28 novembre 2011
"La Forêt des Manes" de Jean-Christophe Grangé : n'importe quoi, mais ça marche encore (un peu...)
Inutile de le nier, passés les deux premiers romans ("le Vol des Cigognes" et "les Rivières Pourpres", saisissants), la production stakhanoviste de Grangé a irrémédiablement décliné. Certains présentent cette "Forêt des Mânes" comme le nadir absolu de cette trajectoire, à cause de l'aspect délirant de l'intrigue accumulant les invraisemblances, du personnage principal absurde, et du style baroque de Grangé. Tout cela est vrai, mais les excès de sang et de violence (on sait maintenant que le groupe favori de Grangé, euh non, de son héroïne est Nine Inch Nails, et on comprend mieux !) m'ont cette fois paru un peu moins déplaisants qu'à l'habitude, et j'avoue avoir savouré la dernière partie en forme de road movie halluciné en Amérique Centrale et en Argentine : entre les 100 premières pages, comme toujours chez Grangé, prenantes, et ce final digne du "Aguirre" de Herzog, j'ai trouvé dans ¨la Forêt des Mânes" de quoi nourrir mon imagination. Et puis, finalement, quand on ouvre un bouquin de Grangé, on sait bien à quoi s'attendre : pas de quoi crier au scandale, donc !
18 septembre 2010
"Miserere" de Christophe Grangé : mais pourquoi donc continue-t-on à le lire ?
Je dois avouer que les précédents Grangé avaient épuisé ma patience, à force d'intrigues surréalistes et de scènes d'horreur difficilement supportables : la fascination "intellectuelle" pour le "Mal" de notre seul vrai auteur français de thrillers grand public dissimulait de plus en plus mal une grande complaisance envers des scènes sadiques difficilement justifiables. Quand "Misere" commence, on se dit qu'on tient peut-être là un digne successeur du "Vol des Cigognes" ou des "Rivières Pourpres", tant la concordance d'un polar bien ficelé mené par deux flics borderline (comme Grangé sait si bien les inventer) avec un thème passionnant (le lien entre le nazisme et la dictature de Pinochet) fonctionne parfaitement... Et puis, et puis, voilà qu'aux trois quarts du livre, tout se met à patiner, entre une intrigue téléphonée et prévisible, et le retour pour le moins désagréable de scènes insoutenables, pas vraiment nécessaires au récit. Et comme les dernières 50 pages - et la fin abrupte - manquent totalement de consistance, voire d'intérêt, on est en droit de se demander quelle mouche a piqué Grangé de saboter ainsi un livre qui aurait pu figurer parmi ses meilleurs...
13 mars 2009
"Le Serment des Limbes" de Jean-Christophe Grangé
Lire un bouquin de Grangé, avec ses montées en puissance hystériques et ses
descentes en vrille dans les enfers vaguement grotesques de la psyché humaine,
c'est un peu comme écouter un groupe de death metal un peu inspiré. Ça
impressionne et ça fatigue aussi. Et dès le cinquième morceau, on a compris comment
tout cela est construit, l'excitation de la première surprise peut faire place,
soit à l'ennui vaguement écoeuré (tout cela est vraiment de mauvais goût,
décidément !), soit au plaisir un tantinet masochiste de l'attraction foraine
déjantée. "Le Serment des Limbes" partage donc avec le hard le plus basique sa
fascination pour le diable, et avec Ric Hochet (je rigole, mais pas tant que ça,
on nage ici dans la BD au sens le plus régressif du terme) le projet finalement
assez foireux de jouer à fond le plan du surnaturel pour nous révéler à la fin
que tout cela n'était qu'illusion (ah bon ? Nooooon !). On a cette fois une
bonne longueur d'avance sur le héros un peu lourd de Grangé, et on comprend les
tenants et aboutissants de tout cela une cinquantaine de page avant lui, ce qui
est bon pour notre ego, mais pas pour le fonctionnement d'un bon polar. Bon,
reconnaissons que Grangé a un style plus ambitieux que ses équivalents
anglo-saxons, comme s'il restait en lui un vague désir de faire de la
littérature plutôt que simplement gagner beaucoup d'argent... Et aussi qu'il
y a au moins dans ses polars une ouverture au monde (ici le Rwanda) qui nous
change des éternels traumas familiaux chers au polar de gare anglo-saxon (même si...).

