madrid, soit quant même le lieu le plus important de la tauromachie mondiale. Le problème est évidemment de trouver des tickers, les "abonos" mobilisant une grande partie de l'arène (20.000 places environ, me semble-t-il..), et nous avons fini par trouver quelques sièges à un évènement plus mineur : il était clair a priori que nous n'aurions a priori droit ni à de grands toreadors, ni à d'excellents toros.

2010_05__Plaza_de_Ventas_028Cela n'empêche pas l'arène d'être archi-bondé (on est très empilés les uns sur les autres, et ça festoie abondamment partout, en famille) : la tribune 7, la fameuse tribune 7 où sont les véritables aficionados, est évidemment pleine (elle l'est toujours), et on se rend compte au fil des 6 corridas (3 toreros, 2 taureaux chacun) à quel oint son influence sur le déroulement de l'évènement est important, le maître de la corrida prenant même sans doute en compte les réactions de ce public exigeant pour ses décisions.

Autant l'admettre tout de suite, cette corrida aura été mauvaise, avec 4 toros particulièrement faibles (Silvia nous dit : "celui-là, il a une trop petite tète, une tête de fourmi !". Euh... Ah bon ?) et deux toreros qui ont frölé le ridicule (le pire amusait le toro avec sa muleta sans un seul geste élégant, laid, très laid), sans parler d'un banderillero, sans doute atteint par la limite d'âge, qui a systématiquement loupé de manière presque clownesque tous ses plantages de banderilles. Le seul vrai intérêt de la soirée fut 2010_05__Plaza_de_Ventas_032un jeune torero mexicain qui recevait officiellement ce soir son titre de "maître" et qui a donné un beau spectacle (on entendait des "Viva Mexico" autour de nous à son deuxième taureau...), mais qui a pris des risques exagérés et un peu stupides (les aficionados n'ont pas aimé, apparemment, ça ne se fait pas avec ce style "tête brûlée") jusqu'à se faire renverser deux fois et même piétiné. Moi, j'ai trouvé personnellement qu'il faut en avoir quand même pour revenir affronter le monstre une fois qu'on a été sévèrement chahuté !2010_05__Plaza_de_Ventas_041 A noter aussi la mise à mort de son premier toro par le jeune mexicain qui, bien que bien exécutée, a générée des flot de sang jaillissant de la gueule de l'animal : un moment qui n'était pas fait pour les plus faibles d'entre nous...

Bon, on a commencé à comprendre un peu les règles et les rituels, à vibrer avec la foule et on se dit qu'on reviendra un meilleur jour, parce que ce soir ni la tension ni la grâce n'étaient vraiment là.

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25 mars 2010

Flamenco

<p><p>El Arenal - Sevilla</p></p>

2010_03_Seville_088Parmi les nombreuses théories dont je rebats les oreilles de tous ceux qui ont le malheur de m'écouter,  il y en a une qui voudrait qu'il y ait une qualité absolue dans l'Art, et non pas seulement des opinions subjectives et toutes acceptables, comme il est souvent de bon ton de le dire, dans un esprit de tolérance qui n'est que du "politically correct". Par exemple, Ford ou Mizoguchi, c'est génial, et c'est tout, et ce n'est pas une question de "goûts", et n'importe qui peut le "voir".

Je suis donc assis dans ce "tablao" réputé de Seville - pour touristes - en train d'assister à un spectacle de flamenco, et de m'ennuyer - un peu - poliment devant des numéros convenus : les chanteurs hurlent, les danseurs frappent du talon, les guitaristes guitarent, on est dans le cliché sympathique mais relativement anodin. Les danseuses et danseurs se succèdent, et on applaudit leur "performance" en savourant une excellente sangria. Et puis surgit un danseur, et d'un coup, sans qu'on sache l'expliquer, vu qu'on ne connaît absolument RIEN au Flamenco, qu'on n'aime 2010_03_Seville_078même pas particulièrement ça si l'on est honnête... quelque chose se passe devant vos yeux, quelque chose est LA sur scène : le temps suspend son vol - cliché, mais quand même... -, on retient son souffle, on a les yeux écarquillés. Pendant 10 minutes, on fait l'expérience de la Beauté, de l'Art dans son évidence la plus totale : gestes sublimes, arrogance majestueuse, rythmes fous, tourbillons épuisants, le flamenco a pris vie, il fait enfin sens au milieu du triste commerce touristique. A la fin, tout le monde dans la salle du tablao crie fort et applaudit : l'expérience a été absolument partagée.

