29 novembre 2011
"Valerian Vu Par Larcenet : "L'Armure du Jakolass" : une franche réussite...
Jusqu'à présent, hormis l'excellent travail d'Emile Bravo pour Spirou, la reprise de personnages iconiques de la BD Franco-belge par d'autres artistes n'a engendré que des déceptions : célébrons donc le mini-coup de maître de Larcenet, qui confronte sans complexes son univers (le café de chez Francisque, la médiocrité moderne, diluée dans une tendresse désespérée qui rachète toutes les bassesses humaines) avec celui de Valérian (foisonnement de races dans un melting pot délirant). Le résultat est un vrai album de "Valérian", pas si loin que cela des meilleurs de l'époque de l'âge d'or, et en même temps, une histoire 100% politico-sociale à la Larcenet (illusions et désillusions, mais sans aucun cynisme, découverte du potentiel de ceux qui n'ont plus rien, etc.). Si "L'armure du Jakolass" est un simple divertissement sympathique - esthétiquement remarquable, il faut le souligner -, c'est aussi un exemple étonnant de synthèse de deux styles a priori incompatibles.
05 septembre 2011
"Blast - Tome 2 : L'apocalypse selon Saint Jacky" de Manu Larcenet
On attaque ce deuxième tome de "Blast" avec pas mal de réticences, tant les premières pages sont dans la continuation du premier tome, et tant Larcenet semble tourner en rond dans la noirceur absolue de son récit. Pour tout dire, malgré le travail graphique toujours remarquable, on s'ennuie un peu... Et puis, à partir de la rencontre avec Jacky, la narration s'intensifie de nouveau, les sensations se font plus brutales, et nous voilà happés de nouveau par la "magie noire" de "Blast", jusqu'à la conclusion quasi-haletante de ce deuxième volume (bon, c'est un thriller métaphysique, mais c'est quand même une sorte de thriller, non ?). Ah oui, signalons aussi les pages sur le concert de rock sont tout simplement exceptionnelles, dans leur expression parfaite de ce qu'est la force de la musique.
06 avril 2010
La déflagration "Blast" de Manu Larcenet
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Il est assez passionnant de suivre la trajectoire de Larcenet, de l'humour décalé de ses premières œuvres à la noirceur absolue de ce "Blast", qui combine un travail formel remarquable (certaines pages frôlent le sublime) et un scénario au nihilisme beaucoup plus radical que ce à quoi Larcenet nous avait habitué dans ses précédentes œuvres "sérieuses". Ce serait d'ailleurs le seul léger reproche que je ferais à "Blast", que ce goût bien dans l'air du temps pour un récit de haine et de dégoût de soi ("Tu détesteras ton prochain comme toi-même,... ça a certes moins de panache, mais ça a le mérite d'être réalisable"), mais je fais confiance à Larcenet pour éviter la complaisance dans le sordide (le défaut rédhibitoire de son "Chez Francisque") et nous emmener loin, loin, portés par l'onde de choc de son "Blast".
29 décembre 2008
"Les Révolutions" - Le Retour à la Terre s'embourbe !
Il y a une idée amusante dans ce 5ème tome du "Retour à la Terre" de Manu, c'est l'introduction d'une mise en abîme du récit, Manu (Larcenet) et son scénariste (Ferri) y apparaissant clairement comme travaillant ensemble sur cette BD, tout en se posant la question de la confusion créée dans l'esprit du lecteur : est-ce que le Manu du "Retour à la Terre" est le vrai Larcenet, ou non ? De la même manière, l'apparition régulière des Atalantes (style créatures du lagon noire) dans les mares et rivières de la région introduit un élément de fantastique décalé bien vu, soulignant la liberté de l'artiste par rapport à ce qui apparaît finalement trop, à la longue, comme une chronique un tantinet facile (j'ai lu quelque part le mot "poujadiste", c'est injuste pour Larcenet, mais je peux comprendre d'où vient cette impression) des idiosyncraties de la France profonde. En tout cas, même si l'on sourit encore largement à la lecture des "Révolutions", il faut admettre qu'on arrive un peu aux limites de l'idée sur laquelle la série a été construite. Attention au tome suivant !
11 mars 2008
"Planter des Clous", l'épilogue au Combat Ordinaire : continuer à avancer...
Le 4ème (et dernier) tome de ce "Combat Ordinaire" tant unanimement célébré se positionne clairement comme une sorte de postface au long récit qui l'a précédé (les 3 premiers tomes). De manière pas si courante en BD, Larcenet a laissé le temps s'écouler dans la vie de ses "héros", et, naturellement, la "fin de l'histoire" est advenue, et tous les jeux sont désormais joués : Marco est devenu père, et plutôt bon père, et on sent que, avec les kilos en plus, quelque chose comme de la sérénité est apparu en lui ; les chantiers navals sont cette fois bel et bien condamnés, et les combats politiques n'ont plus guère de sens - pire, alors que Sarko est élu (saisissant effet de proximité que ce soir d'élection où l'on contemple l'horreur du futur au milieu des cris de joie des imbéciles), les convictions sont-elles encore souhaitables ? Le voisin est mort sans qu'on s'en aperçoive... Le combat continue, mais quelque chose s'est passé chez Manu Larcenet, pardon, chez Marco, que l'on qualifiera un peu facilement de maturité, et qui oscille entre résignation et goût pour le bonheur le plus simple. Alors, "Planter des Clous", qui, comme les gens heureux - ou résignés - n'a pas d'histoire, oscille lui entre peinture flottante de micro-évènements (l'émerveillement devant son enfant, finalement le meilleur du livre) et ressassement quasi-terminal de désillusions : il n'est pas sûr que le long monologue dans l'obscurité - 6 pages quand même ! -, aussi pertinent soit-il dans sa manière de refermer toutes les portes de nos illusions politiques, soit ce que le livre a de plus intéressant. Pour finir, laissons la parole à la maman de Marco, un jour où elle était, elle, d'humeur particulièrement combattive (page 24, magnifique !) : "(les racines), c'est rien d'autre que la glorification de la tradition imbécile ! Ça nous cloue au sol... Ça nous empêche d'avancer... Les racines, c'est bon pour les ficus !"... Son "Combat Ordinaire" ainsi bouclé, on souhaite à Manu Larcenet de continuer à avancer !
09 avril 2007
La France a Peur... et moi aussi !
Le deuxième tome des hilarantes aventures du grand héros BD du 9-3, Nic Oumouk, arrive à point nommé : au milieu d'une campagne électorale dominée par le sinistre Sarkozy, on a envie d'en rendre la lecture obligatoire dans les lycées de France, tant Larcenet, avec son bon sens "terrien" habituel, déploie un talent unique pour décrypter la situation politique et sociale, et en pointer ces aberrations dont les politiques font leurs choux gras. "La France a Peur" - quel titre ! Rien que pour cela, merci, Manu ! - fait se rencontrer les émeutes des banlieues avec les crispations de la France rurale, comme si l'impayable Nic Oumouk faisait son "Retour à la Terre" : il est certes facile d'imaginer l'accumulation de gags qui s'ensuivent, mais Larcenet prend magistralement son public à rebours en introduisant dans les 15 dernières pages un retournement de situation et de thème assez stupéfiant. Ce faisant, il pointe le doigt avec son habituelle nonchalance sur les véritables menaces qui pèsent sur notre avenir, qui ne sont bien sûr pas celles nourrissant les discours fascistes des Sarkozy et autres Le Pen.

