30 novembre 2011
Séance de rattrapage : "Car 2" ou la chute de la maison Pixar...
On le redoutait depuis des années, ce moment où l'apparente infaillibilité de la maison Pixar s'effondrerait, où Lasseter ne pourrait plus être considéré comme le génie moderne du dessin animé à qui tout réussit... Alors nous y voilà, avec ce "Cars 2", qui va au delà de nos pires cauchemars, à dire vrai : une horrible daube, un navet laid, stupide et mortellement ennuyeux, qui semblerait sorti de l'un de ces studios de seconde zone qui tentent régulièrement leur chance dans l'animation, si la perfection stupéfiante de l'image ne venait confirmer que, oui, on est bien chez Pixar ! On cherchera en vain une idée amusante, un trait d'humour qui puisse nous arracher un sourire, un élément de logique au sein d'un scénario écolo-james bondien ridicule. Mais le pire de "Cars 2", c'est cette incompréhension fondamentale des mécanismes de l'action et du suspense que le film trahit : quand toutes les règles "naturelles" de mouvements, de pesanteur, sont abolies (les voitures peuvent à peu près faire n'importe quoi, voler, nager, sauter, etc.), il ne subsiste plus aucun repère auquel rattacher notre croyance, et les scènes s'enchaînent alors sans laisser la moindre trace en nous, pauvres spectateurs éberlués - et furieux - devant tant de vacuité.
26 juillet 2010
"Toy Story 3" : l'un des tous meilleurs Pixar ? Le meilleur ?
"Pixar Did It Again !" : avec leur habituelle efficacité, les critiques américaines nous ont dit tout ce qu'on pouvait dire sur le dernier chef d'oeuvre de Lasseter & Co, et on reste tous un peu éberlués par la capacité des studios à attendre (presque) à chaque fois les sommets du cinéma : humour joyeux, sans trace de l'atroce second degré des concurrents, sentiments puissants mais jamais mièvres (voyez l'extraordinaire moment dans la déchetterie, difficile de faire plus simplement bouleversant cette année…), sens du romanesque, inventivité de l'action (magnifiquement "mise en scène", à la fois trépidante et ô combien plus lisible et efficace que dans 99% des films hollywoodiens), perfection technique - on ne le mentionne même plus, sauf que cette fois, l'expressivité des visages est merveilleuse -, et puis, en supplément, cette vraie profondeur d'un regard lucide mais tendre sur la vie, sur le temps qui passe et qu'on ne peut pas rattraper. Encore un pur chef d'oeuvre !
04 août 2009
"Là-Haut", le dernier Pixar : pas si haut que ça, cette fois !
"Là-haut" est un drôle de film, aussi passionnant de par ses choix finalement assez radicaux (la tristesse et l'amertume comme ambiance principale, un vieillard et un gosse obèse comme héros, un véritable "héros" comme vilain) qu'imparfait, du fait d'une sorte d'indécision qui flotte sur la majorité des scènes : gags jamais tout-à-fait drôles mais invariablement malins (l'improbable meute de chiens...), suspense et action jamais aussi frénétiques et emballants qu'ils ne devraient l'être... On est loin d'un effet de "machine", on est plutôt dans un film "entre deux", certainement un vrai film d'auteur (il faudra suivre Peter Docter, donc...). Même si l'on peut - comme certains critiques - considérer que "Là Haut" est la première preuve de l'influence du géant Miyazaki sur l'animation US (machines volantes et fiction ambigüe et éthérée), on préférera noter la très américaine volonté de faire du film une intelligente leçon de vie : les rêves ne sont pas forcément faits pour être réalisés ("Et maintenant ?" Se demande-t-on invariablement quand on a posé sa maison au sommet des chutes...), et il faut certainement se débarrasser de tout ce qui nous leste - choses, mais aussi souvenirs - pour être capable de vivre. Pas si bête et trivial que ça, mais pas non plus digne des sommets d'intelligence déployés par la maison Pixar dans ses précédents chefs d'oeuvre !
06 mai 2009
Retour de flamme : revoir "Cars" de John Lasseter
Revoir "Cars" permet de prendre du recul par rapport à notre - relative - déception lors de sa découverte il y a 3 ans (déjà !). Si l'on avait été alors surpris par le simplisme d'un scénario pourtant personnel et cher à Lasseter - qui avait pour l'occasion repris son costume de réalisateur -, on comprend mieux, à froid, ce qui sous-tend ce poème nostalgique et parfois même inspiré à une Amérique désormais disparue (malgré le happy end, dont on sent bien combien il est fragile, et tient plus du vœux pieux que du souci hollywoodien de réconcilier in fine l'irréconciliable…) : un amour absolu pour l'essence de la nation américaine, cette combinaison des grands espaces (paysages splendidement réinventés par la 3-D) et du sens de la communauté, nécessaire à la survie face à l'hostilité du monde, une alchimie désormais mise à mal, sinon défaite par le capitalisme et son individualisme forcené. Film 100% américain, sorte de post-western, qui n'est pas fait pour nous, "Cars" est profondément émouvant.
09 août 2008
"Wall-E" : Pixar au sommet, et nous aux anges ! Quelle claque ! Quel film !
On l'espérait sans vouloir y croire, surtout depuis l'absorption de Pixar au sein du concurrent Disney, et le relatif affadissement conceptuel constaté depuis deux films, et nous y voilà : Lasseter & Co ont fini par réaliser le chef d'oeuvre dont ils étaient capables. "Wall-E" est un rêve de film - même s'il s'agit d'un rêve éprouvant, voire même d'un cauchemar pour peu qu'on soit sensible aux thèmes écologiques qui le fondent -, réunissant à la fois le Kubrick de "2001" et le Chaplin des "Temps Modernes" dans une oeuvre phare, éblouissante formellement (une image "photo-réaliste" à la beauté stupéfiante) autant que foisonnante thématiquement. Après 30 minutes de solitude muette du robot Wall-E sur une terre dévastée, qui sont à date les 30 minutes de cinéma les plus fortes vues cette année, on enchaîne par une histoire d'amour enchantée, puis on retrouve la folie Pixar fonctionnant à plein dans l'époustouflante seconde partie, qui propose une telle avalanche d'idées brillantes, une telle complexité qu'on se dit que comprendre et savourer ce chef d'oeuvre absolu va nous demander de nombreuses visions...
17 août 2007
"Ratatouille" de Brad Bird
Si la forte personnalité de Brad Bird est de nouveau visible dans ce "Ratatouille" qu'il a "récupéré et sauvé", parait-il, l'entraînant loin des concepts ludiques chers à Lasseter, si quelque chose de Disney commence à contaminer l'univers Pixar (disons la certitude que le futur appartient aux audacieux, et que la famille est tout), "Ratatouille" reste un absolu enchantement, un pur instrument de bonheur comme le cinéma moderne en fabrique de moins en moins. Grâce de l'animation, enterrant une fois de plus la concurrence, ridiculisée, élégance du graphisme, complexité des personnages, vitalité du scénario, sans parler - n'en déplaise aux critiques très anti-américaines que l'on a pu lire ça et là - d'une vraie compréhension de ce qui fait la "grande cuisine", c'est-à-dire cette recherche obsessionnelle de l'exactitude du goût, comme peu de films (aucun film ?) à date ne l'ont montrée. La scène quasi finale "de la ratatouille" est bouleversante, qui touchera au coeur quiconque a déjà pleuré devant la perfection d'un plat préparé par un vrai artiste. Merci, Pixar !

