28 novembre 2011
"La Forêt des Manes" de Jean-Christophe Grangé : n'importe quoi, mais ça marche encore (un peu...)
Inutile de le nier, passés les deux premiers romans ("le Vol des Cigognes" et "les Rivières Pourpres", saisissants), la production stakhanoviste de Grangé a irrémédiablement décliné. Certains présentent cette "Forêt des Mânes" comme le nadir absolu de cette trajectoire, à cause de l'aspect délirant de l'intrigue accumulant les invraisemblances, du personnage principal absurde, et du style baroque de Grangé. Tout cela est vrai, mais les excès de sang et de violence (on sait maintenant que le groupe favori de Grangé, euh non, de son héroïne est Nine Inch Nails, et on comprend mieux !) m'ont cette fois paru un peu moins déplaisants qu'à l'habitude, et j'avoue avoir savouré la dernière partie en forme de road movie halluciné en Amérique Centrale et en Argentine : entre les 100 premières pages, comme toujours chez Grangé, prenantes, et ce final digne du "Aguirre" de Herzog, j'ai trouvé dans ¨la Forêt des Mânes" de quoi nourrir mon imagination. Et puis, finalement, quand on ouvre un bouquin de Grangé, on sait bien à quoi s'attendre : pas de quoi crier au scandale, donc !
17 octobre 2011
"L'épouvantail" de Michael Connelly : retour en forme ?
"L'épouvantail" débute de manière absolument passionnante, annonçant un superbe retour en forme de notre cher Connelly - après une série de livres qui le montraient en claire voie de rétablissement : en s'intéressant à la prise de pouvoir sur la réalité de l'informatique, en introduisant d'inquiétants personnages de hackers, Connelly renouvelle habilement son univers habituel de serial killers, de journalistes cyniques et de flics obstinés. Et puis, à mi course, le voilà qui se perd dans une étrange fascination envers sa (riche) documentation technique, et se met à négliger de nourrir les derniers chapitres des rebondissements nécessaires à notre plaisir d'addicts aux thrillers. "L'épouvantail" se clôt curieusement de manière prévisible, et nous laisse l'impression frustrante d'être passés près d'un grand polar.
03 juillet 2011
"The Lost Symbol" de Dan Brown : bis repetita...
Au moment d'écrire quelques mots sur le dernier "best seller" en date de l'ineffable Dan Brown, on se sent forcément envahi par une sorte de découragement... Comment ne pas répéter mot à mot ce qu'on a pu écrire pour "Da Vinci Code" par exemple : thriller impeccable, écrit avec une efficacité mécanique telle que l'on doute que Dan Brown soit un véritable être humain, dans un style passe-partout qui est celui de la littérature mondialisée, et qui exclut systématiquement toute émotion qui n'ait pas été programmée en bonne et dûe forme... De ce côté-là, rien à dire, on en a pour son argent. Pour ce qui est des labyrinthes codés et des énigmes cryptiques, "The Lost Symbol" se laisse un peu aller, et reste nettement en deçà des deux précédentes aventures du Professeur Langdon, mais cela n'est pas bien grave... Là où le bât blesse sérieusement, et ce n'est pas nouveau, c'est dans la construction - très efficace il est vrai - de fausses vérités présentées comme dûment certifiées, qui permettent à Brown de vendre sa vision du monde, occidentalo-centriste (Washington comme centre de la pensée humaine, c'est quand même fort de café, non ?), terriblement new age et littéralement fascisante (heureusement qu'il y a les élites, ici les Francs-Maçons, pour nous protéger de notre propre bêtise !). Tout cela, sous le couvert d'un rationalisme rassurant, a des allures de piège intellectuel franchement dégueulasse. Et là, on n'adhère plus, mais alors plus du tout à ce genre de bouquins, désolé !
02 octobre 2010
"Peur Noire" de Harlan Coben : Myron Bolitar entre San Antonio et les tendances fascisantes de Coben...
Si la série des Myron Bolitar est nettement supérieure aux polars "classiques" de Harlan Coben, malgré le tissu d'invraisemblances encore plus épais qui la recouvre, c'est bien à cause de l'humour grossier qui nous est servi à la pelle, du langage trivial utilisé, et de la galerie de personnages truculents, toutes choses qui pourraient rappeler ce que Frédéric Dard faisait avec ses "San Antonio"... Sauf que, malheureusement, Coben s'arrête avant de franchir la frontière du mauvais goût. Et que son très fort puritanisme américain l'oblige à créer une distance morale entre ce que son personnage vit et fait et sa propre appréciation de ses actes et de ses motifs (le double de Bolitar, Win servant en général à exprimer de manière commode les pulsions sadiques, criminelles ou libidineuses de Bolitar / Coben). Cette antipathique ambiguïté arrive à un point de non retour avec "Peur Noire", livre moins efficace qu'à l'habitude (l'intrigue s'enraye et cesse de nous intéresser aux 3/4 du bouquin) et nettement plus dégueulasse : entre tendances fascisantes (le droit à la vengeance personnelle y est défendu par Coben) et brouet de théories bien répugnantes sur l'humanité (la scène où Bolitar torture un homme, et la scène encore plus ignoble où il va s'excuser...). Au milieu de tous ces trucs qui donnent envie de ne plus jamais rouvrir un livre de Coben, ce dernier réussit quand même à glisser une poignée de scènes à haute teneur émotionnelle, tournant comme toujours autour de la tendresse et de la force des rapports filiaux, un sujet qui, on le sait, est au coeur de "l'oeuvre" de Coben. Est-ce suffisant pour qu'on ait envie de lire le prochain ?