Peu importe si, ensuite, on retombe doucement dans le folklore, avec les belles robes andalouses virevoltantes et le cliquetis des castagnettes, on a été saisis.

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29 décembre 2009

María Pagés - Autoretrato (Matadero - Madrid)

matadero_madrid_0Il faut d'abord parler de ce lieu très impressionnant qu'est le "Matadero" de Madrid, ancien abattoir reconverti avec brio par la mairie de Madrid en centre de création artistique : le mélange de décrépitude (a priori soigneusement conservée) et de constructions modernes (acier, verre, carton) est particulièrement réussi esthétiquement, tandis que les espaces dédiés aux expositions ou aux spectacles - comme le petit théâtre Naves del Español où se tenait la dernière du spectacle de María Pagés - paraissent remarquablement spacieux et bien conçus. Un exemple architectural et créatif pour bien des villes, à mon (humble) avis...

Bon, pourquoi María Pagés, me direz-vous ? Eh bien d'abord, tout simplement, parce qu'on ne peut pas comprendre la culture espagnole sans passer un moment ou un autre par le flamenco, et que le spectacle de María Pagés (cet "autoportrait" qui a déjà couru le monde...) est parmi ce qui se fait de mieux dans le genre (... même si je Maria_Pag_s_1suis sûr que des amis espagnols me trouveraient plein d'autres artistes moins... "évidents" et plus "roots") : révélée au reste du monde par Carlos Saura (dans son film "Flamenco"), cette quadragénaire andalouse est une chorégraphe moderne et une danseuse remarquable, et nous offre la possibilité d'approcher le flamenco d'une manière qui ne soit ni folklorique (je pense à ces horribles spectacles en Andalousie inclus dans les packages de voyages organisés... brrr !) ni trop absconse. La mise en scène "moderne" (lumières, miroirs mobiles, apparitions / disparitions des musiciens et danseurs) rend en effet le spectacle accessible - spectaculaire - même à ceux qui ne comprennent (encore) rien au flamenco. Instinctivement, on saisit ce qui vient de la tradition andalouse (ces musiciens et ces hommes qui claquent dans leurs mains et exhortent les danseurs, assemblés sur scène comme sur la place d'un village andalou ; ces histoires qu'on sent terribles d'amours maudits, de haines ancestrales et de désirs violents ; ce chant impressionnant, rude et parfois agressif à certaines oreilles, qui rencontre si souvent la musique arabe), et ce qui est sublimé par la modernité (le travail sur une sorte de hiératisme contemporain, via Maria_Pag_s_2l'obscurité et la lumière).

Bon, on ne comprend pas grand chose aux paroles des chansons (en andalou a priori, sauf lorsqu'à un moment, un beau poème en portugais tome du ciel), donc on ne saisit pas bien ce que tout cela a d'un autoportrait. Il y a aussi quelques moments un peu répétitifs, et longuets sur une heure vingt cinq d'une performance ininterrompue, très physique et la plupart du temps très intense. Les costumes ne nous ont pas paru toujours remarquables, avec des choix de couleurs ternes et peu attrayantes... Mais, mis à part ces quelques réserves - qui n'en sont pas vraiment - cet "Autoportrait" contient suffisamment de passages enthousiasmants (j'adore quand les "olés" fusent spontanément du public !) et de moments étonannts pour ravir qui que ce soit, et même les novices et incultes comme nous.

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