18 septembre 2010
"Miserere" de Christophe Grangé : mais pourquoi donc continue-t-on à le lire ?
Je dois avouer que les précédents Grangé avaient épuisé ma patience, à force d'intrigues surréalistes et de scènes d'horreur difficilement supportables : la fascination "intellectuelle" pour le "Mal" de notre seul vrai auteur français de thrillers grand public dissimulait de plus en plus mal une grande complaisance envers des scènes sadiques difficilement justifiables. Quand "Misere" commence, on se dit qu'on tient peut-être là un digne successeur du "Vol des Cigognes" ou des "Rivières Pourpres", tant la concordance d'un polar bien ficelé mené par deux flics borderline (comme Grangé sait si bien les inventer) avec un thème passionnant (le lien entre le nazisme et la dictature de Pinochet) fonctionne parfaitement... Et puis, et puis, voilà qu'aux trois quarts du livre, tout se met à patiner, entre une intrigue téléphonée et prévisible, et le retour pour le moins désagréable de scènes insoutenables, pas vraiment nécessaires au récit. Et comme les dernières 50 pages - et la fin abrupte - manquent totalement de consistance, voire d'intérêt, on est en droit de se demander quelle mouche a piqué Grangé de saboter ainsi un livre qui aurait pu figurer parmi ses meilleurs...
20 juin 2010
"Le verdict du plomb" de Michael Connelly : presque un retour de forme...
Avec ce "Verdict du Plomb", Connelly, dont on admet tous, fans ou pas, la fortune fluctuante depuis une bonne dizaine d'années, semble retourner à ses sujets classiques, extrêmement techniques et crédibles, et à la forme appliquée, tenue, qui avaient fait son succès dans ses premiers livres. Ce livre comblera donc ceux qui, comme moi, apprécient la profonde connaissance de son sujet (L.A., sa police et sa justice) que l'ex-journaliste sait déployer avec minutie dans ses meilleurs livres. D'autres trouveront le livre ennuyeux, et c'est compréhensible, tant on peut ici parfois se perdre dans le micro-détail, et tant le suspense et l'action "à la Coben" ne font pas partie des préoccupations principales de l'auteur. Petite astuce également qui ajoute au charme du livre, le fameux Harry Bosch, dont le livre présente soi-disant une enquête, est en fait un personnage secondaire (mais un deus ex-machina quand même) : j'aimerais que, comme Eastwood la fait avec son double film sur Iwo-Jiwa, Connelly nous propose un second livre, la même histoire mais racontée par Harry Bosch, et sous-titrée "un procès de Mickey Haller" : ça serait drôle, mais sans doute un peu trop conceptuel pour la "littérature de gare" US !
Ce qui déçoit pourtant dans "le Verdict du Plomb", c'est la manière artificielle et finalement assez inintéressante dont Connelly ramène une révélation finale aussi fumeuse que mal construite, et donc beaucoup moins stimulante que les aspects "techniques" du procès qui a constitue le coeur du livre, sans parler de la construction ridicule et inutile d'un lien entre Haller et Bosch, qui ne fait que souligner l'artificialité du procédé. Dommage...
12 avril 2010
"Mauvaise Base" de Harlan Coben : oui, je préfère Myron Bolitar !
Je me demande maintenant si je n'aime pas mieux dans "l'oeuvre" de Coben sa saga Myron Bolitar plutôt que sa veine "sérieuse" de polars, qui tournent toujours désormais autour des mêmes cauchemars "familiaux" (disparition, mystère de la personne qu'on aime et qu'on croyait connaître, crime remontant d'un passé enfoui, etc.)... En écrivant cela, je me rends compte que même les "Myron Bolitar" ne dévient pas vraiment de ce programme, qui devient pour le moins lassant... Et "Mauvaise Base" en est l'exemple flagrant... Sauf que là, Coben ne se prend pas au sérieux, balance des vannes stupides et très lourdes, empile des situations surréalistes et peu crédibles (la palme cette fois à la bagarre dans le bar de transsexuels !), et finit par nous avoir en glissant une vraie amertume, une sourde douleur au sein de ce capharnaüm sans queue ni tête. Oh, il n'y a rien ici de bien brillant, et avec les années, Coben, qui nous avait bluffé à sa première apparition, a confirmé qu'il n'était qu'un faiseur assez superficiel... En plus, avouons que ses tendances relativement réactionnaires qui s'expriment largement dans les "Myron Bolitar" n'ont rien de très excitant... Mais bon, on ne s'ennuie pas un instant en dévorant ce "Mauvaise Base", lecture parfaite en voyage, en train ou en avion.
15 novembre 2009
Séance de rattrapage : "Millenium" de Niels Arden-Oplev
"Millenium", le livre (le premier volume au moins), a été une expérience suffisamment marquante pour moi pour qu'il me soit complètement impossible de regarder son adaptation cinématographique comme un film "normal", voire même comme un "film" tout court. J'ai passé deux heures vingt à analyser l'intelligence de l'adaptation du scénario aux contraintes du temps compressé (du beau travail, le plus important y est), à confronter les images de Arden-Oplev à celles que j'avais construites dans ma tête (curieusement semblables), à chercher chez les acteurs choisis la vérité des personnages avec lesquels j'avais passé des heures passionnantes. Sur tous ces points, "Millenium" remplit assez joliment son programme. Mais y a-t-il un film, un vrai, derrière tout ce professionnalisme un tantinet "efficace" ? Je ne l'ai pas rencontré, ce film... Mais il est vrai que je ne le cherchais pas. A revoir, donc ?
07 novembre 2009
"L'Âme du Mal" de Maxime Chattam : la grenouille et le boeuf
On a parlé de "best sellers" à propos des livres de Maxime Chattam, soit disant successeur d'un Grangé perdu dans ses épopées de plus en plus lourdingues. J'ai lu "l'âme du mal"... avec beaucoup de difficultés, tant j'ai trouvé un livre laborieux, accumulant les pires stéréotypes du roman et du film US "de serial killer", sans y apporter une seule idée nouvelle. Un livre écrit "avec les pieds" (on pense par moments à une mauvaise traduction, mais non, le livre a été écrit en français !), dans un style scolaire, ressassant lourdement ses pauvres obsessions à coup de mots maladroits et parfois prétentieux, perdu entre citations pseudo-documentées (copiées-collées d'internet ?), dialogues improbables qui nous arrachent des éclats de rire douloureux, et tendance ridicule à bien surligner la moindre idée pour s'assurer que le lecteur a bien compris ! Le pire étant atteint lorsque Chattam a recours à l'explication la plus puérile qui soit pour rationaliser son intrigue qu'il avait tant bien que mal poussée vers le fantastique (je ne révèlerai pas le twist, même si je ne vous encourage certainement pas à perdre votre temps à lire ce... "machin"). Ce n'est pas parce que Chattam nous fait le coup - sympathique - de refuser le happy end habituel au genre qu'il n'est pas, au final, complètement ridicule. Ce livre, le pire que j'ai lu depuis belle lurette, illustre à mes yeux la fable de la grenouille française qui voudrait se faire aussi grosse qu'un boeuf américain.
16 août 2009
"Millenium 3 - La Reine dans le Palais des Courants d'Air" de Stieg Larsson
Bien, au risque de désespérer encore plus les fans de "Millenium", j'ai du mal à défendre le troisième tome d'une trilogie interminable qui battait déjà violemment de l'aile avec les délires aberrants du second épisode d'une invraisemblance qui touchait au ridicule. Hormis son épilogue grotesque (le combat entre Lisbeth et son frère Terminator), Larsson a un peu redressé la barque en focalisant la "Reine dans le Palais..." sur le travail policier et administratif des différentes équipes d'investigation. Curieusement, malgré l'accumulation de détails techniques, légaux et politiques aussi inutiles que curieux, on peut se laisser prendre par cet écheveaux de faits et de personnages... mais, honnêtement, ceux que ce genre de choses ennuierait - je les comprends - pourraient facilement sauter une page sur trois sans mettre en danger leur compréhension de l'histoire. Car, au final, si lón exclut deux emprunts aux codes du thriller "made in the US", le suspense de l'attentat contre Mikael, et l'incontournable scène de procès, il est assez étrange que Larsson construise ainsi ses deux derniers livres en dépit du bon sens, livrant dès les premières pages tous les tenants et les aboutissants de son histoire, et plaçant donc son lecteur dans une curieuse position d'observateur extérieur d'une histoire qu'il connaît déjà. Au point qu'on peut se demander si cette sorte de mécanisme "anti-thriller", assez rassurant en fin de compte, où le lecteur a de l'avance sur les personnages de fiction n'explique pas partiellement le succès de Millenium...

